La formule de Dieu, JR Dos Santos
Commentaire
Ce qui fait le succès de ce roman, c'est l'ensemble pertinent des références utilisées. C'est sa recherche, sa réflexion sur la vie et sa structure, sur la philosophie, les religions et leurs concepts. D'en faire une histoire cohérente, documentée présente un élément de référence intéressant!
Albert Einstein:
p.10
Voyez-vous, notre cerveau est fait de matière, tout comme une table. Mais une table ne pense pas. Or notre cerveau n’est qu’une partie d’un organisme vivant, tout comme nos ongles, mais nos ongles ne pensent pas. Et notre cerveau, s’il est séparé du corps, ne pense pas non plus. C’est l’alliance du corps et de la tête qui permet de penser. Ce qui m’amène à l’hypothèse que l’univers est, dans son entier, un corps pensant.
p.11
Parce que la croyance est d’un concept anthropomorphique, une chimère forgée par l’homme pour tenter d’influencer son destin et lui offrir une consolation dans les moments difficiles. Comme nous ne pouvons pas dominer la nature, nous avons inventé cette idée qu’elle était gérée par un Dieu bienveillant et paternaliste qui nous écoute et nous guide. C’est une idée très réconfortante, n’est-ce pas ? Nous avons créé l’illusion que, si nous prions beaucoup, Il contrôlera la nature et satisfera nos désirs, comme par magie. Et quand les choses tournent mal, comme nous ne comprenons pas qu’un Dieu aussi bienveillant ait pu le permettre, nous disons que cela doit obéir à quelque dessein mystérieux et nous voilà rassurés.
Nous sommes l’une des millions d’espèces qui occupent la troisième planète d’une étoile périphérique d’une galaxie moyenne comptant des milliards de millions d’étoiles, et cette galaxie elle-même n’est qu’une des milliards de millions de galaxies qui existent dans l’univers. Comment voulez-vous que je crois en un Dieu qui se donnerait la peine, dans toute cette immensité aux proportions inimaginables, de s’intéresser à chacun de nous ?
S’Il est effectivement bon et tout-puissant, comme le prétendent les textes, pour quelle raison permet-Il au mal d’exister ? Pour quelle raison a-t-Il laissé se produire l’Holocauste, par exemple ? En y regardant bien, les deux concepts sont contradictoires. Si Dieu est bon, Il ne peut pas être tout puissant, puisqu’Il ne parvient pas à éliminer le mal. S’Il est tout-puissant, Il ne peut pas être bon, puisqu’Il permet au mal d’exister.
Il y a un paradoxe qui montre l’impossibilité de la toute-puissance, qu’on peut formuler ainsi : si
Dieu est tout-puissant, Il peut créer une pierre qui soit si lourde que Lui-même ne peut la soulever.
C’est justement là que surgit la contradiction. Si Dieu ne peut soulever la pierre, Il n’est pas tout-puissant. S’Il réussit à la soulever, Il n’est pas non plus tout-puissant puisqu’Il n’a pas pu créer une pierre qu’Il ne réussisse pas à soulever.
Conclusion, il n’existe pas de Dieu tout-puissant, c’est une invention de l’homme en quête de réconfort
p.12
Il est impossible de prouver l’existence de Dieu, tout comme il est impossible de prouver sa non-existence. Nous avons seulement la capacité de sentir le mystère, d’éprouver une sensation d’éblouissement face au merveilleux système qui régit l’univers.
Énergie Nucléaire
p.34
L’univers est constitué de particules élémentaires. On pensait au début que ces particules étaient les atomes, si bien qu’on leur donna ce nom. « Atome » vient du grec qui signifie « indivisible ». Sauf qu’au fil du temps, les physiciens se sont aperçus qu’il était possible de diviser l’indivisible. On a découvert qu’il existait des particules encore plus infimes, respectivement les protons et les neutrons, qui s’assemblent dans le noyau de l’atome, et l’électron, qui gravite autour comme un satellite, mais à une vitesse incroyable.
Imaginez que Lisbonne se réduise aux dimensions d’un atome. Dans ce cas, son noyau aurait la taille, disons, d’un de vos ballons de football, placé au centre de la ville. Et l’électron serait une bille évoluant dans un rayon de trente kilomètres autour de ce ballon, et capable d’en faire quarante mille fois le tour en moins d’une seconde. Mais si les atomes sont constitués par tant de vide, quand je
frappe cette table, ma main la heurte sans la traverser à cause des forces de répulsion entre les électrons, et par un élément qu’on appelle le principe d’exclusion de Pauli, selon lequel deux atomes ne peuvent avoir le même nombre quantique.
Toutes les particules interagissent entre elles à travers quatre forces. Quatre. La force de gravité, la force électromagnétique, la force forte et la force faible. La force de gravité, par exemple, est la plus faible de toutes, mais son rayon d’action est infini. Depuis la terre, on sent l’attraction de
la force de gravité du soleil et même celle du centre de la galaxie, autour de laquelle nous tournons.
Ensuite, il y a la force électromagnétique, qui allie la force électrique et la force magnétique. Le propre de la force électrique est que des charges opposées s’attirent et des charges semblables se repoussent. C’est ici que réside le problème. Les physiciens se sont aperçus que les
protons ont une charge positive. Mais la force électrique suppose que des charges semblables se
repoussent. Or, si les protons ont des charges semblables, puisqu’elles sont toutes positives, ils doivent obligatoirement se repousser. Finalement, on a découvert que, si on amplifiait les protons jusqu’à la taille d’un ballon de football, même si on les ceinturait avec une ligature métallique la plus résistante qui soit, la force électrique répulsive serait telle que cette ligature métallique se déchirerait comme du papier de soie. Ceci pour vous donner une idée de la puissance de force électrique qui éloigne les protons les uns des autres. Et pourtant, malgré toute cette force répulsive, les protons restent unis dans le noyau.
Quelle force extraordinaire pourrait dépasser la puissante force électrique ? Les physiciens se sont mis à étudier le problème et ont découvert qu’il existait une force inconnue. Ils l’ont appelée la force nucléaire forte. C’est une force si grande qu’elle est capable de maintenir les protons unis dans le noyau. En fait, la force forte est environ cent fois plus forte que la force électromagnétique. Si les protons étaient deux trains s’éloignant l’un de l’autre à une très grande vitesse, la force forte serait suffisante pour les maintenir l’un contre l’autre, et les empêcher de s’éloigner. Mais, malgré toute sa formidable puissance, la force forte a un rayon d’action très court, inférieur à la taille d’un noyau atomique. Si un proton réussit à s’échapper du noyau, alors il cesse d’être sous l’influence de la force forte et n’est plus soumis qu’à l’influence des autres forces.
Qu'est-ce que la force nucléaire? Les physiciens ont continué de creuser et ont découvert que, dans des conditions déterminées, il était possible de libérer l’énergie de la force forte contenue dans le noyau des atomes. On y parvient par le biais de deux processus, la scission et la fusion du noyau. En cassant un noyau ou en fusionnant deux noyaux, la prodigieuse énergie de la force forte qui unit le noyau se libère. Sous l’action des neutrons, les autres noyaux proches vont également être cassés, dégageant encore plus de force forte et provoquant ainsi une réaction en chaîne. Maintenant imaginez ce qui se produit quand son énergie est libérée en grande quantité. Il y a une libération de l’énergie des noyaux des atomes, où réside la force forte. On l’appelle, pour cette raison, une réaction nucléaire.
C’est ce qui se passe dans le soleil. La fusion nucléaire. Les noyaux des atomes ne cessent de
fusionner, libérant ainsi l’énergie de la force forte. On a longtemps pensé que cela ne pouvait se produire que dans la nature. Mais en 1934, un scientifique italien qui a travaillé à Los Alamos, du nom d’Enrico Fermi, a bombardé de l’uranium avec des neutrons. L’analyse de cette expérience a permis de découvrir que le bombardement avait généré des éléments plus légers que l’uranium. Mais comment était-ce possible ? La conclusion a été que le bombardement avait cassé le noyau d’uranium, ou, en d’autres termes, avait provoqué sa scission, permettant ainsi la formation d’autres éléments. On a compris alors qu’il était possible de libérer artificiellement l’énergie de la force forte, non pas par le biais de la fusion des noyaux, comme c’est le cas dans le soleil, mais par le biais de leur scission.
Approche de la mort
p.45
Nous vivons comme si notre vie était éternelle, comme si la mort était quelque chose qui n’arrivait qu’aux autres, une menace si lointaine que ça ne vaut pas la peine d’y penser. Pour nous, la mort n’est qu’une abstraction. En attendant, on se consacre à nos cours, aux activités futiles, on voit souffrir aux informations ou dans les séries télé. Gagner son salaire, à perdre sa femme. Notre vie est une perpétuelle distraction qui ne nous laisse même pas prendre conscience de ce dont elle distrait. Au fond, les gens traversent la vie comme des somnambules, ils poursuivent ce qui n’est pas important, ils veulent de l’argent et de la notoriété, ils envient les autres et s’emballent pour des choses qui n’en valent pas la peine. Ils mènent des vies dépourvues de sens. Ils se bornent à dormir, à manger et à s’inventer des problèmes qui les tiennent occupés. Ils privilégient l’accessoire et oublient l’essentiel. Mais le problème est que la mort n’est pas une abstraction. En réalité, elle est juste là, au coin de la rue. Un jour surgit un médecin qui nous dit : « vous allez mourir ». Et c’est là, quand soudain le cauchemar devient insupportable, qu’on se réveille enfin.
p.47
J'ai un corps. Je me réfère à lui comme si je disais : c’est ma télévision, c’est ma voiture, c’est
mon stylo. C’est une chose qui est à moi, c’est ma propriété. Mais si je dis que ce corps est à moi, j’admets par-là même que je suis distinct de celui-ci. Il est à moi, mais il n’est pas moi. Alors, que suis-je ? Je suis mes pensées, mon expérience, mes sentiments. Je suis une conscience. Mais alors,
est-ce cette conscience, ce « je » qui est moi, qu’on appelle l’âme ?
Le problème c’est que ce « je » qui me constitue est le produit de substances chimiques qui circulent dans mon corps, de transmissions électriques entre mes neurones, d’hérédités génétiques codifiées dans mon ADN, et d’innombrables facteurs extérieurs et intrinsèques qui déterminent ce que je
suis. Mon cerveau est une complexe machine électrochimique qui fonctionne comme un ordinateur et ma conscience, cette notion que j’ai de mon existence, est une sorte de programme. D’une
certaine façon, et littéralement, la cervelle est le hardware, la conscience le software. Est-ce qu’un ordinateur peut avoir une âme ? Et si l’être humain est un ordinateur très complexe, peut-il lui-même avoir une âme ? Quand tous les circuits sont morts, l’âme survit-elle ? Et où donc survit-elle ?
Ma mémoire est logée dans mon cerveau, stockée dans des cellules. Ces cellules font partie de mon corps. Lorsque mon corps meurt, les cellules de ma mémoire cessent d’être alimentées par l’oxygène et périssent également. Ainsi s’éteint toute ma mémoire, le souvenir de ce que je suis. Si tel est le cas, comment diable l’âme peut-elle se souvenir de ma vie ? Si l’âme n’a pas d’atomes, elle ne saurait conserver aucune cellule de ma mémoire, n’est-ce pas ? De toute façon, les cellules où la mémoire de ma vie était enregistrée sont, elles aussi, déjà mortes. Dans ces conditions, comment l’âme se rappellerait-elle quoi que ce soit ? Mais nous ne sommes pas des ordinateurs, nous sommes des individus, des êtres vivants. Parce que nous pensons, nous sentons, nous vivons. Pas les ordinateurs.
Mais, si tu demandais à un biologiste ce qu’est la vie, il te répondrait à peu près ceci : la vie est un ensemble de processus complexes fondés sur l’« atome de carbone ». Même le plus lyrique des biologistes reconnaîtrait, pourtant, que l’expression-clé de cette définition n’est pas « atome de carbone », mais « processus complexes ». Il est vrai que tous les êtres vivants que nous connaissons sont constitués par des atomes de carbone, mais ce n’est pas cela qui est véritablement structurant pour la définition de la vie. Il y a des biochimistes qui admettent que les premières formes de vie sur la terre ne reposent pas sur les atomes de carbone, mais sur les cristaux. Les atomes ne sont que la matière qui rend la vie possible. Peu importe qu’il s’agisse d’un atome A ou d’un atome B. Imagine qu’il y ait un atome A dans ma tête et que, pour quelque raison, il soit remplacé par un atome B. Est-ce que je cesserais d’être moi pour autant ? Ce qui fait que je suis moi, c’est un agencement, une
structure d’informations. Autrement dit, ce ne sont pas les atomes, mais la manière dont ils sont organisés. Sais-tu d’où vient la vie ? Les atomes qui composent mon corps sont exactement les mêmes que les atomes qui composent une table ou n’importe quelle galaxie lointaine. Ils sont tous pareils. La différence est dans la façon dont ils s’organisent.
Ce qui organise les atomes de manière à former des cellules vivantes, ce sont les lois de la physique. Tel est le coeur du problème. Comment un ensemble d’atomes inanimés peut-il former un système vivant ? La réponse se trouve dans l’existence des lois de complexité. Toutes les études ont montré que les systèmes s’organisent spontanément, de manière à créer des structures toujours plus complexes, obéissant à des lois physiques et exprimées par des équations mathématiques. D’ailleurs, un physicien a remporté le Prix Nobel pour avoir démontré que les équations mathématiques qui régissent les réactions chimiques inorganiques sont semblables aux équations qui établissent les règles de comportement simple des systèmes biologiques avancés. Autrement dit, les organismes vivants sont, en réalité, le produit d’une incroyable complexification des systèmes inorganiques. Et cette complexification ne résulte pas de l’activité d’une quelconque force vitale, mais de l’organisation spontanée de la matière. Une molécule, par exemple, peut être constituée par un million d’atomes reliés entre eux d’une manière très spécifique, et dont l’activité est contrôlée par des structures chimiques aussi complexes que celles d’une ville.
Le secret de la vie n’est pas dans les atomes qui constituent la molécule, mais dans sa structure, dans son organisation complexe. Cette structure existe parce qu’elle obéit à des lois d’organisation spontanée de la matière. Et, de la même manière que la vie est le produit de la complexification de la matière inerte, la conscience est le produit de la complexification de la vie. La complexité de l’organisation, voilà la question-clé, pas la matière. Ce qui fait l’identité de ce livre n’est pas la couleur des caractères, c’est une structure d’informations. Peu importe que l’encre soit noire ou rouge, ce qui compte c’est le contenu informatif du livre, sa structure. Je peux lire un Guerre et Paix imprimé en Times New Roman et un autre Guerre et Paix imprimé en Arial chez un autre éditeur, le livre sera toujours le même. Quelles que soient les circonstances, il s’agira de Guerre et Paix de Léon Tolstoï. Inversement, si j’ai un Guerre et Paix et un Anna Karénine imprimés avec la même police, par exemple Times New Roman, cela ne suffira pas à en faire le même livre. Ce qui est constitutif, donc, ce n’est ni la police ni la couleur des caractères, mais la structure du texte, sa sémantique, son organisation. La même chose se passe avec la vie. Peu importe que la vie repose sur l’atome de carbone ou sur des cristaux ou sur quoi que ce soit d’autre. Ce qui fait la vie c’est une structure d’informations, une sémantique, une organisation complexe. Qu’on prenne dans mon corps un atome A pour mettre à la place un atome B, si cette information est préservée, si cette structure reste intacte, alors je continuerai d’être moi. Même si on remplaçait tous mes atomes par d’autres, je continuerais d’être moi. D’ailleurs, il est aujourd’hui prouvé que presque tous nos atomes changent au long de notre vie. Et pourtant, je continue d’être moi. Prenons l’équipe du Benfica et changeons tous les joueurs. Cela n’empêchera pas le Benfica d’exister, de rester toujours le Benfica, indépendamment des joueurs sélectionnés. Ce qui fait le Benfica, ce n’est pas le joueur A ou B, c’est un concept, une sémantique. La même chose se passe avec la vie. Peu importe l’atome qui, à un moment donné, remplit la structure. L’essentiel, c’est la structure en soi. Dès lors que des atomes occupent la structure d’information qui définit mon identité et les fonctions de mes organes, la vie est possible. Si la vie est constituée par un agencement, une sémantique, une structure d’information qui se développe et interagit avec le monde extérieur, nous ne sommes, en fin de compte, qu’une sorte de programme. La matière est le hardware, notre conscience le software. Nous sommes un programme d’ordinateur très complexe et avancé. Certains biologistes ont défini l’être humain comme une machine de survie, une sorte de robot programmé aveuglément pour préserver ses gènes.
p.50
Si on connaît le programme d’une sauterelle, si on sait ce qui l’attire et ce qui la repousse, ce qui la stimule et ce qui l’effraie, on peut prévoir tout son comportement. Les sauterelles ont des programmes relativement simples. Si X se produit, elles réagiront de manière A. Si Y se produit, elle réagiront de manière B. Exactement comme une machine élaborée par l’homme. Les sauterelles sont des machines naturelles. Les ordinateurs sont des machines artificielles. Mais comme nous avons une conception anthropocentrique de la nature, nous divisons tout en choses naturelles et en choses artificielles, en présupposant que les artificielles sont faites par l’homme et les naturelles par la nature, les plantes et les animaux. Mais cela n’est qu’une convention humaine. En vérité, si l’homme est un animal, tout comme l’oiseau, alors c’est une créature naturelle. Puisque l’homme est un produit de la nature, alors tout ce qu’il fait est aussi naturel. Ce n’est que par pur convention de langage qu’on a établi que les objets créés par l’homme étaient artificiels, alors qu’en réalité, ils sont tout aussi naturels que les objets créés par les oiseaux. Donc, étant des créations d’un animal naturel, les ordinateurs, tout comme les nids, sont naturels.
L’intelligence, c’est la capacité de faire des raisonnements complexes. L’intelligence est une forme élevée de complexité. Et il n’est pas nécessaire d’atteindre le degré d’intelligence humaine pour qu’il existe une conscience. Par exemple, les chiens sont beaucoup moins intelligents que les hommes, mais, si tu demandes à un maître si son chien a des émotions et une conscience des choses, il te dira oui sans hésiter. Le chien a des émotions et une conscience. Par conséquent, les émotions et la conscience sont des mécanismes qui existent à partir d’un certain degré de complexité de l’intelligence. Quand les ordinateurs atteindront ce degré de complexité, il deviendront émotifs et conscients... D’ailleurs, les ordinateurs sont déjà intelligents. Ils ne sont pas aussi intelligents que les humains, mais ils le sont plus qu’un ver de terre par exemple. Or, qu’est-ce qui distingue l’intelligence humaine de celle d’un ver de terre ? La complexité. Notre cerveau est beaucoup plus complexe que le sien. Tous deux obéissent aux mêmes principes, tous deux ont des synapses et des liaisons, sauf que le cerveau humain est incommensurablement plus complexe que celui du ver de terre… Un cerveau est une masse organique qui fonctionne exactement comme un circuit électrique. Au lieu d’avoir des fils, il a des neurones, au lieu d’avoir des puces, il a de la matière grise, mais c’est
absolument la même chose. Son fonctionnement est déterministe. Les cellules nerveuses déclenchent une impulsion électrique en direction du bras selon un ordre spécifique, à travers un circuit de courants prédéfinis. Un circuit différent produirait l’émission d’une impulsion différente. Exactement comme un ordinateur. les ordinateurs dépassent déjà les humains en termes de vitesse de calcul. Là où ils présentent de grosses déficiences, c’est dans la créativité. L’un des pères de l’ordinateur, un Anglais nommé Alan Turing, a établi que le jour où l’on parviendra à entretenir avec un ordinateur une conversation tout à fait identique à celle qu’on peut avoir avec n’importe quel être humain, alors ce sera le signe que l’ordinateur pense, la preuve qu’il a une intelligence de notre niveau. Tu sais, nous, les mathématiciens, nous croyons toujours que Dieu est un mathématicien et que l’univers est structuré selon des équations mathématiques. Ces équations, aussi complexes soient-elles, sont toutes résolubles. Si on ne parvient pas à en résoudre une, cela vient non pas du fait qu’elle est irrésoluble, mais de l’incapacité de l’intellect humain à la résoudre. Les théorèmes de Gödel suggèrent que les ordinateurs, aussi sophistiqués soient ils, seront toujours confrontés à des limites. Bien qu’il ne puisse montrer la cohérence d’un système mathématique, l’être humain parvient à comprendre que de nombreuses affirmations à l’intérieur du système sont vraies. Mais l’ordinateur, placé devant une telle contradiction irrésoluble, bloquera. Par conséquent, les ordinateurs ne pourront jamais égaler les êtres humains. La grande question est que nous pouvons présenter à l’ordinateur une formule que nous savons être vraie, mais que l’ordinateur, lui, ne peut pas prouver comme étant vraie. Mais il est exact que l’ordinateur peut faire la même chose. La formule n’est indémontrable que pour celui qui travaille à l’intérieur du système? Seul celui qui se trouve hors du système peut prouver la formule. C’est valable pour un ordinateur comme pour un être humain. Conclusion : il est possible qu’un ordinateur puisse être aussi intelligent que nous, sinon plus. si nous sommes des ordinateurs très sophistiqués, nous ne pouvons pas non plus en avoir. Notre conscience, nos émotions, tout ce que nous sentons est le résultat de la sophistication de notre structure. Quand nous mourons, les puces de notre mémoire et de notre intelligence disparaissent et nous nous éteignons. L’âme n’est qu’une invention, une merveilleuse illusion créée par notre ardent désir d’échapper à la mort.
Commentaire:
En ayant reçu une éducation judéo-chrétienne, une telle conclusion frappe les convictions personnelles, défait les paradigmes construits dans notre mental. Mais en prenant conscience que c'est en plein début d'un roman, en recherchant toujours la vérité avec discernement, on relativise l'impact d'une telle conclusion. C'est un très bon brassage d'idées pour lancer un suspense. Il faut donc continuer la lecture pour avancer dans la vision de l'auteur dans sa démarche!
La théorie du Tout
p.86
La recherche de la théorie du tout a commencé avec la théorie de la relativité. Jusqu’à Einstein, la physique reposait sur le travail de Newton, qui rendait parfaitement compte du fonctionnement mécanique de l’univers tel qu’il est perçu par les êtres humains. Mais il y avait deux problèmes liés à la lumière qu’on ne parvenait pas à résoudre. L’un était de savoir pour quelle raison un objet soumis à la chaleur émet de la lumière, et l’autre était de comprendre la valeur constante de la vitesse de la lumière.
Einstein exposa en 1905 sa théorie de la relativité restreinte, dans laquelle il établit un lien entre l’espace et le temps, en disant qu’ils sont tous les deux relatifs. Par exemple, le temps change parce qu’il y a un mouvement dans l’espace. L’unique chose qui n’est pas relative, mais absolue, c’est la vitesse de la lumière. Il a découvert qu’à des vitesses assez proches de la lumière, le temps ralentit et les distances se contractent.
La question est que, si tout est relatif, excepté la vitesse de la lumière, alors même la masse et l’énergie sont relatives. Plus encore que relatives, la masse et l’énergie sont les deux faces d’une même médaille.
Il est possible de faire une pierre à partir de l’énergie ? Théoriquement, c’est possible, bien que la transformation de l’énergie en masse soit quelque chose que normalement nous ne puissions observer. Mais cela arrive. Par exemple, si un objet se rapproche de la vitesse de la lumière, le temps se contracte et sa masse augmente. Dans cette situation, l’énergie du mouvement se change en masse.
Situation observable dans l’accélérateur de particules du CERN, en Suisse. Les électrons ont été soumis à une telle vitesse d’accélération que leur masse a augmenté quarante mille fois. On a même des photos des traces laissées par les chocs des protons.c’est pour ça qu’aucun objet ne peut atteindre la vitesse de la lumière. S’il le faisait, sa masse augmenterait infiniment, ce qui requérait une énergie infinie pour mettre cet objet en mouvement. Or, c’est impossible. C’est pourquoi on dit que la vitesse de la lumière est la vitesse limite de l’univers. Rien ne peut l’égaler, car, si un corps l’égalait, sa masse se multiplierait à l’infini.
La lumière est faite de particules appelées photons. Les photons sont des particules sans masse, ils se trouvent à l’état d’énergie pure et ne subissent pas le passage du temps. Comme ils se meuvent à la vitesse de la lumière, pour eux l’univers est intemporel. Du point de vue des photons, l’univers naît, croît et meurt dans le même instant.
Il y a non pas une, mais deux théories de la relativité.
Einstein présenta sa théorie de la relativité restreinte en 1905, où il explique une série de phénomènes physiques, mais pas la gravité. Le problème est que la relativité restreinte remettait en cause la description classique de la gravité. Newton croyait qu’une altération soudaine de la masse impliquait
une altération tout aussi soudaine de la force de gravité. Mais c’est impossible, car cela supposerait qu’il existe quelque chose de plus rapide que la vitesse de la lumière. Imaginons que le soleil explose à cet instant précis. La relativité restreinte prévoit qu’un tel événement ne sera perçu sur terre que huit minutes après, c’est-à-dire le temps que la lumière franchisse la distance entre le soleil et la terre. Newton, lui, croyait que l’effet serait concomitant. Au moment précis où le soleil exploserait, la terre en subirait l’impact. Or ceci est impossible, puisque rien ne se déplace plus vite que la lumière. Pour apporter une solution à ce problème et à d’autres, Einstein a exposé en 1915 sa théorie de la relativité générale, qui a résolu la question de la gravité en établissant que l’espace était courbe. Plus un objet a de masse, plus l’espace qui l’entoure est courbe et, par conséquent, plus la force de gravité qu’il exerce est grande. Par exemple, le soleil exerce plus de force de gravité sur un objet que la terre, de par sa masse importante.
L’espace se courbe:
Supposons que l’espace soit un drap étendu dans l’air entre nous deux. Imaginez que nous posions un ballon de foot au centre. Que se passe-t-il ? Le drap se courbe autour du ballon. Et si je lance une bille sur le drap, elle va être attirée par le ballon de foot. La même chose se passe dans l’univers. Le soleil est si grand qu’il courbe l’espace autour de lui. Si un objet extérieur s’en approche lentement, il se heurtera au soleil. Si un objet s’en approche à une certaine vitesse, comme la terre, il se mettra à tourner autour du soleil, sans buter dessus ni s’en éloigner. Et si un objet se déplace à très grande
vitesse, comme un photon de lumière, sa trajectoire à l’approche du soleil se courbera légèrement mais il réussira à s’éloigner et à poursuivre sa route. Au fond, voilà ce que dit la théorie de la relativité générale. Tous les objets distordent l’espace autour d’eux. Comme l’espace et le temps sont deux faces d’une même médaille, un peu comme l’énergie et la matière, cela signifie que les objets distordent aussi le temps. Plus un objet aura de masse, plus le temps sera lent près de lui.
(Référence:
La théorie quantique:
La physique de Newton est valable pour expliquer notre monde quotidien. Quand ils construisent des ponts ou qu’ils mettent un satellite en orbite autour de la terre, les ingénieurs recourent à la physique de Newton et de Maxwell. Les limites de cette physique classique n’apparaissent que lorsqu’on se penche sur des aspects qui ne font pas partie de notre expérience commune, comme par exemple les vitesses extrêmes ou l’univers des particules. Pour traiter du problème des grandes masses et des grandes vitesses, on se réfère aux deux théories de la relativité conçues par Einstein. Et, pour étudier le monde des particules, c’est la théorie quantique.
La relativité c’est pour les grands objets et la quantique pour les petits. Il faut toutefois souligner que le monde des microparticules présente des manifestations macroscopiques, ça va de soi.
La théorie quantique est née en 1900, lors d’une séance de travail de Max Planck sur la lumière émise par les corps chauds. Elle a été ensuite développée par Niels Bohr, qui a conçu le modèle théorique des atomes le plus connu, celui où les électrons gravitent autour du noyau de la même façon que les planètes tournent autour du soleil.
Ce sont les comportements excentriques des particules. Par exemple, certains physiciens sont arrivés à la conclusion que les particules subatomiques peuvent quitter un état d’énergie A pour un état d’énergie B, sans passer par une transition entre les deux. C’est très étrange et controversé. On appelle ça un saut quantique. C’est comme lorsqu’on monte les marches d’un escalier. On passe d’une marche à l’autre sans gravir de marche intermédiaire. Il n’y a pas de demi-marche. On saute de l’une à l’autre. D’aucuns prétendent que, dans le monde quantique, les choses se déroulent de la même façon au niveau de l’énergie. On passe d’un état à l’autre sans traverser de stade intermédiaire.
Nous savons que les microparticules font des bonds. Cela est admis. Il en est même certains qui pensent que, dans le monde subatomique, l’espace cesse d’être continu et devient granuleux. On y fait donc des bonds sans passer par un état intermédiaire…
On a découvert que la matière se manifeste à la fois par des particules et par des ondes. Tout comme l’espace et le temps, ou l’énergie et la masse, sont les deux faces d’une même médaille, les ondes et les particules sont les deux faces de la matière. Le problème s’est posé quand il a fallu
transformer tout ceci en une mécanique.
La physique a une mécanique, qui sert à prévoir les comportements de la matière. Dans les cas de la physique classique et de la relativité, la mécanique est déterministe. Si, par exemple, nous savons où se trouve la lune, dans quelle direction et à quelle vitesse elle se déplace, nous serons capable d’en déduire son évolution passée et future. Si la lune se déplace vers la gauche à mille kilomètres à l’heure, elle sera dans une heure à mille kilomètres vers la gauche. Voilà ce qu’est la mécanique. On peut prévoir l’évolution des objets, dès lors qu’on connaît leur position et vitesse respectives. Rien de plus simple. Mais, dans le monde quantique, on a découvert que les choses fonctionnaient d’une autre manière. Lorsqu’on connaît la position précise d’une particule, on ne parvient pas à mesurer sa vitesse exacte. Et quand on connaît sa vitesse exacte, on ne parvient pas à définir sa position précise. Cela s’appelle le principe d’incertitude, une idée qui a été formulée en 1927 par Werner Heisenberg. Le principe d’incertitude établit qu’on peut déterminer avec précision la vitesse ou la position d’une particule, mais jamais les deux à la fois. Je peux savoir quelles sont la position et la vitesse de la
lune, et ainsi être capable d’en déduire tous ses mouvements passés et à venir. Mais je n’ai aucun moyen de déterminer avec exactitude à la fois la position et la vitesse d’un électron, si bien que je ne peux pas en déduire ses mouvements passés ni à venir. Telle est l’incertitude. Pour la résoudre, la mécanique quantique a recouru au calcul des probabilités. Si un électron doit choisir entre deux trous par lequel passer, il y a cinquante pour cent de probabilité que l’électron passe par le trou de gauche et cinquante pour cent par celui de droite. Niels Borh a compliqué la chose en disant que l’électron passe par les deux trous en même temps. Il passe par celui de gauche et par celui de droite.
Ayant à choisir entre deux voies, l’électron passe simultanément par les deux, par le trou de gauche et par celui de droite. Autrement dit, il se retrouve à deux endroits en même temps !

C’est ce que la théorie quantique prévoit. Par exemple, si on met un électron dans une boîte divisée en deux compartiments, l’électron se retrouvera dans les deux en même temps, sous forme d’onde. Et si on l’observe dans la boîte, l’onde s’évanouira immédiatement et l’électron se transformera en particule dans un des compartiments. Mais si on ne l’observe pas, l’électron restera dans les deux compartiments sous forme d’onde. Et même si les deux compartiments étaient séparés et placés à des milliards d’années-lumière de distance, l’électron subsisterait dans les deux compartiments à la fois. Ce n’est qu’au moment où on l’observe dans un des compartiments que l’électron décide de quel côté il va rester.
Le rôle de l’observateur a été initialement établi par le principe d’incertitude. Heisenberg est arrivé à la conclusion qu’on ne pourrait jamais connaître avec précision et en même temps la position et la vitesse d’une particule à cause de la présence de l’observateur. La théorie a évolué au point que certains ont considéré que l’électron ne décide de l’endroit où il est que lorsqu’il existe un observateur.
C’est aussi ce que dirent les scientifiques, y compris Einstein. Le calcul étant devenu probabiliste,Einstein déclara que Dieu ne jouait pas aux dés, autrement dit, la position d’une particule ne pouvait pas dépendre de la présence d’observateurs et, surtout, de calculs de probabilité. La particule était soit à un endroit soit à un autre, mais elle ne pouvait pas être aux deux en même temps. L’incrédulité fut telle qu’un physicien, nommé Schrödinger, conçut une situation paradoxale pour mettre l’absurdité en évidence. Il imagina de placer un chat dans une boîte avec un flacon de cyanure fermé. Selon l’hypothèse quantique, il y avait cinquante pour cent de probabilité pour qu’un marteau brise ou non le flacon. Et d’après la théorie, les deux cas, également probables, pouvaient se produire en même temps dans la boîte toujours fermée, si bien que le chat se retrouvait simultanément vivant et mort, tout comme un électron se retrouvait simultanément dans les deux compartiments de la boîte tant qu’il n’était pas observé.

Le problème, c’est que cette théorie, aussi bizarre qu’elle paraisse, s’accorde avec toutes les données expérimentales. Tout scientifique sait parfaitement que les mathématiques, quand elles contredisent l’intuition, l’emportent presque toujours. C’est ce qui s’est passé, par exemple, lorsque Copernic a dit que la terre tournait autour du soleil et non l’inverse. L’intuition faisait croire que la terre était au centre, puisque tout semblait tourner autour d’elle. Face au scepticisme général, Copernic n’a trouvé d’alliés que parmi les mathématiciens, lesquels, avec leurs équations, ont constaté que seule l’hypothèse de la terre tournant autour du soleil concordait avec les mathématiques. Nous savons aujourd’hui que les mathématiques avaient raison. De même avec les théories de la relativité. Dans chacune d’elles, il y a beaucoup d’éléments qui sont contre-intuitifs, comme l’idée que le temps se dilate et autres bizarreries du même genre, mais en réalité ces concepts sont acceptés par les scientifiques parce qu’ils cadrent avec les mathématiques et les observations du réel. La même chose se passe ici. Il semble absurde de dire qu’un électron se trouve en deux endroits à la fois tant qu’il n’est pas observé, c’est contre-intuitif. Pourtant, cela s’accorde avec les mathématiques et avec toutes les expériences effectuées.

Einstein a refusé cette idée, pour une raison très simple. La théorie quantique ne cadrait pas avec sa théorie de la relativité. Autrement dit, l’une était valable pour comprendre l’univers des grands objets et l’autre pour expliquer le monde des atomes. Mais Einstein pensait que l’univers ne pouvait pas être géré par des lois différentes, les unes déterministes pour les grands objets et les autres probabilistes pour les petits. Il ne devait y avoir qu’un seul ensemble de règles. Il se mit ainsi en quête d’une théorie unificatrice qui présenterait les forces fondamentales de la nature comme les manifestations d’une force unique. Ses théories de la relativité réduisaient à une seule formule toutes les lois qui régissent l’espace, le temps et la gravité. Avec sa nouvelle théorie, il cherchait à rassembler en une seule équation les phénomènes de la gravité et de l’électromagnétisme. Il pensait que la force qui fait tourner un électron autour du noyau était du même ordre que celle qui meut la terre autour du soleil.
p.91
La théorie des champs unifiés
C’était la version de Einstein de la théorie du tout.
p.147
Existence/inexistence de Dieu
Je ne connais aucune preuve de l’existence de Dieu, mais, sachant ce que je sais de l’univers, je n’ai pas non plus la certitude qu’Il n’existe pas. Il toussa. Une partie de moi est athée. Dieu m’a toujours semblé n’être qu’une création humaine, une merveilleuse invention qui nous rassure et qui comble facilement les lacunes de notre connaissance. Par exemple, une personne passe sur un pont et celui-ci s’écroule. Comme personne ne sait pourquoi le pont s’est écroulé, tous attribuent ce phénomène à la volonté divine. Aujourd’hui, avec nos connaissances scientifiques, nous savons que le pont s’est écroulé non pas à cause de la volonté de Dieu, mais par suite d’une érosion des matériaux, ou d’un glissement de terrain, ou d’un excès de poids pour une telle structure, bref, il y a une véritable explication qui n’est pas d’origine divine. C’est ce qu’on appelle le Dieu-des-Lacunes. Lorsque nous ignorons quelque chose, nous invoquons Dieu et la chose devient explicable, alors qu’il existe d’autres explications plus réelles, même si nous ne les connaissons pas.
Le surnaturel, c’est ce que nous invoquons quand nous ignorons le fait naturel. Autrefois, une personne tombait malade et on disait qu’elle était possédée par les mauvais esprits. Aujourd’hui, la personne tombe malade et on dit qu’elle est possédée par des bactéries, un virus ou autre chose. La
maladie est la même, ce sont nos connaissances sur ses causes qui ont changé. Quand nous
ignorions les causes, nous invoquions le surnaturel. Maintenant que nous les connaissons, nous invoquons le naturel. Le surnaturel n’est rien d’autre qu’une illusion entretenue par notre méconnaissance du naturel.
Il n’y a que du naturel mal connu. L’athée en moi considère que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’homme qui a créé Dieu. Tout ce qui nous entoure possède une explication. Je crois que les choses sont régies par des lois universelles, absolues et éternelles, omnipotentes, omniprésentes et omniscientes.
Il est vrai que les lois de l’univers présentent les mêmes attributs que ceux que l’on prête généralement à Dieu, mais c’est pour des raisons naturelles, non pour des raisons surnaturelles. Les lois de l’univers sont dotées de ces attributs parce que telle est leur nature. Par exemple, elles sont absolues parce qu’elles ne dépendent de rien, elles affectent les états physiques, mais ne sont pas affectées par eux. Elles sont éternelles parce qu’elles ne changent pas avec le temps, elles étaient les
mêmes dans le passé et continueront sans doute à être les mêmes dans l’avenir. Elles sont omnipotentes parce que rien ne leur échappe, leur force s’exerce sur tout ce qui existe. Elles sont omniprésentes parce qu’on les retrouve dans n’importe quel endroit de l’univers, il n’y a pas des lois qui s’appliquent ici et d’autres là-bas. Et elles sont omniscientes parce qu’elles exercent automatiquement leur force, sans avoir besoin que les systèmes les informent de leur existence.
(Attributs de Dieu: Omnipotent, omniscient)
L’origine des lois de l’univers constitue un grand mystère. C’est vrai que ces lois sont pourvues des mêmes attributs que l’on accorde habituellement à Dieu. Il toussa. Mais, attention, le fait que nous ne connaissions pas leur origine n’implique pas nécessairement qu’elles relèvent du surnaturel. Nous recourons au surnaturel pour expliquer ce que nous ne connaissons pas encore, mais qui a une explication naturelle. Si nous invoquons le surnaturel à chaque fois que nous ignorons quelque chose, nous faisons appel au Dieu-des-Lacunes. Dans quelque temps, on découvrira la véritable cause et nous passerons pour des idiots. L’Église, par exemple, n’a cessé d’utiliser le Dieu-des-Lacunes pour expliquer des choses qui jadis n’avaient pas d’explication, mais elle a ensuite dû se renier lorsque des découvertes démentaient l’explication divine. Copernic, Galilée, Newton et Darwin sont les cas les plus connus. Quoi qu’il en soit, la question des origines des lois de l’univers reste quelque chose que nous ne pouvons pas expliquer. D’ailleurs, l’univers présente un certain nombre de propriétés qui m’empêchent d’affirmer catégoriquement que Dieu n’existe pas. La question de l’origine des lois fondamentales est l’une d’entre elles. Son existence nous rappelle qu’il se cache un grand mystère derrière l’univers.
Le déterminisme
p.153
« La Nature cache son secret à cause de son essence majestueuse, jamais par malice. »
Einstein se réfère ici à une caractéristique inhérente à l’univers, à savoir la manière dont les mystères les plus profonds sont habilement dissimulés. On a beau s’efforcer de percer l’énigme, on se heurte toujours à une subtile barrière qui empêche de l’élucider complètement.
Prenons la question du déterminisme et du libre arbitre. Voilà un problème que la philosophie se pose depuis longtemps, et qui a été repris par la physique et les mathématiques.
(Nos décisions sont libres ou pas)
Jusqu’à quel point sommes-nous vraiment libres ? Si nous examinons leur origine profonde, les décisions que nous croyons prendre librement ne sont-elles pas conditionnées par un nombre incalculable de facteurs, dont l’existence nous échappe le plus souvent ? Le libre arbitre n’est-il qu’une illusion ? Et si tout était déterminé, sans que nous en ayons conscience ?
Le premier grand défenseur du déterminisme fut un Grec nommé Leucippe. Il affirmait que rien n’arrive par hasard et que tout a une cause. Platon et Aristote, en revanche, pensaient autrement et laissaient une place au libre arbitre, un point de vue que l’Église adopta. Puisque l’homme disposait d’un libre arbitre, Dieu n’était plus responsable du mal commis dans le monde. Durant des siècles, l’idée a donc prévalu que les êtres humains étaient dotés d’un libre arbitre. C’est seulement avec Newton et le progrès des sciences que le déterminisme fut remis à l’honneur, au point que l’un des plus grands astronomes du XVIIe siècle, le marquis Pierre Simon de Laplace, en élabora une importante théorie. Il observa que l’univers obéissait à des lois fondamentales et en déduisit que si nous connaissions ces lois et savions la position, la vitesse et la direction de chaque objet et de chaque particule existant dans l’univers, nous serions en mesure de connaître tout le passé et tout l’avenir, puisque tout est déjà déterminé. On appelle cette hypothèse le démon de Laplace. Tout est déterminé.

Einstein admettait ce point de vue et les théories de la relativité furent conçues selon le principe que l’univers était déterministe. Mais les choses se compliquèrent quand apparut la théorie quantique, qui
instaura une vision indéterministe dans le monde des atomes. La formulation de l’indéterminisme quantique est due à Heisenberg qui, en 1927, constata qu’il était impossible de déterminer en même temps, de manière rigoureuse, la vitesse et la position d’une microparticule. Ainsi naquit le principe
d’incertitude: Le comportement des grands objets est déterministe, le comportement des petits est indéterministe. Aujourd’hui encore, c’est le grand rêve de la physique. Les scientifiques recherchent une théorie qui, entre autres choses, unirait la théorie de la relativité et la théorie quantique et résoudrait le problème du déterminisme ou de l’indéterminisme de l’univers. Mais il est essentiel de noter une chose. Le principe d’incertitude affirme qu’il est impossible de définir avec précision le comportement d’une particule à cause de la présence de l’observateur. Certains physiciens dirent qu’une particule ne décidait de l’endroit qu’elle occupait qu’au moment où apparaissait un observateur. C’est l’histoire de l’électron qui, lorsqu’on le met dans une boîte divisée en deux compartiments, se retrouve dans ces deux compartiments en même temps, et c’est seulement quand quelqu’un soulève le couvercle que l’électron décide de rester dans l’un ou dans l’autre… Ils imaginèrent divers exemples pour montrer l’absurdité de cette idée, le plus célèbre étant celui du chat de Schrödinger. Donc, Schrödinger démontra que si une particule pouvait être en deux endroits à la fois, alors un chat pouvait être vivant et mort en même temps, ce qui est absurde.
La question est de savoir si l’interprétation est correcte.– Comment ça ? Si elle cadre, c’est parce qu’elle est correcte.
Il y a une subtilité inhérente à l’univers. Heisenberg a établi qu’il était impossible de déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’un corpuscule à cause de l’influence exercée par l’observateur. C’est ce constat qui a conduit à affirmer que l’univers des microparticules était indéterministe. Autrement dit, on ne peut pas déterminer leur comportement. Mais cela ne signifie pas que ce comportement soit indéterministe.
Heisenberg a d’abord postulé qu’il était impossible de déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’une particule à cause de la présence de l’observateur. Je répète, à cause de la présence de l’observateur. Voilà le point crucial. Le principe d’incertitude n’a jamais établi que le comportement des microparticules était indéterministe. Il affirme seulement que ce comportement ne peut être déterminé à cause de la présence de l’observateur et de son influence sur les particules observées. En d’autres termes, les microparticules ont un comportement déterministe, mais indéterminable.
Le principe d’incertitude implique également qu’on ne pourra jamais prouver que le comportement de la matière est déterministe, puisque, dès lors qu’on s’y efforce, l’influence exercée par l’observation empêche d’obtenir cette preuve.
Personne ne comprenne qu’il s’agissait d’un problème de sémantique, né de la confusion entre le mot indéterministe et le mot indéterminable. L’essentiel est que le principe d’incertitude, en niant la possibilité qu’on puisse un jour connaître tout le passé et tout l’avenir, a mis en évidence une subtilité fondamentale de l’univers. C’est comme si l’univers nous disait ceci : l’histoire est déterminée depuis l’aube des temps, mais vous ne pourrez jamais le prouver ni connaître cette histoire avec précision. Voilà la subtilité. Le principe d’incertitude nous révèle que, même si tout est déterminé, la réalité dernière reste indéterminable. L’univers cache son mystère derrière cette subtilité.
L’univers cache son secret, mais il le fait à cause de son immense complexité.
Le chaos
p.158
On a dit que l’univers quantique qui était indéterminable… Cela contredit toutes les hypothèses précédentes. La théorie de la relativité et la physique classique de Newton sont bien déterministes. Toutes les deux établissent que le comportement de la matière est prévisible… Si je connais la position, la vitesse et la direction de la lune, je peux calculer avec précision tous ses mouvements passés et à venir. C’est bien là de la prévisibilité.
Pour quelle raison ne parvient-on pas à prévoir avec exactitude l’étatdu temps ? Pour quelle raison le bulletin météorologique annonçait pour aujourd’hui un ciel dégagé alors que je vois ces nuages passer, démentant la prévision ? En 1961, un météorologiste nommé Edward Lorenz s’est assis devant son ordinateur pour tester des prévisions climatiques à long terme en fonction de trois variantes : la température, la pression de l’air et la vitesse du vent. L’expérience n’aurait rien révélé de particulier s’il n’avait pas cherché à examiner une certaine série de manière plus approfondie. Une séquence anodine, presque insignifiante. Au lieu d’introduire une certaine donnée dans le même programme, il a consulté une copie de l’expérience initiale et a reporté le nombre obtenu.
Voici quatre chiffres: 0,506
Lorenz a découvert sur plusieurs autres jours que la nouvelle prévision météorologique était totalement différente de la version antérieure. Intrigué, il a cherché à comprendre ce qui s’était passé. Après avoir tout analysé, il s’est aperçu qu’en introduisant cette donnée, il n’avait reporté que quatre chiffres d’une série plus longue: 0, 506127
Telle était la série complète initiale. Face à ce résultat, il a pris conscience qu’une altération
infinitésimale des données, une quantité infime, presque négligeable, changeait totalement la prévision. C’était comme si une insignifiante rafale de vent imprévue avait le pouvoir de modifier l’état du temps sur toute la planète. Lorenz a découvert le chaos.

La théorie du chaos est l’un des plus fascinants modèles mathématiques qui soit et permet d’expliquer de nombreux phénomènes dans l’univers. L’idée fondamentale des systèmes chaotiques est simple à formuler. De petites altérations dans les conditions initiales provoquent de profondes altérations dans le résultat final. Autrement dit, petites causes, grands effets. L’exemple le plus célèbre est celui qu’on nomme « effet papillon ». Le battement d’aile d’un papillon modifie imperceptiblement la pression de l’air autour de lui. Cette infime modification entraîne un effet domino sur les molécules d’air, qui va en s’amplifiant, au point de provoquer, au bout d’un certain temps, une tempête en Amérique. Voilà ce qu’est l’effet papillon. À présent, ajoutez à l’effet de ce petit papillon celui de tous les papillons, de tous les animaux, de tout ce qui bouge et respire au monde. Qu’en résulte-t-il ?
L’imprévisibilité. Ce qui nous ramène à l’indéterminable. Le comportement de la matière continue à être déterministe. Ce qui se passe, c’est que la matière s’organise de telle manière qu’il est impossible de prévoir son comportement à long terme, bien qu’il soit déterminé à l’avance. On peut dire que le comportement des systèmes chaotiques est causal, mais semble casuel.
La théorie du chaos est présente partout. Partout. Si dans le monde quantique nous ne pouvons pas prévoir avec précision le comportement des microparticules, c’est peut-être parce qu’il est chaotique. Leur comportement est déterminé, mais les fluctuations de leurs conditions initiales sont si infimes qu’il nous est impossible d’anticiper leur évolution. Voilà pourquoi, pour des raisons pratiques,
le monde quantique nous semble indéterministe. En réalité, les microparticules ont un comportement déterministe, sans que nous puissions le déterminer. Je pense que cela est dû pour une part à l’influence de l’observation, ainsi que l’établit le principe d’incertitude, mais aussi à cette zone indéterminable inhérente aux systèmes chaotiques.
Le système solaire lui-même, qui semble avoir un comportement prévisible est, en réalité, un système chaotique. Seulement, on ne s’en aperçoit pas parce qu’il s’agit de mouvements très lents. Mais le système solaire est chaotique. Une projection faite par ordinateur établit, par exemple, que si la terre se mettait à tourner en orbite autour du soleil à seulement cent mètres de distance du point où effectivement elle a commencé à le faire, au bout de cent millions d’années elle s’éloignerait de quarante millions de kilomètres de sa trajectoire initiale. Petites causes, grands effets.
Même nos vies sont gérées par le chaos. Imagine, par exemple, que tu prennes ta voiture et qu’avant de démarrer, tu t’aperçoives qu’un pan de ton manteau est resté coincé dans la portière. Que fais-tu ? Tu ouvres la portière, tu rentres le pan de ton manteau, tu refermes la portière et tu démarres. Cette opération t’a pris cinq secondes. Lorsque tu arrives au premier croisement surgit un camion qui t’emboutit. Résultat, tu te retrouves paraplégique pour le restant de tes jours. Maintenant imagine que le pan de ton manteau ne soit pas resté coincé dans la portière. Que se passe-t-il ? Tu démarres directement ta voiture et tu arrives au croisement cinq secondes plus tôt. Tu regardes à droite, tu vois le camion s’approcher, tu le laisses passer et tu poursuis ta route. Voilà ce qu’est la théorie du chaos. À cause du pan de ton manteau coincé dans la portière de ta voiture, tu as perdu cinq secondes qui vont changer le reste de ta vie.
Tout le passé et tout l’avenir existent déjà et si l’on connaissait toutes les lois et si l’on parvenait à définir avec précision, et simultanément, la vitesse, la direction et la position de toute la matière, on pourrait voir tout le passé et tout l’avenir. En théorie, c’est possible. C’est dans la pratique que ça ne l’est pas. Si nous pouvions tout savoir sur l’état présent de l’univers, nous réussirions à déterminer le passé et le futur, dès lors que tout est déterminé. Mais même du point de vue théorique, il est impossible de tout savoir sur l’état présent de l’univers.

Le paradoxe de Zénon
Il s’agit de cette histoire de course entre une tortue et un lièvre. La tortue part en premier, mais le lièvre, qui est beaucoup plus rapide, la rattrape vite et la dépasse. Le problème est que, selon Zénon, le lièvre ne pourra jamais rattraper la tortue parce que l’espace qui les sépare est infiniment divisible.
Le paradoxe de Zénon illustre le problème mathématique de l’infini. Pour avancer d’un mètre, le lièvre doit parcourir la moitié de cette distance. Et cette moitié est également divisible par une autre moitié, et cette autre moitié par encore une autre moitié, et ainsi de suite à l’infini. L’infini est un problème incontournable concernant la question de la prévisibilité. Revenons à l’exemple de l’état du temps. La prévision à long terme est rendue impossible par deux types de facteurs. L’un est éminemment pratique. Même si je connaissais tous les facteurs qui influencent l’état du ciel, il me faudrait les considérer tous. La respiration de chaque animal, le mouvement de tous les êtres vivants, l’activité solaire, une éruption volcanique, la fumée rejetée par chaque voiture, chaque cheminée, chaque usine, tout. Or, je me heurte à l’impossibilité pratique de prendre en compte tous ces facteurs à la fois. Le second type de facteurs est lié au problème de l’infini. Par exemple, imaginons que je doive mesurer la température globale à un moment donné afin de pouvoir effectuer des extrapolations. Supposons que je place ici un thermomètre et que j’enregistre à midi une valeur de…20°. Mais, en réalité, cette mesure reste incomplète. Elle ne prend en compte que les unités. Or, nous savons que de petites altérations dans les conditions initiales en traînent de grandes altérations dans les conditions finales. Dès lors, il est essentiel de connaître les factions décimales de cette mesure.
Modifions le nombre: 20 , 793 °
Donc, il me faut ajouter les fractions suivantes, aussi infimes soient-elles, vu que la moindre altération peut produire de gigantesques effets.
20 , 793679274027934288722 °
Le chiffre qui vient après peut également être crucial. La mesure devrait comporter un nombre infini de chiffres. Or cela est impossible. Donc, on aura beau aligner autant de chiffres qu’on voudra, jamais on ne pourra savoir avec exactitude la température dans un lieu et à une heure déterminée, puisqu’il faudrait faire un calcul qui intégrerait une infinité de données.
Mais la température observable sur cette table peut être légèrement différente de celle qu’on peut relever là, à seulement un mètre de distance. Il faudrait donc mesurer tous les espaces la ville. Or ça n’est pas possible. Tout comme dans le paradoxe de Zénon, il est facile de constater que chaque mètre est infiniment divisible. Il me faudrait mesurer la température de tous les points de l’espace pour pouvoir connaître les conditions initiales. Mais comme la distance entre chaque point, aussi infime soit-elle, est toujours divisible par sa moitié, je ne pourrais jamais mesurer tout l’espace. Et la même chose s’applique au temps. La différence entre une seconde et la suivante est infiniment divisible. Or, entre les deux, il peut se produire de subtiles variations de température qu’il faudrait mesurer. Mais comme la division du temps est également infinie, selon le principe énoncé par Zénon, on ne pourra jamais obtenir cette mesure. Le raisonnement qui fonde le paradoxe de Zénon nous montre qu’il existe autant d’espace dans un mètre que dans l’univers tout entier, autant de temps dans une seconde que dans toute l’éternité, et c’est là une propriété mystérieuse de l’univers.
Les théorèmes de l’incomplétude de Gödel
Les théorèmes de l’incomplétude montraient qu’un système mathématique ne pouvait prouver toutes ses affirmations. Les théorèmes de l’incomplétude ont dévoilé une nouvelle caractéristique de l’univers. À travers ces théorèmes, l’univers nous dit la chose suivante : vous, les êtres
humains, vous savez que certaines choses sont vraies, mais vous ne pourrez jamais le prouver à cause de la manière majestueuse dont moi, l’univers, j’ai dissimulé le reste de la vérité. Vous pourrez connaître une grande partie de cette vérité, mais les choses sont conçues d’une telle façon que vous ne parviendrez jamais à l’appréhender toute entière.
Le principe d’incertitude, les systèmes chaotiques et les théorèmes de l’incomplétude ont une signification profonde, en nous révélant d’incroyables subtilités dans le fonctionnement de l’univers. Tout le cosmos repose sur les mathématiques. Les lois fondamentales de l’univers s’expriment par des équations et des formules mathématiques, les lois de la physique sont des algorithmes nécessaires au processus de l’information et le secret de l’univers se trouve codé en langage mathématique. Tout est relié, même ce qui ne le paraît pas. Mais le langage mathématique lui-même ne peut décrypter totalement ce code. Telle est la propriété la plus énigmatique de l’univers : la manière dont celui-ci dissimule la vérité dernière. Tout est déterminé, mais tout est indéterminable. Les mathématiques sont le langage de l’univers, mais nous n’avons aucun moyen de le prouver sans qu’un doute ne subsiste. Lorsque nous allons au fond des choses, nous découvrons toujours un étrange voile qui cache les dernières facettes de l’énigme. Le Créateur a masqué sa signature. Les choses sont conçues d’une façon si subtile qu’il est impossible de déchiffrer intégralement leur secret le plus profond.
Alpha et Omega
p.167
En astrophysique, qu’est-ce que le point Alpha ? C’est le commencement de l’univers.
Et le point Oméga ? C’est la fin de l’univers.
L’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin, la naissance et la mort de l’univers.
Pour quelle raison l’univers doit-il avoir un commencement et une fin ? Qu’est-ce qui empêche
l’univers d’être éternel ? Pourrait-il être éternel ? Un univers d’une durée infinie, sans commencement ni fin, un univers qui a toujours existé et qui existera toujours. Comment pensez-vous que l’Église réagisse face à ce concept ? La question du commencement et de la fin de l’univers n’est pas une question exclusivement scientifique, c’est aussi un problème théologique. Une interrogation
essentielle, qui dépasse les frontières de la physique, qui relève de la métaphysique ou de la religion. Y a-t-il eu ou non Création ? En s’appuyant sur les textes de la Bible, l’Église a toujours soutenu l’idée d’un commencement et d’une fin, d’une Genèse et d’une Apocalypse, d’un Alpha et d’un Oméga. Mais la science, à un moment donné, a proposé une autre réponse. Après les découvertes de Copernic, de Galilée et de Newton, les scientifiques ont considéré que l’hypothèse d’un univers éternel était plus probable. D’un côté, le problème de la Création renvoie à celui d’un Créateur, et donc, en éliminant la Création, on élimine aussi la nécessité d’un Créateur. De l’autre, l’observation de l’univers semble indiquer un mécanisme constant et régulier, étayant l’idée que ce mécanisme a toujours existé et continuera d’exister. Par conséquent, le problème est résolu.
Est-il possible de démontrer le contraire ? Cette question renvoie à un problème crucial : le fait que les observations contredisent la théorie. La première contradiction apparaît dans la Bible, même si elle n’a guère de valeur au regard de la physique, bien entendu. Mais c’est une curiosité qui mérite le détour. Selon l’Ancien Testament, Dieu créa l’univers dans une explosion de lumière. Cette explication reste le modèle de référence pour les religions judaïque, chrétienne et musulmane, bien qu’elle ait été fortement remise en question par la science. La thèse de l’univers éternel devint ainsi l’explication la plus vraisemblable. Mais, au XIXe siècle, on fit une découverte d’une haute importance, l’une des plus grandes jamais réalisées par la science, une révélation qui vint mettre en cause l’idée d’un univers d’une durée infinie.
C'est la deuxième loi de thermodynamique. Le triangle signifie variation, « S », entropie, « > »
représente, comme vous le savez, le concept de plus grand, et « 0 », c’est bien sûr zéro. Autrement dit, cette équation postule que la variation de l’entropie de l’univers est toujours supérieure à zéro. Qui l’a formulée ? Clausius en 1861. Clausius avait auparavant formulé la loi de conservation de l’énergie, affirmant que l’énergie de l’univers est une éternelle constante, ne pouvant jamais être créée ni détruite, mais seulement transformée. Ensuite, il décida de proposer le concept d’entropie, qui englobe toutes les formes d’énergies et de température, croyant qu’elle aussi était une éternelle constante. L’univers étant éternel, l’énergie devait être éternelle et l’entropie également. Mais, après avoir effectué des mesures, il découvrit, stupéfait, que les déperditions de chaleur d’une machine excédaient toujours la transformation de la chaleur en énergie, provoquant une dégradation. Refusant d’accepter ce résultat, il se mit à mesurer les processus naturels, le corps humain inclus, et parvint à la conclusion que le phénomène se vérifiait dans tous les domaines. Après de nombreux tests, il dut se rendre à l’évidence. L’entropie n’était pas une constante, ou plutôt elle ne faisait qu’augmenter. Sans cesse. Ainsi naquit la deuxième loi de thermodynamique. Clausius détecta l’existence de cette loi dans le comportement thermique, mais le concept d’entropie s’étendit rapidement à tous les
phénomènes naturels. On comprit que l’entropie existait dans tout l’univers.
La deuxième loi de thermodynamique vint prouver trois choses. La première c’est que, si les choses vieillissent, alors il y a un point dans le temps où elles mourront. Cela arrivera quand l’entropie atteindra son point maximum, au moment où la température se dispersera uniformément dans l’univers. La seconde est qu’il existe une flèche du temps. Autrement dit, l’univers et son histoire peuvent être déterminés depuis toujours, mais leur évolution s’effectuera constamment du passé vers le futur. Cette loi implique que tout a évolué avec le temps. La troisième chose prouvée par la deuxième loi de thermodynamique est que, puisque tout vieillit, il y a eu un moment où tout était jeune. Mieux encore, il y a eu un moment où l’entropie était à son minimum. Le moment de la naissance. Clausius a démontré qu’il y a eu une naissance de l’univers. Lorsque la deuxième loi de thermodynamique a été formulée et démontrée, les scientifiques comprirent que l’idée d’un univers éternel était incompatible avec l’existence de processus physiques irréversibles. L’univers évolue vers un état d’équilibre thermodynamique, où les zones chaudes et froides tendent à s’effacer au profit d’une température constante générale, ce qui implique une entropie totale, ou un maximum de désordre. En clair, l’univers évolue d’un ordre complet vers un désordre total. Et cette découverte entraîna l’apparition de nouveaux indices.
Le paradoxe d’Olbers
Le paradoxe d’Olbers est lié à l’obscurité du ciel. Si l’univers est infini et éternel, alors il ne peut y avoir d’obscurité la nuit, puisque le ciel doit être inondé par la lumière provenant d’un nombre infini d’étoiles. Mais l’obscurité existe, ce qui est un paradoxe. Ce paradoxe ne peut être résolu que si l’on attribue un âge à l’univers, postulant ainsi que la Terre reçoit uniquement la lumière qui a eu le temps de voyager jusqu’à elle depuis la naissance de l’univers. C’est la seule explication pour justifier le fait qu’il existe de l’obscurité la nuit.
Les scientifiques pensaient quel’univers, étant éternel, était également statique, et c’est sur ce postulat que repose toute la physique de Newton. Newton lui-même, d’ailleurs, avait comprit que sa loi de la gravité, qui établit que toute la matière attire la matière, avait pour ultime conséquence que l’univers était amalgamé en une grande masse. La matière attire la matière. Et, pourtant, quand on regarde le ciel, on s’aperçoit que ce n’est pas ainsi que les choses se passent. La matière est distribuée. Selon Newton, c’est le fait que l’univers soit infini qui empêche la matière de s’amalgamer complètement. Mais la vraie réponse a été donnée par Hubble. Dans les années vingt, Edwin Hubble confirma l’existence de galaxies au delà de la Voie Lactée, et, après avoir mesuré le spectre de la lumière qu’elles émettaient, il s’aperçut que toutes s’éloignaient de nous. Mieux encore, il vérifia que plus une galaxie était loin, plus vite elle s’éloignait. C’est ainsi que l’on a compris la vraie raison pour laquelle, conformément à la loi de la gravité, toute la matière de l’univers ne s’amalgamait pas en une seule et unique masse. C’est parce que l’univers est en expansion. Quelle est la conséquence de cette découverte sur le problème du point Alpha ? Si toute la matière de l’univers se disperse, c’est qu’elle a été rassemblée dans le passé.
La découverte de l’univers en expansion implique qu’il y a eu un moment initial où tout était concentré avant d’être projeté dans toutes les directions. Du reste, les scientifiques constatèrent que
cela cadrait avec la théorie de la relativité générale, dont découlait le concept d’un univers dynamique. Or, en s’appuyant sur toutes ces découvertes, un prêtre belge, nommé Georges Lemaître, avança une nouvelle idée dans les années vingt.
Il n’y avait pas d’avant. L’univers a commencé avec le Big Bang. Nous ne parlons pas
ici d’un espace vide qui aurait commencé à se remplir. Le Big Bang implique qu’il n’y avait aucun espace antérieur. L’espace est né avec la grande expansion soudaine. Or, les théories de la relativité établissent que l’espace et le temps sont les deux faces d’une même médaille. Dès lors, la conclusion est logique. Si l’espace est né avec le Big Bang, le temps est également issu de cet événement primordial. Il n’y avait pas d’avant parce que le temps n’existait pas. Le temps commença avec l’espace, qui débuta avec le Big Bang. Demander ce qu’il y avait avant le temps, c’est comme demander ce qu’il y a au nord du pôle Nord. Ce problème du moment initial est, du reste, le plus complexe de toute la théorie. On l’appelle une singularité. On pense que tout l’univers était comprimé en un point infime d’énergie et que, soudain, il y a eu une éruption, pendant laquelle a surgi la matière, l’espace, le temps et les lois de l’univers.
C’était le point le plus délicat de toute la théorie, le plus difficile à expliquer ; pas seulement parce que les explications étaient contre-intuitives, mais aussi parce que les scientifiques eux-mêmes restaient encore perplexes devant ce problème.
Le mécanisme causal: Tous les événements ont des causes et leurs effets deviennent des causes d’événements à venir. Le processus cause-effet-cause implique une chronologie. D’abord se produit la cause, puis l’effet. Puisque le temps n’existait pas encore dans ce point infime, comment un événement aurait pu en générer un autre ? Il n’y avait pas d’avant ni d’après. En conséquence, il n’y avait pas de causes ni d’effets, parce qu’aucun événement ne pouvait en précéder un autre.
Le fait est qu’excepté ce problème de la singularité initiale, cette théorie résout les paradoxes posés par l’hypothèse de l’univers éternel. Mais il y a eu des scientifiques qui, comme certains d’entre vous, n’ont pas été satisfaits par le Big Bang et ont cherché une explication alternative. L’hypothèse la plus intéressante qu’on ait proposée est la théorie de l’univers en état permanent, reposant sur l’idée que la matière de faible entropie est en création constante. Au lieu que la matière surgisse en totalité d’une grande expansion initiale, elle apparaîtrait graduellement, par petites éruptions au fil du temps, compensant la part de matière qui meurt à son point maximum d’entropie. Si c’est le cas, l’univers peut être éternel. Cette possibilité a sérieusement été envisagée par la science, à tel point que, pendant longtemps, la théorie de l’univers en état permanent était présentée sur le même pied d’égalité que la théorie du Big Bang.
En considérant cette grande expansion initiale, les scientifiques ont pensé qu’il devait exister une radiation cosmique de fond, une sorte d’écho de cette éruption primordiale de l’univers. L’existence de cet écho a été présentée en 1948 et on lui attribuait une température d’environ cinq degrés Kelvin, autrement dit, cinq degrés au-dessus du zéro absolu. Mais où diable se trouvait cet écho ? On avait beau chercher, on ne trouvait rien. Jusqu’à ce qu’en 1965, deux astrophysiciens américains qui achevaient un travail expérimental au moyen d’une grande antenne dans le New Jersey, captent soudain un bruit de fond désagréable, comme un sifflement de cocotte minute. Ce bruit agaçant
semblait venir de tous les points du ciel. Les deux chercheurs avaient beau tourner l’antenne d’un côté comme de l’autre, vers une étoile ou une galaxie, vers un espace vide ou une nébuleuse lointaine, le son persistait. Durant un an, ils ont cherché à l’éliminer. Ils ont vérifié les câbles électriques, examiné les moindres possibilités de panne, ils ont tout essayé, mais impossible de localiser la source de ce bruit insupportable. En désespoir de cause, ils ont appelé les scientifiques de l’université de Princeton, pour leur demander s’ils avaient une explication. Ils en avaient une. C’était l’écho du Big Bang. L’écho est une forme d’expression, bien entendu. Ce qu’ils ont capté, c’est la plus ancienne lumière qui soit arrivée jusqu’à nous, une lumière que le temps a transformé en micro-ondes. On les appelle des radiations cosmiques de fond et les mesures thermiques indiquent qu’elles avoisinent les trois degrés Kelvin, une valeur très proche de la prévision faite en 1948. Comme une télé sur une chaîne qui n’émet pas ? Du bruit. On voit des petits points sautiller et on entend un grésillement irritant. Un pour cent de cet effet provient de cet écho. Penrose et Hawking ont prouvé une série de théorèmes qui confirment que le Big Bang est inévitable, dès lors que la gravité parvient à être une force d’attraction dans les conditions extrêmes où s’est formé l’univers.
Tout s’est passé voilà environ dix à vingt millions d’années, probablement quinze millions d’années. L’énergie était concentrée en un point et s’est dilatée en une gigantesque éruption.
E = mc2
Comme, d’après cette équation, l’énergie équivaut à la masse, ce qui s’est passé, c’est que la matière
a surgi de la transformation de l’énergie. Dès le premier instant, l’espace est apparu et s’est aussitôt
dilaté. Or, comme l’espace est lié au temps, l’apparition de l’espace a automatiquement entraîné
l’apparition du temps, qui s’est également dilaté. En ce premier instant est née une super-force, ainsi que toutes les lois qui nous gouvernent. La température était extrêmement élevée, quelques dizaines de milliards de millions de degrés. Cette super-force a commencé à se scinder en différentes forces. C’est le début des premières réactions nucléaires, qui ont créé les noyaux des éléments les plus légers, comme l’hydrogène et l’hélium, ou encore le lithium. En trois minutes est apparu quatre-vingt-dix-huit pour cent de la matière qui existe ou qui existera.
Quatre-vingt-dix-huit pour cent de la matière qui existe aujourd’hui s’est formée à partir de l’éruption d’énergie du Big Bang. Cela signifie que presque tous les atomes présents dans notre corps sont déjà passés par diverses étoiles et ont déjà occupé des milliards d’organismes différents avant d’arriver jusqu’à nous. Et nous avons tellement d’atomes que l’on peut estimer que chacun de nous en possède au moins un million ayant déjà appartenu à d’autres personnes qui ont vécu il y a très longtemps. Cela veut dire que chacun de nous est doté de nombreux atomes qui étaient présents dans les corps d’Abraham, de Moïse, de Jésus-Christ, de Bouddha ou de Mahomet. Mais revenons au Big Bang. Après l’éruption initiale, l’univers a commencé à s’organiser automatiquement en structures, obéissant aux lois créées dès les premiers instants. Avec le temps, les températures ont baissé jusqu’à atteindre un point critique où la super-force s’est désintégrée en quatre autres forces ; d’abord la force de gravité, puis la force forte, enfin la force électromagnétique et la force
faible. La force de gravité a organisé la matière en groupes localisés. Au bout de deux cent millions
d’années, les premières étoiles surgirent. Puis sont nés les systèmes planétaires, les galaxies et les
groupes de galaxies. Les planètes étaient au départ des petits corps incandescents, semblables à de petites étoiles, qui gravitaient autour des étoiles. Ces corps se refroidirent jusqu’à se solidifier, comme ce fut le cas pour la terre. Et nous voilà aujourd’hui ici.
Oui, le soleil va mourir. D’ailleurs, c’est d’abord la terre qui va mourir, puis ce sera le soleil, puis la galaxie et enfin l’univers. Telle est la conséquence inévitable de la deuxième loi de thermodynamique. L’univers évolue vers l’entropie totale. Il fit un geste théâtral. Tout ce qui naît est voué à mourir. Ce qui nous amène directement du point Alpha au point Oméga.
1-Big Freeze
La première est appelée Big Freeze, ou grande glaciation. Il s’agit de la dernière conséquence de la
deuxième loi de thermodynamique et de l’expansion éternelle de l’univers. Avec l’augmentation de
l’entropie, les rayonnements s’affaiblissent graduellement jusqu’à créer une température uniforme dans toutes les régions de l’espace, transformant l’univers en un immense cimetière galactique glacé.
On estime que cela se produira dans quelques cent millions d’années au minimum.
Imaginez que l’univers soit un homme qui mourra à 120 ans. On peut alors dire que le soleil serait apparu quand l’univers avait 10 ans et qu’aujourd’hui celui-ci aurait 15 ans. Cela signifierait donc qu’il lui resterait cent cinq ans à vivre. Voyons maintenant la seconde possibilité du point Oméga.
2- Big Crunch
La seconde possibilité est celle du Big Crunch, ou grand écrasement. L’expansion de l’univers diminue et arrive à un point où elle s’arrête, pour commencer ensuite à se contracter. Sous l’effet de la gravité, l’espace, le temps et la matière se mettront à converger jusqu’à s’écraser en un point infini d’énergie. C'est le Big Bang à l’envers.
La contraction n’est pas due à un dégonflement, mais à la force de gravité.
Le Big Crunch requiert beaucoup plus de matière qu’il n’en existe dans l’univers. La matière visible est insuffisante pour provoquer, sous l’effet de la gravité, la contraction de l’univers. Afin de résoudre ce problème, on a avancé l’hypothèse qu’il existait de la matière noire, autrement dit, une matière qui reste invisible à nos yeux, à cause de sa faible interaction. Cette matière noire constituerait quatre-vingt-dix pour cent ou plus de la matière existante dans l’univers. Le problème, c’est de trouver cette matière noire. D’autre part, si elle existe, y en a-t-il suffisamment pour freiner l’expansion ? Deuxièmement, il nous faut prendre en compte les dernières observations effectuées sur l’expansion de l’univers. En 1998, on a découvert que la vitesse à laquelle s’éloignent les galaxies augmente sans cesse. C’est probablement dû à une nouvelle force jusque-là inconnue, celle qu’on appelle la force obscure, déjà prédite par Einstein et qui combat la force de gravité. Or, le Big Crunch exige que la vitesse de l’expansion diminue jusqu’à s’arrêter complètement avant que commence la contraction. Mais la vitesse de l’expansion étant en augmentation, il ne reste qu’une seule conclusion.
L’univers évolue vers le Big Freeze.
Qu'est-ce que Dieu?
p.171
Est-il possible de prouver l’existence de Dieu ? Si on attend de voir un vieux patriarche barbu qui regarde la terre d’un air soucieux, attentif à ce que chacun de nous fait, pense et demande, et qui parle avec une grosse voix… Eh bien, je crois qu’il nous faudra attendre l’éternité pour prouver l’existence d’une telle personnalité. Ce Dieu n’existe tout simplement pas, Il n’est qu’une invention anthropomorphique nous permettant de visualiser quelque chose qui est au-dessus de nous. Dans ce sens, nous avons inventé Dieu comme une figure paternelle. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous protège et nous défende du mal, qui nous prenne sous son aile, qui nous console dans les moments difficiles, qui nous aide à accepter l’inacceptable, à comprendre l’incompréhensible, à affronter ce qui est terrible. Ce quelqu’un c’est Dieu.
Imaginons qu’il existe Quelqu’un là-haut qui s’inquiète énormément de notre sort. Quelqu’un vers qui nous nous tournons aux heures de détresse en quête de réconfort. Quelqu’un qui nous observe et nous soutienne. Il n’existe pas le Dieu anthropomorphique que nous imaginons habituellement
et que nous a légué la tradition judéo-chrétienne. Dieu est dans tout ce qui nous entoure. Non pas comme une entité audessus de nous, qui nous surveille et nous protège, mais comme une intelligence créatrice, subtile et omniprésente, peut-être amorale, qu’on rencontre à chaque pas, à chaque regard, à chaque respiration, présente dans le cosmos et dans les atomes, qui intègre tout et qui donne sens à tout.
Utilisons la méthode scientifique qui est un dialogue entre l’homme et la nature. Par le biais de cette méthode, l’homme pose des questions à la nature et obtient des réponses. Le secret est dans la manière dont il formule les questions et traduit les réponses. Ce n’est pas à la portée de tout le monde d’interroger la nature ou de comprendre ce qu’elle dit. Il faut de l’entraînement, de l’intuition et de la sagacité, il faut avoir un esprit suffisamment aiguisé pour saisir les subtilités de la plupart des réponses. Nous pouvons percevoir l’existence ou l’inexistence de Dieu selon notre façon de formuler les questions et selon notre capacité à comprendre les réponses. Par exemple, la deuxième loi de thermodynamique résulte de questions posées à la nature à travers des expériences sur la chaleur. La nature a répondu, montrant que l’énergie passe du chaud au froid et jamais le contraire, et que
la transformation de l’énergie entre les corps implique toujours une déperdition. Il en va de même avec le problème de Dieu. Nous devons savoir quelles questions il faut formuler et comment les formuler, et ensuite être capables d’interpréter les réponses obtenues. C’est pourquoi, lorsqu’on parle d’établir la preuve de l’existence de Dieu, il faut être prudent. Si quelqu’un attend qu’on lui fournisse des images en DVD de Dieu en train d’observer l’univers, tenant dans une main les Tables de la Loi et caressant de l’autre sa longue barbe blanche, il sera déçu. Cette image ne sera jamais captée parce que ce Dieu n’existe pas.
Si le Big Bang a eu lieu, cela implique que l’univers a été créé. Or, un tel concept entraîne de profondes conséquences. La question de la Création renvoie au problème du Créateur. Qui a créé la Création ? Si Dieu existe, Il fait partie de l’univers. Dieu est l’univers. La Création de l’univers n’a pas été un acte artificiel, mais un acte naturel, obéissant aux lois spécifiques et à des constantes universelles déterminées. Mais la question revient toujours au même point. Qui a conçu les lois de l’univers ? Qui a déterminé les constantes universelles ? Qui a insufflé la vie à l’univers ?
La logique n’établit aucune preuve, mais la logique nous donne des indices. Écoutez, il vous faut comprendre que Dieu, en existant, ne laisse voir qu’une parcelle de Son existence et cache la preuve finale derrière un voile d’élégantes subtilités.
/* Parabole de l'éléphant exploré par des aveugles */
Les théorèmes de l’incomplétude, en démontrant qu’un système logique ne pourra jamais prouver
toutes les affirmations qu’il avance, même si ces affirmations indémontrables sont vraies, constituent un message d’une profonde signification mystique. C’est comme si Dieu, en existant, nous disait : Je
M’exprime à travers les mathématiques. Les mathématiques sont Ma langue, mais Je ne vous donnerai pas la preuve qu’il en est ainsi. On a également le principe d’incertitude. Ce
principe établit que nous ne pourrons jamais déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’une particule. C’est comme si Dieu nous disait : les particules ont un comportement déterministe, J’ai déjà défini tout le passé et le futur, mais Je ne vous donnerai pas la preuve finale qu’il en est ainsi.
La quête de Dieu est comme la quête de la vérité des affirmations d’un système logique ou du comportement déterministe des particules. Nous ne pourrons jamais obtenir une preuve finale de
l’existence de Dieu, dans le sens où nous ne pourrons jamais obtenir la preuve finale que les affirmations non démontrables d’un système logique sont vraies ou que les particules ont un comportement déterministe. Et, pourtant, nous savons que les conséquences de ces affirmations sont vraies et nous savons que les particules se comportent sur un mode déterministe. Ce qui nous est refusé, c’est la preuve finale, mais pas les indices qu’il en est effectivement ainsi.
Dans le champ de la logique, l’indice le plus intéressant a été présenté par Platon et Aristote,
développé par saint Thomas d’Aquin et affiné par Leibniz. Il s’agit de l’argument causal. L’idée
fondamentale est simple à formuler. Nous savons par la physique et par notre expérience quotidienne que tous les événements ont une cause, et que leurs conséquences deviennent des causes d’autres événements, dans un interminable effet de domino. Maintenant imaginons que nous recherchions les causes de tous les événements du passé. Mais, si l’univers a eu un commencement, alors cette chaise aussi en a eu un. En remontant de cause en cause nous arrivons au moment de la création de l’univers, ce que nous désignons aujourd’hui sous le nom de Big Bang. Quelle est la toute première cause ? Qu’est-ce qui a mis la machine en mouvement ? Quelle est la raison du Big Bang ?
Puisque le temps n’existait pas, il ne pouvait y avoir de causes qui précèdent le Big Bang.
En vérité, tout indique que le Big Bang a existé. S’il a existé, quelque chose l’a fait exister. La question revient toujours au même point. Quelle est la première cause ? Et qu’est-ce qui a
causé la première cause ?
L’hypothèse selon laquelle l’univers est éternel exclut Dieu. L’univers a toujours existé, il n’a aucune raison d’être, il est, tout simplement. Dans l’univers éternel, sans commencement ni fin, l’effet domino des causes est infini, il n’y a ni première cause ni dernière conséquence. Mais la Création, elle, renvoie à une première cause. Plus encore, la Création implique l’existence d’un Créateur. D’où la question : qui a mis la machine en marche ?
Dieu? Cet argument logique ne constitue pas une preuve, seulement un indice. Tout compte fait, il existe peut-être quelque mécanisme, encore inconnu, qui résout ce problème. Il nous faut prendre garde à ne pas recourir au Dieu-des-Lacunes, pour éviter l’erreur d’invoquer Dieu dès lors qu’on ignore la réponse à un problème, alors qu’il existe une autre explication. Cela étant dit, il importe de souligner que la Création renvoie au problème du Créateur et, quel que soit l’angle envisagé, la question revient toujours à ce point crucial. D’un autre côté, si nous introduisons Dieu dans l’équation, en disant que c’est lui qui a créé la Création, nous rencontrons aussitôt une multiplicité de nouveaux problèmes.
Le premier problème est de savoir où était Dieu avant le Big Bang, puisque ni le temps ni l’espace n’existait. Et le second problème est de déterminer ce qui a causé Dieu. Car si tout a une
cause, Dieu également en a une.
Les physiciens, appellent le Big Bang une singularité. Dans ce sens, nous pourrions dire que Dieu est une singularité, de la même manière que le Big Bang est une singularité.
Les philosophes lui donnent différents noms: comme l'argument de l’intentionnalité.
La question de l’intentionnalité relève, comme vous le savez, du domaine purement subjectif de l’interprétation. Autrement dit, quelqu’un peut faire quelque chose intentionnellement, mais celui qui
juge de l’extérieur ne pourra jamais être absolument sûr de l’intention. On peut supposer qu’il s’agit de telle intention, mais seul l’auteur de l’acte connaît la vérité.
Quelle est l’intention de la Création de l’univers ?
ll est difficile de répondre affirmativement à cette question, mais il existe quelques indices intéressants. Il y a un argument de poids émis par William Paley au XIXe siècle. Imaginez qu’en entrant ici, je tombe sur une fleur posée là sur le sol. Je la regarderais et je penserais : comment diable cette fleur est-elle arrivée là ? Peut-être répondrais-je aussitôt après : bon, la fleur est une chose naturelle. Et je n’y penserais plus. Imaginez à présent que je tombe non pas sur une fleur, mais sur une montre. Ma réponse sera-t-elle la même ? Bien sûr que non. Après avoir examiné le mécanisme compliqué de la montre, je dirais qu’il s’agit d’une chose fabriquée par un être intelligent visant un objectif spécifique. La question est maintenant la suivante : pour quelle raison ne puis-je donner
à l’existence de la fleur la même réponse que j’accorde à l’existence de la montre ?
En tant que membre appartenant à l’espèce intelligente ayant conçu la montre, je connais l’intention
qui a présidé à la création de cette montre. Mais je n’appartiens pas à l’espèce qui a conçu la fleur, c’est pourquoi je n’ai aucune certitude objective sur l’intentionnalité de sa création. Mais je peux supposer qu’il y en a une. Au fond, quelqu’un qui n’aurait jamais vu une montre pourrait facilement conclure qu’il s’agit là de l’oeuvre d’un cerveau intelligent.
Avez-vous remarqué la complexité de tout l’univers ?Avez-vous réfléchi à la minutieuse organisation nécessaire pour qu’un système solaire fonctionne ? Ou pour relier les atomes ? Ou pour concevoir la vie ? Ne pensez-vous pas que c’est infiniment plus complexe et intelligent que le mécanisme d’une petite montre ? Mais si une chose aussi simple qu’une petite montre est conçue par un être intelligent dans une intention précise, alors que dire d’une fleur ? Que dire de tout l’univers ? Si quelqu’un n’ayant jamais vu une montre peut comprendre, en en découvrant une pour la première fois, qu’il s’agit d’une création intelligente, pour quelle raison ne pourrions-nous pas, en contemplant la grandeur et la complexité intelligente de l’univers, aboutir à la même conclusion ?
Voilà la base de l’argument de l’intentionnalité. Si tout ce que nous voyons autour de nous témoigne
d’une volonté et d’une intelligence, pourquoi ne pas admettre qu’il existe une intention dans la Création ? Si les choses se révèlent intelligentes dans leur conception, pourquoi ne pas admettre qu’elles aient été conçues par quelque chose ou quelqu’un d’intelligent ? Pourquoi ne pas admettre qu’il existe une intelligence derrière ces créations intelligentes ? Et, pourtant, pas un instant je ne douterai que cette montre a été conçue par un être intelligent. Il en va de même avec l’univers. Il se peut que je ne connaisse jamais l’intelligence qui l’a créé, mais il suffit de regarder autour de soi pour comprendre qu’il s’agit d’une création intelligente.
Alors se pose le problème de savoir si nous l’étudions d’une manière adéquate.
De quoi est fait un être vivant ? D’une structure d’informations. Mais ce qui compose cette structure d’informations, ce sont les atomes, n’est-ce pas ? Et un grand nombre d’atomes assemblés forment une molécule. Et un grand nombre de molécules assemblées forment une cellule. Et un grand nombre de cellules assemblées forment un organe. Et tous les organes assemblés forment un corps vivant. Cela dit, il est inexact de dire qu’un être vivant se réduit à une collection d’atomes ou de molécules ou de cellules. Il est certain qu’un être vivant réunit des trillions d’atomes, des billions de molécules, des millions de cellules, mais n’importe quelle description qui se limiterait à ces données, même si elles sont vraies, pècherait par défaut.
La vie se décrit sur deux plans. Le premier est le plan réductionniste, où l’on trouve les atomes, les
molécules, les cellules, toute la mécanique de la vie. L’autre plan est sémantique. La vie est une structure d’informations qui tend vers un but, où l’ensemble est davantage que la somme des parties, où l’ensemble n’a même pas conscience de la présence et du fonctionnement de chaque partie qui le constitue. En tant qu’être vivant intelligent, je peux être sur un plan sémantique en discutant ici avec vous de l’existence de Dieu, tandis qu’une cellule de mon bras, sur un plan réductionniste, reçoit de l’oxygène d’une artère. Mon moi sémantique ne s’aperçoit même pas de ce que fait mon moi réductionniste, tous deux se situant sur des plans différents. Ces deux plans se retrouvent partout. Par exemple, je peux analyser le roman Guerre et Paix sur un plan réductionniste. Il me suffit d’examiner l’encre utilisée dans tel exemplaire, le type de papier, la façon dont l’encre et le papier sont fabriqués, s’il existe ou non des atomes de carbone dans cet exemplaire… Bref, il y a une multiplicité d’aspects réductionnistes que je peux étudier. Mais aucun de ces aspects ne me révèlera vraiment ce qu’est Guerre et Paix. Pour le savoir, mon analyse ne peut être réductionniste. Elle doit être sémantique.
C’est comme un ordinateur. Il y a un hardware et un software. Le plan réductionniste étudie
le hardware, tandis que le plan sémantique concerne le software.
Lorsque j’étudie l’univers de manière à connaître sa matière fondamentale, sa composition, ses
forces, ses lois, à quel type d’analyse je me livre ?
S’agit-il d’une analyse réductionniste ou sémantique ?
Ce qui nous conduit à l’interrogation suivante : est-il possible de faire une analyse sémantique de
l’univers ? Pourquoi ne pourrais-je pas faire une analyse sémantique de quelque chose d’aussi riche et complexe et intelligent que l’univers ? Et si analyser l’encre ou le type de papier d’un exemplaire de Guerre et paix constitue une forme très incomplète et réductrice d’étudier ce livre, pourquoi diable l’analyse des atomes et des forces existantes dans le cosmos serait-elle une façon satisfaisante d’étudier l’univers ? N’existe-t-il pas aussi un message au-delà des atomes ? Quelle est la fonction de l’univers ? Pourquoi existe-t-il ?
Tel est le problème des mathématiques et de la physique aujourd’hui. Nous, les scientifiques, nous
sommes très concentrés sur l’étude de l’encre et du papier dont est fait l’univers. Mais cette étude nous révèle-t-elle vraiment ce qu’est l’univers ? Ne nous faudrait-il pas l’étudier aussi sur un plan
sémantique ? Ne devrions-nous pas écouter sa musique et saisir sa poésie ? Dans l’observation de
l’univers, ne sommes-nous pas focalisés sur le hardware, ignorant une dimension aussi importante que celle du software ?
Voyez-vous une création de moi ou une partie de moi ? Quand nous regardons l’univers, voyons-nous une création de Dieu ou une partie de Dieu ? L’univers est une partie de Dieu. S’il a raison,
lorsqu’on aura conçu une théorie du tout, on pourra en principe établir une description de Dieu.
C’est ce que les physiciens tentent de faire actuellement. Concevoir une théorie du tout. Ce qui s'avère difficile à cause des théorèmes de l’incomplétude. Ces théorèmes, joints au principe d’incertitude, montrent que l’on ne pourra jamais boucler le cercle. Il y aura toujours un voile de mystère autour de l’univers. Certains croient possible de concevoir une théorie du
tout. Ils sont convaincus qu’on peut trouver une équation fondamentale. C’est le Saint Graal des mathématiques et de la physique. Formuler une équation qui contienne en soi toute la structure de l’univers.
Les scientifiques croient de plus en plus que la profusion actuelle de lois et de forces existant dans l’univers provient du fait que nous nous trouvions dans un état de basse température. Il y a de nombreux indices qui montrent que les forces se fondent les unes dans les autres quand la température s’élève au-dessus d’un certain niveau. Pendant longtemps, par exemple, dominait la conviction qu’il existait quatre forces fondamentales dans l’univers : la force de gravité, la force électromagnétique, la force forte et la force faible. Mais on a déjà découvert qu’il y a en fait trois forces, dès lors que la force électromagnétique et la force faible constituent, en réalité, la même force, qu’on désigne maintenant par le terme d’électrofaible. Il y a aussi ceux qui pensent que la force forte constitue une autre facette de la force électrofaible. Si c’est le cas, il ne reste plus qu’à unir ces trois forces à la force de gravité pour arriver à une force unique. Beaucoup de physiciens pensent qu’au moment du Big Bang, sous les très hautes températures qui régnaient alors, toutes les forces étaient unies en une seule super-force, qui pourrait être réduite à une équation mathématique simple. Or, quand on commence à parler de super-force, quelle image nous vient aussitôt à l’esprit ? Dieu ?
Les scientifiques ont découvert qu’à mesure qu’augmentait la température, l’énergie s’unifiait et les
structures complexes subatomiques se brisaient, révélant des structures simples. Sous une chaleur très
intense, les forces se simplifient et se fondent, dégageant ainsi la super-force. Dans ces circonstances, il serait possible de concevoir une équation mathématique fondamentale. Il s’agirait d’une équation capable d’expliquer le comportement et la structure de toute la matière et capable aussi de décrire tout ce qui arrive. Une telle équation serait la formule maîtresse de l’univers.
La formule de Dieu.
Une vision tibétaine
La science occidentale se rapproche étrangement de la spiritualité orientale. Les bouddhistes ont un proverbe: « Quand l’élève est prêt, le maître apparaît ». Les plus anciennes origines du bouddhisme
remontent à l’hindouisme, dont la philosophie repose sur de vieilles écritures anonymes rédigées en
ancien sanskrit, les Vedas, les textes sacrés des Aryens. La dernière partie des Vedas s’appelle les
Upanishads. L’idée fondamentale de l’hindouisme est que la diversité des choses et des événements que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que différentes manifestations d’une même réalité. La réalité se nomme Brahman et elle est à l’hindouisme ce que la Dharmakâya est au bouddhisme. Brahman signifie « croissance », et c’est la réalité en soi, l’essence intérieure de toutes choses. Nous sommes Brahman, même si on ne le perçoit pas à cause du pouvoir magique créateur de mâyâ, qui crée l’illusion de la diversité. Mais cette diversité n’est qu’une illusion. Il n’y a qu’un réel et le réel est Brahman.
Les hindous ont beaucoup de dieux mais les écritures sacrées affirment clairement que tous ces dieux ne sont que le reflet d’un unique dieu, d’une unique réalité. C’est comme si Dieu avait mille noms et que chaque nom était un dieu, mais tous renvoient au même, ce sont différents noms et différents visages pour une seule et unique essence. Brahman est à la fois un et tous. Il est le réel et l’unique qui est réel. La mythologie hindoue repose sur l’histoire de la création du monde à travers la danse de Shiva, le Maître de la Danse. La légende raconte que la matière était inerte jusqu’à ce que, dans la nuit du Brahman, Shiva entame sa danse au milieu d’un anneau de feu. C’est à cet instant que la matière se mit à pulser au rythme de Shiva, dont la ronde transforma la vie en un grand cycle de création et de destruction, de naissance et de mort. La danse de Shiva est le symbole de l’unité et de l’existence, c’est à travers elle que s’accomplissent les cinq actes divins : la création de l’univers, sa durée dans l’espace, sa dissolution, l’occultation de la nature de la divinité et la révélation de la vraie connaissance. Les écritures sacrées disent que la danse provoqua d’abord une expansion, au cours de laquelle surgirent la matière et l’énergie. Le premier stade de l’univers fut formé par l’espace, dans lequel tout s’amplifia avec l’énergie de Shiva. Les textes sacrés prévoient que l’expansion ira en s’accélérant, puis tout se mélangera et, à la fin, Shiva exécutera sa terrible danse de la destruction. Le Bodhisattva inclina la tête. Comme le Big Bang et l’expansion de l’univers. L’équivalence entre masse et énergie. Le Big Crunch.
L’univers existe par la danse de Shiva et aussi par l’autosacrifice de l’être suprême. L’expression «sacrifice » est à employer ici dans son acception originale, à savoir « rendre sacré », et non dans le sens d’une souffrance. L’histoire hindoue de la création du monde est celle de l’acte divin engendrant le sacré, un acte par lequel Dieu devient le monde et le monde devient Dieu. L’univers est la gigantesque scène d’une pièce divine, dans laquelle Brahman joue le rôle de grand magicien qui devient le monde à travers le pouvoir créateur de mâyâ et de l’action du karma. Le karma, c’est la force de création, le principe actif de la pièce divine, c’est l’univers en action. L’essence de l’hindouisme vise notre libération par rapport aux illusions de mâyâ et à la force du karma, en nous faisant prendre conscience, au moyen de la méditation et du yoga, que tous les différents phénomènes perçus par nos sens font partie de la même réalité, que tout est Brahman. Le Bodhisattva plaqua sa main sur la poitrine. Tout est Brahman, répéta-t-il. Tout. Y compris nous-mêmes.
Au lieu de Brahman, nous préférons utiliser le mot Dharmakâya pour décrire cette réalité unique, cette essence qui se retrouve dans les différents objets et phénomènes de l’univers. Tout est Dharmakâya, tout est relié par des fils invisibles, les choses ne sont que les diverses facettes d’une même réalité. Mais cette réalité n’est pas immuable, c’est plutôt une réalité marquée par samsara, le concept de l’impermanence. Tout change sans cesse, le mouvement et la transformation sont inhérents à la nature.
Quelle est la différence entre l’hindouisme et le bouddhisme ? Il y a des différences dans la forme, dans les méthodes, et dans les légendes. Bouddha acceptait les dieux hindous, mais il ne leur accordait pas une grande importance. Il y a de grandes différences entre ces deux religions, malgré leur essence commune. Le réel est un, bien qu’il paraisse multiple. Les différentes apparences ne sont que différents masques d’une seule réalité, qui est elle-même changeante. Ces deux doctrines nous incitent à regarder au-delà des masques, à prendre conscience que la différence cache l’unité et à accéder à la révélation de l’un. Mais pour atteindre ce même objectif, elles suivent des chemins différents. Les hindous parviennent à l’illumination à travers le vedanta et le yoga, les bouddhistes à travers l’octuple chemin sacré du Bouddha.
Le taoïsme est venu souligner quelques éléments essentiels déjà contenus dans l’hindouisme et le bouddhisme. C’est le texte fondamental du Tao. Qu’est-ce que le Tao ? Tchouang-tseu a dit : « Si quelqu’un demande ce qu’est le Tao et qu’un autre lui répond, aucun des deux ne sait ce qu’est le Tao ». Le Tao est un nom pour Brahman et pour Dharmakâya, déclara le Tibétain. Le Tao est le réel, c’est l’essence de l’univers, c’est l’un d’où émane le multiple. La voie taoïste a été formulée par Lao Tseu, qui a résumé sa pensée en un concept fondamental. Le Tao Te King commence par des mots révélateurs, dit Tenzing. « Le Tao que l’on peut exprimer n’est le véritable Tao. Le nom que l’on peut proférer n’est le véritable Nom ». Le Tao a souligné le rôle du mouvement dans la définition de l’essence des choses. L’univers oscille entre le yin et le yang, les deux faces qui marquent le rythme des cycles du mouvement et à travers lesquelles le Tao se manifeste. La vie, a dit Chouang Tseu, est l’harmonie du yin et du yang. Tout comme le yoga est la voie hindoue vers l’illumination que tout est Brahman, tout comme l’octuple chemin sacré est la voie bouddhiste vers l’illumination que tout est Dharmakâya, le taoïsme est la voie taoïste vers l’illumination que tout est Tao. Le taoïsme est une méthode qui utilise la contradiction, les paradoxes et la subtilité pour atteindre le Tao. Lao Tseu a dit : « Ce que tu veux comprimer, tu dois d’abord le laisser se bien dilater ». Il inclina la tête. Voilà la sagesse subtile. À travers la relation dynamique entre le yin et le yang, les taoïstes expliquent les changements de la nature. Le yin et le yang sont deux pôles opposés, deux extrêmes liés l’un à l’autre par un cordon invisible, deux aspects différents du Tao, l’union de tous les contraires. Le réel est en perpétuel changement, mais les changements sont cycliques, ou bien ils tendent vers le yin, ou bien ils reviennent vers le yang. Mais, attention, les extrêmes sont des illusions de l’un, ce qui a conduit Bouddha à parler de non-dualité. Bouddha a dit : « Ombre et lumière, court et long, noir et blanc ne peuvent être connus que dans une relation de l’un à l’autre. La lumière n’est pas indépendante de l’ombre ni le noir du blanc. Il n’y a pas d’opposés, uniquement des relations et des degrés ». Le taoïsme n’est pas vraiment une religion, mais un système philosophique né en Chine. Cependant,
certaines de ses idées fondamentales coïncident avec le bouddhisme, comme par exemple la notion selon laquelle le Tao est dynamique et inaccessible. Rappelez-vous de l’aphorisme de Tchouang-tseu : « Si quelqu’un demande ce qu’est le Tao et qu’un autre lui répond, aucun des deux ne sait ce qu’est le Tao ». Le Tao est au-delà de notre entendement. Il est inexprimable. C’est ce que dit la cabale judaïque. Dieu est inexprimable. Déjà les Upanishads des hindous définissait l’intangibilité de la réalité dernière en termes clairs : « Là où l’oeil ne voit pas, où la parole ne parle pas,
où l’esprit ne pense pas, nous ne pouvons ni savoir ni comprendre ni enseigner ». Bouddha lui-même,
interrogé par un disciple qui lui demandait de définir l’illumination, répondit par un silence et se contenta de brandir une fleur. Ce que Bouddha voulait exprimer par ce geste, qui est évoqué dans le Sermon de la Fleur, c’est que les mots ne servent que pour les objets et les idées qui nous sont familiers. Bouddha a dit : « Un nom est posé sur ce qu’on pense être une chose ou un état et cela le sépare des autres choses et des autres états, mais, quand on regarde ce qui se trouve derrière ce nom, on découvre une subtilité toujours plus grande qui n’est pas divisible ». Il soupira. L’illumination de la réalité ultime, de la Dharmakâya, est au-delà des mots et des définitions. Qu’on l’appelle Brahman, Dharmakâya, Tao ou Dieu, cette vérité reste immuable. On peut sentir le réel au cours d’une extase, on peut briser les illusions de mâyâ et le cycle du karma de manière à atteindre l’illumination et à accéder au réel. Cependant, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on ne pourra jamais le décrire. Le réel est inexprimable. Il est au-delà des mots.
Fei Yang a dit : « Quand tu te sens égaré et plein de doutes, mille livres ne suffisent pas. Quand tu as atteint la compréhension, un seul mot est déjà de trop ». Souvenez-vous du proverbe chinois : « Les professeurs ouvrent la porte, mais tu dois entrer seul ». Un rapprochement entre la spiritualité orientale et la physique ? Les deux disent la même chose. Les Upanishads affirment : « Le corps
humain est à l’image du corps cosmique. L’esprit humain est à l’image de l’esprit cosmique. Le
microcosme est à l’image du macrocosme. L’atome est à l’image de l’univers ».
Que dit le principe de l’incertitude ? Il nous dit que nous ne pouvons pas prévoir avec précision le comportement d’une microparticule, bien que nous sachions que ce comportement est déterminé à l’avance. Et je vous le demande : que disent les théorèmes de l’incomplétude ? Ils nous disent que nous ne pouvons pas prouver la cohérence d’un système mathématique, bien que ses affirmations non démontrables soient vraies. Et je vous le demande : que dit la théorie du chaos ? Elle nous dit que la complexité du réel est si grande qu’il est impossible de prévoir l’évolution future de l’univers, bien que nous sachions que cette évolution est déjà déterminée. Le réel se cache derrière l’illusion de mâyâ. Le principe de l’incertitude, les théorèmes de l’incomplétude et la théorie du chaos ont prouvé que le réel est inaccessible dans son essence. Nous pouvons tenter de l’approcher, tenter de le décrire, mais jamais nous ne le connaîtrons vraiment. Il y aura toujours un mystère au fond de l’univers. En dernière instance, l’univers est inexprimable dans sa plénitude, à cause de la subtilité de sa conception. Il écarta les mains. Revenons maintenant à la question essentielle. Quelle est cette matière imprévisible à laquelle se réfère le principe d’incertitude sinon Brahman ? Quelle est cette vérité que les théorèmes de l’incomplétude démontrent sinon Dharmakâya ? Et quel est ce réel infiniment complexe et inaccessible décrit par la théorie du chaos sinon le Tao ? Et qu’est-ce que l’univers sinon une gigantesque et inexprimable énigme ? Tout ce la constitue d'étranges parallélismes entre la science occidentale et le mysticisme oriental. Ensuite, il y a le problème de la dualité: La pensée orientale définit le dynamisme de l’univers à travers la dynamique des
choses. Le Brahman des hindous signifie « croissance ». Le samsara des bouddhistes désigne le
« mouvement incessant ». Le Tao des taoïstes renvoie à la dynamique des opposés représentés par le yin et le yang. Des opposés qui se rejoignent, des extrêmes reliés par un fil invisible. Yin et yang.
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Pensez aux théories de la relativité : l’énergie et la masse sont une même chose dans des états différents. Pensez à la physique quantique : la matière est, en même temps, onde et particule. Pensez encore aux théories de la relativité : l’espace et le temps sont liés. Tout est yin et yang.
L’univers se meut par le dynamisme des opposés. Les extrêmes finissent par se rejoindre dans une même unité. Yin et yang. Énergie et masse. Ondes et particules. Espace et temps. Yin et yang.
L’univers est un, mais il n’est pas statique, il est dynamique. Comme la création de l’univers par la danse de Shiva, qui a insufflé à la matière le rythme de sa ronde, transformant la vie en un grand processus cyclique, regardez le rythme des électrons autour des noyaux, regardez le rythme des oscillations des atomes, regardez le rythme du mouvement des molécules, regardez le rythme de la course des planètes, regardez le rythme auquel bat le cosmos. En tout il y a rythme, en tout il y a synchronisme, en tout il y a symétrie. L’ordre émerge du chaos comme un danseur sur la piste.
Toutes les nuits, le long des fleuves de la Malaisie, des milliers de lucioles se rassemblent dans
l’air et émettent une même lumière en même temps, obéissant à un synchronisme secret. À chaque instant, au fond de notre corps, les flux électriques dansent dans chaque organe au rythme de symphonies silencieuses, dont la mesure est battue par des milliers de cellules invisibles. À chaque heure, le long de nos intestins, les résidus alimentaires sont poussés par la contraction rythmée des parois du tube digestif, obéissant à une étrange cadence biologique. Tous les jours, quand un homme pénètre une femme et que son fluide vital court vers l’ovule, les spermatozoïdes remuent leur queue en même temps et dans la même direction, suivant une mystérieuse chorégraphie.
La matière inerte danse également au son de la même musique. Cela fut découvert au XVIIe siècle, lorsque Christiaan Huygens observa par hasard que les pendules de deux horloges placées l’une à côté de l’autre oscillaient en même temps, sans variation. Il eut beau chercher à les désynchroniser, en modifiant les oscillations des pendules, Huygens constata qu’au bout d’une demi-heure, les horloges se remettaient à battre au même rythme, comme si les pendules obéissaient à un maître invisible. Huygens découvrit que la synchronie n’était pas une cadence propre aux choses animées. La matière inerte danse au même rythme. La danse synchronisée des pendules d’horloges placées
côte à côte ne fut que la première découverte parmi de nombreuses autres semblables. On a découvert que les générateurs disposés en parallèle, bien que mis en marche de manière désynchronisée, synchronisaient automatiquement leur rythme de rotation, et c’est d’ailleurs cet étrange battement de la nature qui permet aux réseaux électriques de fonctionner. On a découvert que l’atome de césium oscille comme un pendule entre deux niveaux d’énergie et que cette oscillation est rythmée avec une telle précision qu’elle a permis de créer des horloges atomiques au césium, qui ne se dérèglent que d’une seconde en vingt millions d’années. On a découvert que la lune tourne autour de son axe exactement au même rythme que la terre autour de son orbite, et c’est ce curieux synchronisme qui fait que la lune nous présente toujours la même face. On a découvert que les molécules d’eau, qui se meuvent librement, se rassemblent dans un mouvement synchronisé quand la température descend à zéro degré, et c’est ce mouvement qui permet la formation de la glace. On a découvert que certains atomes, exposés à des températures proches du zéro absolu, commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une immense ronde synchronisée. Cette découverte a valu aux auteurs le prix Nobel de physique en 2001. Le Comité du Nobel a dit qu’ils avaient apporté la preuve que les atomes chantaient à l’unisson. C’est l’expression employée par le Comité dans son communiqué. Que les atomes chantaient à
l’unisson. Au rythme de quelle musique, je vous le demande ? Au rythme de la musique cosmique, la même musique qui inspire Shiva dans sa danse, la même musique qui fait que deux pendules oscillent en synchronie, que les générateurs coordonnent leur mouvement de rotation, que la lune organise sa ronde de manière à toujours présenter la même face à la terre, et que les atomes chantent à l’unisson. L’univers tout entier bat à un rythme mystérieux. Le rythme de la danse de Shiva. Il vient de la Dharmakâya, de l’essence de l’univers, répondit-il.
Quels sont les liens entre la musique et les mathématiques ? La musique de l’univers oscille au rythme des lois de la physique. En 1996, on a découvert que les systèmes vivants et la matière inerte se synchronisaient selon une même formulation mathématique. Je veux dire que le tempo de la musique cosmique qui provoque les mouvements dans nos intestins est le même qui fait que les atomes chantent à l’unisson, et le battement qui pousse les spermatozoïdes à remuer leur queue en cadence est le même qui orchestre la gigantesque ronde de la lune autour de la terre. Et la formulation mathématique qui organise ce rythme cosmique procède des systèmes mathématiques sur lesquels repose l’organisation de l’univers : la théorie du chaos. On a découvert que le chaos était synchrone. Le chaos paraît chaotique, mais il révèle, en réalité, un comportement déterministe, il obéit à des paramètres et à des règles bien définies. Bien qu’il soit synchrone, son comportement ne se répète jamais, si bien que nous pouvons dire que le chaos est déterministe mais indéterminable. Il est prévisible à court terme, selon les lois déterministes, et imprévisible à long terme, à cause de la complexité du réel. Il y aura toujours un mystère au fond de l’univers.
Le rythme cosmique n’est pas perceptible à celui qui n’est pas illuminé. Il faut être Bouddha pour observer ce rythme animer les choses. Comment les auteurs des écritures sacrées pouvaient-ils connaître l’existence du rythme cosmique s’il n’est pas audible à ceux qui ne sont pas préparés pour l’entendre ?
Les hindous affirmaient que la réalité dernière se nomme Brahman et que les choses et les événements divers que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que les différentes manifestations d’une même réalité. Je vous ai dit que nous, les bouddhistes, affirmions que la réalité dernière se nomme Dharmakâya et que tout est relié par des fils invisibles, puisque toutes les choses ne sont que les diverses facettes d’une même réalité. Et je vous ai dit que les taoïstes affirmaient que le Tao est le réel, l’essence de l’univers, l’un d’où procède le multiple.
Est-ce alors une coïncidence que la science occidentale vienne dire la même chose que nos sages
proféraient voilà plus de deux mille ans ? Comme vous le savez, la pensée orientale prétend que le réel est un et que les diverses choses ne sont que les manifestations d’une même réalité. Tout est en corrélation. La théorie du chaos est venu confirmer que c’était bien le cas. Le battement d’ailes d’un papillon dans cette cour influence l’état du temps à l’autre bout de la planète.
La liaison des molécules entre elles ne se réduit pas à un simple effet de domino entre les choses, où chacune influe sur l’autre. En réalité, les molécules sont organiquement liées entre elles. Chaque objet n’est qu’une différente représentation du même objet. Où la science orientale dit que la matière est organiquement liée ? Où dit-elle que chaque objet n’est qu’une différente représentation du même objet ?
L’expérience Aspect
p.226
Alain Aspect est un physicien français qui a dirigé une équipe de l’université de Paris-Sud lors d’une expérience très importante, effectuée en 1982. Il est vrai que personne n’en a parlé à la télévision ni dans les journaux. Seuls les physiciens et quelques autres scientifiques la connaissent. Il est probable qu’un jour, l’expérience Aspect soit citée comme l’une des expériences les plus extraordinaires de la science au XXe siècle. Un dicton zen dit : « Si tu rencontres sur ton chemin un homme qui sait, ne dis rien, ne reste pas silencieux ». Autre dicton zen : « Lorsqu’un homme commun accède à la connaissance, c’est un sage. Lorsqu’un sage accède à la connaissance, c’est un homme commun ».
On ne peut pas aborder l’expérience Aspect sans parler du paradoxe EPR. Nagarjuna a dit : « La sagesse est comme un lac limpide et frais, on peut y entrer par n’importe quel côté ». La physique quantique prévoyait un univers indéterministe, où l’observateur fait partie de l’observation, tandis que la relativité postulait un univers déterministe, où le rôle de l’observateur n’influe pas sur le comportement de la matière. Lorsque ce désaccord fut notoire, on se mit à chercher un moyen de concilier les deux camps. On supposait, et on continue de supposer, qu’il ne peut y avoir de lois discordantes selon la dimension de la matière, les unes pour le macrocosme et d’autres différentes pour le microcosme. Il faut des lois uniques. Mais comment expliquer ces divergences entre les deux théories ? Le problème suscita une série de débats entre le père de la relativité, Albert Einstein, et le principal théoricien de la physique quantique, Niels Bohr. Pour démontrer que l’interprétation quantique était absurde, Einstein pointa un détail très curieux de la théorie quantique : une particule ne décide de sa position que lorsqu’elle est observée. Einstein, Podolski et Rosen, dont les initiales forment EPR, formulèrent alors leur paradoxe, dont l’idée consistait à mesurer deux systèmes séparés, mais qui avait été préalablement unis, pour voir s’ils auraient des comportements semblables quand ils seraient observés. Les trois scientifiques proposèrent la chose suivante : enfermer les deux systèmes dans des boîtes, placées à des points différents d’une pièce ou même à des kilomètres de distance, ouvrir les boîtes simultanément et mesurer leurs états internes. Si leur comportement est automatiquement identique, alors cela signifie que les deux systèmes sont parvenus à communiquer l’un avec l’autre instantanément. Or ceci est un paradoxe. Einstein et ses assistants firent observer qu’il ne pouvait y avoir un transfert d’information instantané, dès lors que rien ne va plus vite que la lumière.
Bohr a répondu que, si on pouvait réaliser cette expérience, on s’apercevrait qu’il y a, de fait, communication instantanée. Si les particules subatomiques n’existent pas tant qu’elles ne sont pas
observées, argumenta-t-il, alors elles ne peuvent être considérées comme des choses indépendantes. La matière fait partie d’un système indivisible.
Indivisible comme la réalité ultime de Brahman. Indivisible comme le réel relié par des fils invisibles de la Dharmakâya. Indivisible comme l’unité du Tao d’où émane le multiple. Indivisible comme l’essence dernière de la matière, l’un où toutes les choses et tous les événements ne sont que les manifestations du même, la réalité unique sous différents masques.
Einstein pensait que cette interprétation était absurde et considérait que le paradoxe EPR, s’il pouvait être vérifié, le démontrerait.
Dès 1952, un physicien de l’université de Londres nommé David Bohm indiqua qu’il y avait un moyen de vérifier ce paradoxe. En 1964, le physicien John Bell, du CERN de Genève, fut chargé de démontrer de manière systématique comment opérer cette expérience. Bell n’effectua pas l’expérience qui ne fut concrétisée qu’en 1982 par Alain Aspect et son équipe de Paris. C’est une expérience compliquée et difficile à expliquer à un profane, mais elle a bien été réalisée. Bohr avait raison.
Aspect a découvert que, dans des conditions déterminées, les particules communiquent automatiquement entre elles. Ces particules subatomiques peuvent même se trouver à des points différents de l’univers, les unes à un bout du cosmos et les autres à l’autre extrémité, la communication sera pourtant instantanée.
Comme on croyait que rien ne se déplace plus vite que la lumière, c'est ce que disait Einstein et sa théorie de la relativité restreinte. Mais Aspect a prouvé que les microparticules communiquent instantanément entre elles. Pour prouver la thèse, de nouvelles expériences effectuées en 1998, à Zurich et à Innsbruck, utilisant des techniques plus sophistiquées, ont tout corroboré.
Aspect a confirmé une propriété de l’univers. Il a vérifié expérimentalement que l’univers est tissé de liens invisibles, que les choses sont reliées entre elles d’une manière insoupçonnée, que la matière possède une organisation intrinsèque que personne n’imagine. Si les microparticules communiquent entre elles à distance, ce n’est nullement dû à un signal qu’elles émettraient les unes vers les autres. Cela procède simplement du fait qu’elles constituent une entité unique. Leur séparation est une illusion.
Comme un match de football à la télévision. Dans une transmission télévisée, il y a, parfois, plusieurs caméras pointées en même temps sur le même joueur. Celui qui regarde les images de chaque caméra et qui ignore comment la chose fonctionne, peut penser que chaque caméra capte un joueur différent. L’une montre le joueur regardant à gauche, l’autre présente le même joueur regardant à droite. Si le téléspectateur ne connaît pas ce joueur, il peut croire qu’il s’agit de joueurs différents. Mais, en y regardant bien, on remarque qu’aussitôt que le joueur fait un mouvement vers un côté, le joueur qui est sur l’autre image fait instantanément le même mouvement, mais vers l’autre côté. Ceci résulte, bien entendu, d’une illusion. En réalité, les deux caméras montrent toujours le même joueur, mais sous des angles différents. C’est une chose analogue que l’expérience d’Aspect a montré par rapport à la matière. Deux microparticules peuvent être séparées par l’univers entier, lorsque l’une se déplace, l’autre se déplace instantanément. Je pense que cela se produit parce qu’en réalité, il ne s’agit pas de deux microparticules différentes, mais de la même microparticule. L’existence des deux est une illusion, de la même manière que l’existence de deux joueurs filmés par des caméras sous des angles différents. Nous voyons toujours le même joueur, tout comme nous voyons toujours la même microparticule. À un niveau profond de la réalité, la matière n’est pas individuelle, elle n’est qu’une représentation d’une unité fondamentale.
Les choses et les événements divers que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que les
différentes manifestations d’une même réalité. Tout est relié par des fils invisibles. Toutes les choses et tous les événements ne sont que les différents visages d’une même essence. Le réel est l’un d’où émane le multiple. Tel est Brahman, telle est Dharmakâya, tel est Tao. Les textes sacrés expliquent l’univers. On trouve, dans le Prajnaparamita, le poème de Bouddha sur l’essence du tout…
Un dicton zen dit : « Enfourche le cheval vigoureux de ton esprit ».
Shunryu Suzuki a dit : « Lorsque tu comprendras totalement une chose, tu comprendras tout ».
Comprendre ce qu’est La Formule de Dieu signifie donc comprendre tout.
C’est la plus grande recherche jamais entreprise par l’esprit humain, le déchiffrage de la plus importante énigme de l’univers, la révélation du dessein de l’existence.
C’est la preuve scientifique de l’existence de Dieu.
La preuve
Shunryu Susuki a dit : « Dans l’esprit du novice, il y a beaucoup de possibilité, mais dans l’esprit
du sage il y en a peu ». Si vous étiez des sages, vous sauriez qu’il y a un moment pour tout
Le poète Bashô a dit : « Ne marche pas sur les traces des anciens, cherche ce qu’ils ont cherché ».
Votre quête est trop centrée sur les anciens. Ne cherchez pas nos chemins, cherchez ce que nous avons cherché.
Krishnamurti a dit : « La méditation n’est pas un moyen pour atteindre une fin, elle est autant le moyen que la fin ». La quête n’est pas seulement un moyen pour parvenir à une fin, elle est sa propre fin. Si quelqu’un veut atteindre la vérité, il lui faut parcourir le chemin.
Tsai Ken Tan a dit : « Dans l’eau troppure, il n’y a pas de poissons ».
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »… « La terre était informe et vide. Les ténèbres
couvraient l’abîme et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. » C'est le début de l’Ancien Testament, la Genèse. Toute cette partie
du texte a énormément intéressé Einstein, pour une raison particulière. Cet extrait fondamental coïncide, dans ses grandes lignes, avec l’idée du Big Bang. Il faut comprendre qu’en 1951, le
concept d’un univers ayant commencé par une grande explosion n’était pas encore vraiment admis par les scientifiques. Le Big Bang n’était qu’une hypothèse parmi d’autres, au même titre que celle de l’univers éternel. Mais Einstein avait plusieurs raisons de pencher vers l’hypothèse du Big Bang. D’un côté, la découverte de Hubble selon laquelle les galaxies s’éloignaient les unes des autres, indiquait que celles-ci devaient auparavant se trouver unies, comme si elles étaient parties d’un même point. D’un autre côté, il y avait le paradoxe d’Olber, qui n’est résoluble que si l’univers n’est pas éternel. Un troisième indice était la seconde loi de thermodynamique, qui établit que l’univers évolue vers l’entropie, laissant ainsi supposer qu’il y a eu un moment initial d’organisation et d’énergie maximum. Et, pour finir, ses propres théories de la relativité, qui reposent sur l’hypothèse que l’univers est dynamique, étant soit en expansion, soit en rétraction. Or, le Big Bang cadrait avec le scénario de l’expansion.
Il restait, bien sûr, le problème de savoir quel était cet élément qui contrecarrait la rétraction provoquée par la gravité. Pour le résoudre, Einstein a postulé l’existence d’une énergie inconnue, qu’il a nommée « constante cosmologique ». Plus tard, il a lui-même rejeté une telle possibilité, en disant que cette idée avait été la plus grosse erreur de sa vie, mais on suppose aujourd’hui qu’Einstein avait finalement raison et qu’il y a, de fait, une énergie inconnue qui contrarie la gravité et qui provoque l’expansion accélérée de l’univers. Au lieu de l’appeler « constante cosmologique », on la nomme maintenant « énergie obscure ».
Einstein cherchait à déterminer s’il y avait une vérité cachée dans la Bible. Il ne recherchait pas des vérités métaphoriques ni morales, mais des vérités scientifiques.
Une grande difficulté se posait dès la Genèse. Les premiers versets de la Bible établissent, sans l’ombre d’un doute, que l’univers a été créé en six jours. Six jours seulement. Bien sûr, on pouvait dire que tout le texte était métaphorique, que Dieu parlait en vérité de six périodes, que ceci et cela, mais Einstein pensait que ce n’était là qu’une façon d’esquiver la question. Une astuce pour faire en sorte que la Bible ait toujours raison, à n’importe quel prix. Le problème demeurait. La Bible disait que l’univers avait été créé en six jours. Ce qui était une erreur évidente.
Les calculs relatifs au Big Bang affirment que toute la matière a été créée dans les premières fractions de seconde. Avant que la première seconde se soit écoulée, l’univers s’était déjà étendu sur des millions de kilomètres et la super-force s’était fragmentée en force de gravité, en force forte et en force électrofaible. Par le mot « tout », on entend la lumière, les étoiles, la terre, les plantes, les animaux et l’homme. La Bible dit que l’homme fut créé le sixième jour. Il allait de soi que
le noeud de la question résidait dans la définition des six jours. Qu’étaient ces six jours ? Cette
interrogation a mis Einstein sur une piste. Il s’est penché sur le sujet et nous a entraînés dans une
recherche hors du commun. En étudiant les Psaumes, un texte hébraïque de plus de trois mille ans, Einstein est tombé sur un verset, dans le psaume 90, qui disait plus ou moins ceci. « Mille ans, à Tes yeux, sont comme un jour qui passe. » « Mille ans, à Tes yeux » représente le temps dans une perspective, « un jour qui passe » représente la même période de temps sous une autre perspective. Le temps est relatif.
Le paradoxe des jumeaux
/* Tel qu'illustré dans le film Interstellar */
Einstein disait que le temps passait à des vitesses différentes selon la vitesse du mouvement dans l’espace. Pour mieux l’expliquer, il a donné l’exemple de la séparation de deux jumeaux. Le premier s’en va à bord d’une navette spatiale très rapide et l’autre reste sur terre. Celui qui est dans la navette spatiale revient au bout d’un mois sur terre et découvre que son frère est maintenant un vieil homme. Pendant qu’un mois s’écoulait dans la navette spatiale, cinquante ans s’écoulaient sur terre.
Le temps est lié à l’espace comme le yin est lié au yang. En termes techniques, les deux choses se distinguent si peu l’une de l’autre que l’on a même créé le concept d’espace-temps. Le facteur clé est la vitesse, dont la référence est celle de la lumière, qu’Einstein a établie comme étant constante. Ce que les théories de la relativité nous révèlent, c’est que le temps, à cause de la constante de la vitesse de la lumière, n’est pas universel. On pensait autrefois qu’il y avait un temps unique global, une sorte d’horloge invisible commune à tout l’univers et qui mesurait le temps de la même manière en tous lieux, mais Einstein a prouvé qu’il n’en était pas ainsi. Il n’y a pas un temps unique global. Le cours du temps dépend de la position et de la vitesse de l’observateur. Supposons que se produisent deux événements, le A et le B. Pour un observateur qui se trouve à équidistance, ces événements ont lieu simultanément, mais un autre observateur qui se trouve plus près de l’événement A va considérer que celui-ci s’est produit avant l’événement B, tandis que celui qui se trouve plus près de B va considérer le contraire. En fait, les trois observateurs ont raison. Mieux, ils ont raison selon leur point de référence, dès lors que le temps est relatif à la position de l’observateur. Il n’y a pas de temps unique.
Il n’y a pas un présent universel. Ce qui est présent pour un observateur est passé pour un autre et futur pour un troisième. Une chose n’est pas encore arrivée et elle est déjà arrivée. Yin et yang. Tel événement est inévitable parce qu’il s’est déjà produit à un point et qu’il va se reproduire à un autre, même si on ne le voit pas. En outre, cela cadre avec l’affirmation de Laplace selon laquelle le futur, tout comme le passé, se trouve déjà déterminé. Pour en revenir au paradoxe des jumeaux, il est important d’établir que la perception temporelle de l’observateur dépend de la vitesse à laquelle il se déplace. Plus son déplacement se rapproche de la vitesse de la lumière, plus son horloge tourne lentement. Mais pour cet observateur le temps reste normal, une minute continue d’être une minute. Ce n’est que pour celui qui se déplace à une vitesse moindre que l’horloge du premier observateur semble plus lente. De même, l’observateur qui circule à une vitesse proche de celle de la lumière verra la terre tourner autour du soleil à une très grande vitesse. Et il lui semblera que le temps de la terre s’accélère, qu’une année passe en une seconde, mais, sur terre, un an continuera à être un an.
En 1972, on a placé une horloge de haute précision à bord d’un jet très rapide, pour ensuite comparer sa mesure du temps avec celle d’une autre horloge de haute précision restée à terre. Quand l’appareil volait vers l’est, l’horloge qui se trouvait à bord a perdu soixante nanosecondes par rapport à celle qui était au sol. Lorsque l’avion s’est dirigé vers l’ouest, l’horloge volante a gagné plus de deux cent soixante-dix nanosecondes. Cette différence procède, évidemment, de l’association de la vitesse du jet avec celle de la rotation de la terre. Quoi qu’il en soit, tout cela a été confirmé par les astronautes du Space Shuttle.
L’une des choses qu’Einstein a découvertes est que l’espace-temps était courbe. Quand une chose s’approche d’un objet très grand, comme le soleil, elle est attirée par cette énorme masse, comme si, soudain, elle arrivait au bord d’un gouffre. C’est ce qui explique la gravité. L’espace se courbe et, comme l’espace et le temps sont liés, le temps se courbe également. Ce que la théorie de la relativité générale a révélé, c’est que le passage du temps est plus lent en des lieux de forte gravité et plus rapide en des lieux de faible gravité. Ceci entraîne diverses conséquences, toutes liées entre elles. La première est que chaque objet existant dans le cosmos possède sa propre gravité, résultant de ses caractéristiques, ce qui signifie que le temps passe d’une manière différente en chaque point de l’univers. La deuxième conséquence est que le temps sur la lune est plus rapide que le temps sur la terre et le temps sur terre est plus rapide que le temps sur le soleil. Plus un objet a de masse, plus le temps est lent à sa surface. Les objets connus les plus chargés en gravité sont les trous noirs, ce qui signifie que si une navette s’approchait d’un trou noir, l’équipage verrait défiler sous ses yeux l’histoire de l’univers en accéléré, jusqu’à sa fin.
Les six jours de la Création, tels qu’ils sont décrits par la Bible, devaient être regardés à la lumière de la relation entre le temps sur la terre et l’espace-temps dans l’univers. Quand il parle d’un jour, l’Ancien Testament fait évidemment référence à un jour terrestre. Mais, selon les théories de la relativité, plus un objet a de masse, plus le passage du temps est lent à sa surface. Et la question qu’Einstein s’est posée est la suivante : combien de temps, à l’échelle temporelle de l’univers, correspond à un jour sur terre ? La question resta un instant en suspens. Einstein cherchait à mesurer le passage du temps à l’échelle de l’univers. La Bible elle-même établit que la terre n’a été créée que le troisième jour. Donc, bien que la mesure soit donnée en jours terrestres, l’Ancien Testament se réfère à l’évidence au troisième jour à l’échelle de l’univers, puisque, les deux premiers jours, la terre n’existait pas. Einstein s’est fondé sur une prévision faite en 1948 concernant la théorie du Big Bang : l’existence de la lumière rémanente du grand acte de la Création de l’univers. Chaque onde de lumière fonctionnerait comme un « tic » d’un grand « tictac » universel. Les ondes qui atteignent la terre se prolongent de 2,12 fractions d’un million, comparées aux ondes gérées par la lumière sur terre. Cela signifie, par exemple, qu’à chaque million de secondes, le soleil perd 2,12 secondes. La question est la suivante : si le soleil perd plus de deux secondes par rapport à la terre, combien de temps perd tout l’univers, dont la masse est bien plus élevée ? La gravité de l’univers varie au fil du temps. Au début, quand toute la matière était concentrée, la gravité était plus élevée que par la suite. Lorsque l’univers commença, toute la matière était concentrée. Ce qui signifie que la force de gravité
initiale était énorme et, par conséquent, le passage du temps très lent. Ses mains s’écartèrent lentement. À mesure que la matière se dilatait, le passage du temps s’accélérait, car la gravité diminuait.
Le premier jour biblique dura 8 000 millions d’années.Le deuxième jour dura 4 000 millions, le troisième dura 2 000 millions, la quatrième dura 1 000 millions, le cinquième dura 500 millions d’années et le sixième jour dura 250 millions d’années. Ce qui donne 15 000 millions d’années.
La Bible dit que l’univers a commencé il y a 15 000 millions d’années.
Les données scientifiques établissent l’âge de l’univers entre 10 et 20 000 millions d’années. Or,
15 000 millions d’années est exactement le point intermédiaire. Les derniers calculs les plus précis, du reste, approchent les 15 000 millions d’années. Par exemple, une vérification récente de la NASA estimé l’âge de l’univers autour de 14 000 millions d’années.
Coïncidence. Si curieuse, qu’elle l’a encouragé à poursuivre ses calculs. Il décida alors de comparer chaque jour biblique avec les événements qui se sont produits simultanément dans l’univers.
Le premier jour biblique a duré 8 000 millions d’années. Il a commencé voilà 15 700 millions d’années et s’est terminé il y a 7 700 millions d’années. La Bible dit que c’est à cette époque que se fit la lumière et que furent créés le ciel et la terre. Or, durant cette période, nous savons que s’est produit le Big Bang et que la matière s’est créée. Puis les étoiles et les galaxies se sont formées.
Le deuxième jour biblique dura 4 000 millions d’années et s’acheva voilà 3 700 millions d’années.
La Bible dit que Dieu créa le firmament au cours de ce deuxième jour. Nous savons aujourd’hui que c’est durant cette période que s’est formée notre galaxie, la voie lactée et le soleil. Autrement dit, tout ce qui se trouve aux environs de la terre a été créé à cette époque. Le troisième jour biblique, correspondant à 2 000 millions d’années qui prirent fin voilà 1 700 millions d’années, parle de la formation de la terre et de la mer et de l’apparition des plantes. Les données scientifiques indiquent que la terre s’est refroidie au cours de cette période et que l’eau est apparue à l’état liquide, aussitôt suivie par l’apparition de bactéries et de végétations marines, à savoir des algues. Le quatrième jour biblique dura 1 000 millions d’années et se termina voilà 750 millions d’années. La Bible dit que sont apparues pendant ce quatrième jour les lumières du firmament, à savoir le soleil, la lune et les étoiles.
Le soleil et les étoiles de la voie lactée sont apparus durant le deuxième jour biblique, il y a environ 7 000 millions d’années, mais elles n’étaient pas visibles depuis la terre. La Bible dit qu’ils ne
sont devenus visibles que le quatrième jour. Hors, le quatrième jour correspond justement à la période où l’atmosphère de la terre est devenue transparente laissant voir le ciel. Il correspond aussi à la période où la photosynthèse a commencé à émettre de l’oxygène dans l’atmosphère.
Le cinquième jour biblique dura 500 millions d’années et s’acheva il y a 150 millions d’années. Il est ici écrit que le cinquième jour, Dieu dit : « Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel. » Il regarda les deux visiteurs. Comme on peut le voir, les études géologiques et biologiques indiquent pour cette période l’apparition des animaux multi-cellulaires et de toute la vie marine, ainsi que les premiers animaux volants.
Au sixième jour biblique, qui commença voilà 250 millions d’années. Selon la Bible, Dieu dit : « Que la Terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur Les animaux existent depuis plus de 250 millions d’années Il y a 250 millions d’années, s’est produit la plus grande extinction d’espèce connue. Pour une raison qui reste indéterminée, mais que certains supposent liée à un impact d’un grand corps céleste dans L’Antarctique, environ quatre-vingt-cinq pour cent des espèces existantes se sont éteintes du, jour au lendemain. Même un tiers des insectes a disparu, la seule extinction massive d’insectes connue. Cette extinction a failli éradiquer toute vie sur terre. Ce grand cataclysme s’est produit précisément il y a 250 millions d’années. Curieusement, au moment où commence le sixième jour biblique. Après cette monumentale extinction massive, la terre a été repeuplée. Cette référence explicite de la Bible aux reptiles
selon leur espèce, les dinosaures. Cela coïncide avec la période. Et, remarquez également que
l’homme surgit à la fin. C’est-à-dire à la fin de la chaîne de l’évolution.
Il y a eu évolution. Mais ce qui est intéressant dans le travail d’Einstein, c’est que l’histoire biblique de l’univers, quand le temps est mesuré d’après les fréquences de la lumière prévue par la théorie du Big Bang, cadre avec l’histoire scientifique de l’univers.
La sagesse antique renfermait des vérités profondes et il se prit à croire que l’Ancien Testament cachait un grand secret: La preuve de l’existence de Dieu. La force intelligente qui est derrière tout. Le Brahman, la Darmakâya, le Tao. L’un qui se révèle multiple. Le passé et le futur, l’Alpha et l’Oméga, le yin et le yang. Celui qui se présente sous mille noms qui n’en sont qu’un. Celui qui revêt les habits de Shiva et qui exécute la danse cosmique. Celui qui est immuable et impermanent, grand et petit, éternel et éphémère, la vie et la mort, tout et rien. Dieu.
Le sujet a cessé d’être pour lui matière à créance.
Tout ce travail a été mené entre 1951 et 1955, année de la mort d’Einstein. Le problème, c’est que
ces fameuses fréquences de lumière générées par le Big Bang n’étaient à cette époque qu’une simple
prévision théorique émise peu de temps auparavant, en 1948. Comment l’auteur des théories de la
relativité aurait-il pu affirmer catégoriquement que les six jours de la Création correspondaient
aux 15 000 millions d’années de l’existence de l’univers, dès lors que ses calculs se fondaient sur la
prévision de certaines fréquences dont l’existence se réduisait à une simple hypothèse académique ? En outre, à cette époque, il n’existait pas encore de calculs sur l’âge de l’univers aussi rigoureux que ceux dont on dispose aujourd’hui. N’oubliez pas, d’autre part, que la communauté scientifique de l’époque plaçait la théorie du Big Bang sur le même pied d’égalité que la théorie de l’univers éternel. Dans ces conditions, comment Einstein aurait-il pu risquer sa réputation ?
Le premier pas fut fait dix ans après la mort d’Einstein. En 1965, deux astrophysiciens américains
testaient une antenne de communication dans le New Jersey, lorsqu’ils ont découvert par hasard la
lumière primordiale prévue par la théorie du Big Bang et utilisée par Einstein pour son calcul de l’âge de l’univers. Ce phénomène s’appelle aujourd’hui « radiation cosmique de fond » et correspond aux microondes de la première lumière émise par l’univers et parvenue jusqu’à nous. C’est une sorte d’écho du Big Bang, mais qui peut aussi servir d’horloge cosmique.
Concernant la première précaution, des données supplémentaires étaient apparues. Un satellite
nommé COBE, lancé par la NASA pour mesurer la radiation cosmique de fond hors de l’atmosphère
terrestre, a détecté en 1989 d’infimes variations de température dans cette radiation, correspondant à des fluctuations dans la densité de la matière qui explique la naissance des étoiles et des galaxies. Un autre satellite encore plus sophistiqué, le WMAP, envoie depuis 2003 de nouvelles données concernant la radiation cosmique de fond, avec des révélations encore plus précises sur la naissance de l’univers. Ces récentes informations confirment que l’univers a émergé d’une brutale inflation survenue voilà environ 14 000 millions d’années.
L'intelligence et l'intention
Était-il possible de trouver une seconde voie qui prouverait scientifiquement l’existence de Dieu ? Qu’est-ce que Dieu ? Quand nous parlons de Dieu, de quoi parlons-nous exactement ? Dieu n’est pas un personnage protecteur qui passe sa vie à se soucier de ce que font les hommes. Ce Dieu-là est une création humaine. Einstein était convaincu que le Dieu de la Bible n’existait pas. Mais, en même temps, il a conclu qu’il y avait des vérités profondes mystérieusement cachées dans l’Ancien Testament. Les textes anciens renferment des secrets cachés. Par exemple, on vient de découvrir qu’il existe une étrange corrélation entre les vérités cabalistiques, liées à l’interprétation de l’Ancien Testament, et les théories de physique les plus avancées.
Par exemple, l’une des grandes rivales de la théorie du tout est la théorie des cordes. C’est un peu
compliqué à expliquer, mais ses équations prévoient que la matière élémentaire est formée par des cordes qui vibrent, se déployant dans un espace à vingt-six dimensions pour les microparticules d’énergie, appelées bosons, et à dix dimensions pour les autres microparticules, les fermions. Tout comme la force forte et la force faible restent circonscrites au microcosme après le Big Bang, les physiciens pensent que vingt-et-une dimensions restent également circonscrites au microcosme après la création de l’univers. Pour x raison, seules la gravité et la force électromagnétique ont exercé une influence visible sur le macrocosme, en y introduisant seulement quatre dimensions spatio-temporelles. C’est pour cette raison que l’univers nous semble avoir trois dimensions spatiales et une temporelle. Ce sont elles qui affectent notre monde visible, mais il y en a vingt-deux autres invisibles dans le microcosme, capables d’influencer seulement les microparticules.
Il y a une relation entre l’une des théories de physique les plus avancées, la théorie des cordes, et la Cabale. L’Arbre de Vie est une structure cabalistique qui explique l’acte de naissance de l’univers, l’unité élémentaire de la Création, dont la moindre particule indivisible contient les éléments du tout. Il est constitué par dix sephirot, c’est-à-dire dix émanations manifestées par Dieu lors de la Création. Chacun des dix sephirot correspond à un attribut divin.
La guématria est une technique cabalistique qui interprète les paroles de la Bible à travers un jeu de correspondance numérique entre les lettres de l’alphabet hébreu. Selon les cabalistes, Dieu a créé l’univers avec des nombres et des mots, et chaque nombre et chaque mot contient un mystère et une révélation. Par exemple, le premier mot de la Genèse est berechyt, qui signifie « au commencement». Or, si nous divisons berechyt en deux termes, on obtient bere, ou « créer », et chyt, « six ». La Création dura six jours. C’est une forme de guématria. La première parole de l’Ancien Testament contient en elle les six jours de la Création. Une autre forme de guématria consiste à simplement compter les lettres. Il est dit dans la Genèse qu’Abraham emmena 318 serviteurs lors d’une campagne militaire. Or la valeur numérique du nom de son serviteur Eliezer, selon les cabalistes, est 318, ce qui veut dire qu’Abraham n’a emmené avec lui que ce seul serviteur.
La guématria du plus grand nom de Dieu est Wodhey Vavhey est vingt-six. Combien de lettres renferme l’alphabet hébraïque ? Vingt-deux. Selon les cabalistes, combien de chemins de
sagesse Dieu a-t-Il parcourus pour créer l’univers ? Trente-six. Les chemins parcourus par Dieu pour créer l’univers correspondent à la combinaison des dix sephirot de l’Arbre de Vie avec les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, auxquels s’ajoutent quatre chemins. Dix sephirot cabalistiques pour créer l’univers, dix dimensions dans les cordes des fermions pour créer la matière, dit-il. Vingt-six est la guématria du plus grand nom de Dieu, vingt-six sont les dimensions dans les cordes des bosons pour créer la matière. Vingt-deux lettres dans l’alphabet hébraïque, et vingt-deux dimensions qui restent cachées dans le microcosme. Trente-six chemins parcourus par Dieu pour créer l’univers, et trente-six est la somme des dimensions où vibrent les bosons et les fermions. Il fit un clin d’oeil, comme un enfant qui a découvert la clé du coffre à jouets.
Les textes bouddhistes, les textes taoïstes, tous renferment des vérités éternelles, un type de vérités que la science commence à découvrir seulement aujourd’hui. La question est : comment les sages de l’Antiquité ont pu accéder à ces connaissances ? Personne ne le sait. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence. Après tout, l’être humain est porté à voir des similitudes dans tout. Mais, tout comme les microparticules de l’expérience Aspect ne sont que les rémanences d’un unique réel, il est aussi possible que les vérités scientifiques contenues dans les écritures sacrées constituent des rémanences de ce même et unique réel. C’est comme si les sages anciens avait été inspirés par quelque chose de profond, éternel, omniprésent mais invisible.
Qu’est-ce que signifie prouver l’existence de Dieu ? S’agit-il de concevoir un télescope assez puissant pour nous permettre de voir Dieu, avec sa grande barbe, jouant avec les étoiles ? S’agit-il de développer une équation mathématique contenant l’ADN de Dieu ? Mais que signifie donc prouver l’existence de Dieu ? La réponse repose sur trois points. Premier point, Dieu est subtil. À travers la théorie du chaos, des théorèmes de l’incomplétude et du principe d’incertitude, on s’aperçoit que le Créateur a masqué Sa signature, qu’Il s’est caché sous un voile ingénieusement conçu pour Le rendre invisible. Ce qui, bien entendu, complique sérieusement la tâche pour prouver Son existence. Deuxième point, Dieu n’est pas intelligible à travers l’observation. Autrement dit, on ne peut pas prouver Son existence par le biais d’un télescope ou d’un microscope. Supposons que l’univers soit Dieu, comme le soutenait Einstein. Comment L’observer dans sa totalité ? Les physiciens et les mathématiciens observaient l’univers un peu comme un ingénieur regarde une télévision.
Imaginez que l’on demande à un ingénieur ce qu’est une télévision. L’ingénieur va observer l’appareil, le démonter entièrement et dira qu’une télévision est un ensemble de fils et de circuits électriques structurés d’une certaine manière. Il donnera une réponse d’ingénieur. Car naturellement une télévision est bien davantage que des fils et des circuits électriques. Une télévision diffuse des programmes d’informations et de divertissements, elle produit un impact psychologique sur chaque individu, elle permet de transmettre des messages, elle engendre d’importants effets sociologiques, elle a une dimension politique et culturelle. La perspective réductionniste, centrée sur le hardware, et la perspective sémantique, insérée dans le programme. Les physiciens et les mathématiciens regardent l’univers comme un ingénieur regarde une télévision ou un ordinateur. Ils ne voient que la matière et les atomes, les forces et les lois qui les régissent, mais tout cela, en y regardant bien, n’est que le hardware. Car quel est le message de cette énorme télévision ? L’univers est bien plus que le hardware qui le constitue. C’est un immense programme.
Ce qui nous renvoie au problème de l’infini, s’exclama le physicien. Car si l’univers est le hardware de Dieu, cela soulève de curieuses questions. Par exemple, si nous autres, êtres humains, faisons partie de l’univers, cela signifie que nous faisons partie du hardware. Mais est-ce que nous sommes, nous-mêmes, l’univers ? Est-ce que l’univers est quelqu’un de si immensément grand que nous ne le voyons pas, si grand qu’il en devient invisible ? Quelqu’un d’aussi grand à nos yeux que nous le sommes pour nos cellules ? Sommes-nous pour l’univers ce que nos neurones sont pour nous ? Sommes-nous les neurones d’un être beaucoup plus grand ? L’univers est-il une entité organique dont nous ne sommes que les minuscules cellules ? Sommes-nous le Dieu de nos cellules et nous les cellules de Dieu ?
On recherche les particules fondamentales, mais dès que nous en trouvons une, nous finissons par nous apercevoir que celle-ci est elle-même composée de particules encore plus petites. Au début, on croyait que l’atome était la particule fondamentale. Puis on a découvert que l’atome était constitué de particules plus petites, les protons, les neutrons et les électrons. On a cru alors qu’il s’agissait là des particules fondamentales. Mais on a finalement découvert que les protons et les neutrons sont formés par d’autres particules encore plus petites, les quarks. Et d’aucuns pensent que ces quarks sont eux-mêmes formés par des particules encore plus infimes qui, à leur tour, en contiennent d’autres
encore plus petites. Le microcosme est infiniment petit.
Il se peut également que l’univers soit fini. Le navigateur portugais, Fernand de Magellan, a commencé à naviguer vers l’ouest. Il a navigué, navigué, navigué et, surprise, il est revenu à son point de départ. Autrement dit, il a prouvé que la terre est finie, sans avoir de limite. Il se peut qu’il en soit de même pour l’univers. Fini, mais sans limite. Tout ceci pour vous dire que la réponse au problème de la preuve de l’existence de Dieu repose sur trois points essentiels. Le premier est le constat que Dieu est subtil et le deuxième est le fait qu’on ne puisse pas L’observer à travers un télescope ou un microscope. Mais, malgré toutes ces difficultés, il y a un moyen indirect de parvenir à la preuve de l’existence de Dieu.
En s’appuyant sur deux caractéristiques fondamentales : l’intelligence et l’intention. Pour savoir si
l’univers a été créé par une intelligence consciente. Y a-t-il ou non une intelligence et une intention dans la création de l’univers ? Il ne suffisait pas que la réponse soit affirmative par rapport à l’un de ces points. Il fallait qu’elle soit affirmative par rapport aux deux. Si l’on observe la rotation de la terre autour du soleil, il semble évident qu’il y aune intelligence dans le mouvement. Mais cette intelligence est-elle intentionnelle ou fortuite ? Car, après tout, il pourrait s’agir d’un pur hasard, non ? Si l’univers est infiniment grand, il est inévitable que, parmi un nombre infini de situations différentes, certaines présentent les mêmes caractéristiques que la nôtre. Mais si l’intelligence cosmique est fortuite, il devient impossible d’y voir la main de Dieu. Il faut donc déterminer également s’il y a intention.
Le problème, c’est que le concept d’intention est très difficile à concrétiser. N’importe quel
professeur de droit vous le dira. Lors d’un procès au tribunal, l’une des grandes difficultés est justement de déterminer l’intention de l’inculpé ayant commis un certain acte. L’inculpé a tué une personne, mais l’a-t-il fait parce qu’il l’a voulu ou par accident ? L’inculpé sait bien que tuer volontairement est plus grave et, en général, il prétend l’avoir fait sans intention, tout n’était qu’un concours de circonstances, un terrible hasard. La difficulté revient donc à déterminer l’intention de l’acte. Il écarta les bras. Il en va de même pour l’univers. En regardant tout ce qui nous entoure, on constate qu’il existe une grande intelligence dans la conception des choses. Mais cette intelligence est-elle fortuite ou existe-t-il une intention derrière tout cela ? Et s’il y en a une, quelle est-elle ? Enfin, point crucial, existe-t-il un moyen, s’il y a intention, d’en démontrer l’existence ?
La montre de William Paley est un puissant argument. Si l’on découvre une montre par terre et
qu’on l’examine, on s’aperçoit aussitôt qu’elle a été conçue par un être intelligent ayant une intention. Or, si cela est vrai pour un objet aussi simple qu’une petite montre, pourquoi ne le serait-ce pas pour quelque chose de bien plus intelligent et complexe comme l’est l’univers ?
C’est un puissant indice d’intelligence et d’intention, mais ce n’est pas une preuve.
Tout est déterminé
p.268
Une bibliothèque est une métaphore de la signature divine dans l’univers. Imaginez qu’un enfant entre dans cette bibliothèque et découvre tous ces livres, rédigés en une langue inconnue, la plupart en latin. Bien entendu, l’enfant sait que quelqu’un a écrit ces livres et qu’ils révèlent des choses, même s’il ignore qui les a écrits et ce qu’ils racontent. D’autant que l’enfant ne connaît pas le latin. Il soupçonne que toute cette bibliothèque est régie par un ordre, mais cet ordre lui paraît mystérieux. Il posa la main sur sa poitrine. Nous sommes semblables à cet enfant et l’univers est comme cette bibliothèque. L’univers contient des lois, des forces et des constantes créées par quelqu’un, dans un dessein mystérieux et selon un ordre incompréhensible pour nous. Nous comprenons vaguement les lois, saisissons les grandes lignes de l’ordre qui régit tout, observons superficiellement que les constellations et les atomes se meuvent d’une certaine façon. Tout comme l’enfant, nous ignorons les
détails et n’avons qu’une pâle idée du sens global. Mais il y a une chose dont nous sommes sûrs : toute cette bibliothèque est organisée avec une intention. Même si nous ne pouvons pas lire les livres, même si nous n’en connaîtrons jamais les auteurs, le fait est que ces oeuvres renferment des messages et que cette bibliothèque est agencée selon un principe intelligent. Il en va de même pour l’univers.
« Ce qui m’intéresse réellement, c’est de savoir si Dieu aurait pu faire le monde d’une autre manière, autrement dit, si la nécessité d’une simplicité logique laisse quelque liberté ».
Si les conditions de départ avaient été autres, dans quelle mesure l’univers aurait été
différent ?
Avec l’apparition de la théorie du chaos, celle-ci a fourni des instruments mathématiques très précis pour aborder le problème de l’altération des conditions initiales d’un système.
L’expression « conditions initiales » renvoie à ce qui s’est passé aux premiers instants de la création de l’univers, avec la dispersion de l’énergie et de la matière. Mais il faut aussi considérer les
lois de l’univers, l’organisation des diverses forces, les valeurs des constantes de la nature… Tout,
absolument tout. Prenez, par exemple, le cas des constantes de la nature. Ne pensez-vous pas qu’elles
soient un élément crucial dans ce calcul ? Les constantes de la nature sont des quantités qui jouent un rôle fondamental dans le comportement de la matière et qui, en principe, présentent la même valeur partout dans l’univers, à tous moments de son histoire. Par exemple, un atome d’hydrogène est semblable sur terre ou dans une lointaine galaxie. Mais, plus encore, les constantes de la nature sont une série de valeurs mystérieuses qui se trouvent au coeur de l’univers et qui lui confèrent nombre de ses caractéristiques actuelles, en constituant une sorte de code qui renferme les secrets de l’existence.
/* Pi, e, ...*/
Et pourtant, ces constantes sont une donnée fondamentale, elles constituent une étrange propriété de l’univers et conditionnent tout ce qui nous entoure. On a découvert que la taille et la structure des atomes, des molécules, des corps, des planètes et des étoiles n’étaient ni l’effet du hasard ni d’un processus de sélection, mais résultaient des valeurs de ces constantes. Et si les valeurs des constantes de la nature étaient légèrement différentes ? Si la force de gravité était légèrement plus faible ou plus forte qu’elle ne l’est, si la lumière se déplaçait dans le vide à une vitesse un peu inférieure ou un peu supérieure à celle qui est la sienne, si la constante de Planck qui définit la plus petite unité d’énergie présentait une valeur un peu différente… Bref, ce type de choses. Que se passerait-il si ces valeurs subissaient de légères altérations ?
Il y a deux fins possibles pour l’univers. Ou bien l’univers cessait son expansion pour se mettre à se rétracter, jusqu’à s’écraser sur lui-même: Le Big Crunch…
… ou bien il poursuivait son expansion à l’infini jusqu’à l’épuisement de toute son énergie, pour se
transformer en cimetière glacé: Le Big Freeze. La cause, c’est la gravité. Si la vitesse d’expansion parvient à vaincre la force de gravité, l’univers se dilatera éternellement. S’il n’y parvient pas, il reviendra à son point de départ, un peu comme une pièce de monnaie qu’on lance en l’air et qui finit par retomber. Tant qu’elle monte, la pièce l’emporte sur la gravité. Mais, ensuite, la gravité finit par la vaincre.
Il existe une troisième hypothèse, celle où la force d’expansion est exactement la même que la force de gravité de toute la matière existante. La possibilité que cela se produise est infime, bien entendu, car ce serait une extraordinaire coïncidence que l’expansion de l’univers, étant donné les grandeurs mises en cause, soit exactement contrebalancée par la gravité exercée par toute la matière.
C’est ce que nous dit l’observation. L’univers se dilate à une vitesse singulièrement proche de la ligne critique qui sépare l’univers du Big Freeze de l’univers du Big Crunch. On a déjà découvert que l’expansion était en accélération, ce qui suggère un futur Big Freeze, mais c’est loin d’être
certain. En réalité, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous nous trouvons sur la ligne qui sépare les deux possibilités.
Étant donné la force brute du Big Bang, l’expansion ne peut pas être maîtrisée. Cette expansion devrait ou non vaincre la force de gravité de toute la matière. Il est infiniment improbable que l’expansion et la gravité s’équilibrent. Et pourtant, toutes deux paraissent très proches
d’un point d’équilibre. Car si le Big Bang est un événement accidentel et incontrôlable, la probabilité que l’univers se maintienne pour toujours dans un état chaotique, d’entropie maximale, serait écrasante. Le fait qu’il existe des structures de basse entropie est un grand mystère, si grand que certains physiciens parlent d’un incroyable hasard. Si toute l’énergie libérée par le Big Bang était plus faible d’une infime fraction, la matière retournerait en arrière et s’effondrerait en un gigantesque trou noir. Si elle était légèrement plus forte, la matière se disperserait si rapidement que les galaxies ne pourraient même pas se former. On parle de fractions incroyablement infimes. Pour que l’univers puisse se dilater d’une manière ordonnée, devait être d’une précision de un pour 10120.
1 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 0 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 00 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0
L’univers n’aurait pas eu la possibilité d’abriter la vie. Il aurait reculé vers un monumental trou noir ou se serait dispersé sans former de galaxie.
Et pourtant l’énergie du Big Bang avait cette valeur incroyablement précise, concentrée dans cet intervalle extrêmement réduit. Le plus extraordinaire, c’est que seule l’énergie rigoureusement nécessaire à l’organisation de l’univers a été libérée. C’est-à-dire l’énergie strictement indispensable pour qu’il puisse exister. Il feuilleta encore quelques pages. Sur la question de la création de la matière. Lorsque s’est produit la grande expansion créatrice, il n’y avait pas de matière. La température était infiniment élevée, si élevée que même les atomes ne pouvaient se former. L’univers était alors une soupe bouillante de particules et d’antiparticules issues de l’énergie, qui s’anéantissaient sans cesse les unes aux autres. Ces particules, les quarks et les antiquarks, sont identiques, mais de charges opposées, si bien qu’au moindre contact elles explosent et redeviennent
de l’énergie. À mesure que l’univers se dilatait, la température a baissé, permettant aux quarks et aux
antiquarks de former de plus grandes particules, appelées hadrons, mais qui continuaient à s’anéantir
entre elles. Ainsi se sont créées la matière et l’antimatière. Comme les quantités de matière et d’antimatière étaient identiques et qu’elles s’annihilaient mutuellement, l’univers se réduisait à cette énergie et à ces particules éphémères, sans la possibilité que se forme une matière durable. Pour une raison très mystérieuse, la production de matière a commencé à être légèrement supérieure à celle de l’antimatière. Pour dix mille millions d’antiparticules, dix mille millions et une particules étaient produites. Il nota les quantités avec son stylo.
10 000 000 000 antiparticules
10 000 000 001 particules
Une différence minime, presque insignifiante. Pourtant cela a suffi pour produire la matière. Dix mille millions de particules étaient détruites par dix mille millions d’antiparticules, mais il en restait toujours une qui n’était pas détruite. C’est précisément cette particule rescapée, en s’assemblant avec les autres rescapées dans les mêmes circonstances, qui a formé la matière. La création de
l’univers résultait une fois encore d’un extraordinaire hasard. Si le nombre de particules et
d’antiparticules était resté le même, ce qui semble naturel, il n’y aurait pas eu de matière. Il sourit. Et
sans la matière, nous ne serions pas ici. Tout cela grâce à une particule supplémentaire. Un autre domaine où l’univers fait preuve d’une incroyable précision, c’est celui de son homogénéité. Lorsque s’est produit le Big Bang, les différences de densité étaient infimes, puis elles s’amplifièrent au fil du temps sous l’instabilité gravitationnelle de la matière. Le degré d’uniformité est infiniment faible, de l’ordre d’un pour cent mille, exactement la valeur nécessaire pour permettre à l’univers de se structurer. Ni plus ni moins. Si cette valeur avait été légèrement supérieure, les galaxies se seraient vite transformées en denses agglomérats et des trous noirs se seraient formés avant que ne soient réunies les conditions pour créer la vie. D’un autre côté, si le degré de non uniformité avait été un peu moindre, la densité de la matière aurait été trop faible et les étoiles ne se seraient pas formées. Autrement dit, il fallait que l’homogénéité soit exactement ce qu’elle est pour que la vie soit possible. Les possibilités pour qu’il en fût ainsi étaient infimes, mais elles se sont réalisées.
L’existence même des étoiles dotées d’une structure semblable à celle du soleil, permettant la vie, résulte d’un nouveau coup de chance. Regardez, la structure d’une étoile repose sur un délicat équilibre intérieur. Si l’irradiation de chaleur est trop forte, l’astre se transformera en une étoile bleue géante, et si elle trop faible, celui-ci se réduira à une minuscule étoile rouge. L’une sera excessivement chaude et l’autre excessivement froide, et aucune d’elles n’aura probablement de planètes. Mais la majorité des étoiles, y compris le soleil, se situent entre ces deux extrêmes, et le plus extraordinaire, c’est que les valeurs correspondant à ces extrêmes sont hautement probables, mais ne se sont pas concrétisées. Au lieu de ça, la relation des forces et la relation des masses des particules présentent une valeur qui semble calculée pour que la plupart des étoiles se situent dans cet
étroit espace entre les deux extrêmes, permettant ainsi qu’existent et que prédominent des étoiles comme le soleil. Il suffirait que la valeur de la gravité, de la force électromagnétique ou de la relation de masses entre l’électron et le proton soit légèrement modifiée pour que l’univers qui nous entoure devienne impossible.
Au sujet de deux importantes constantes de la nature, en particulier cette fameuse proportion des masses des électrons et des protons, appelée « constante beta », et la force d’interaction électromagnétique, appelée « constante de la structure fine », ou « alpha ». Il a donc modifié leurs valeurs puis a calculé les conséquences de cette modification. S’il se produisait une augmentation imperceptible de beta, les structures moléculaires ordonnées cesseraient aussitôt d’être possibles, étant donné que c’est la valeur actuelle de beta qui détermine les positions bien définies et stables des noyaux des atomes et qui oblige les électrons à se mouvoir selon des trajectoires bien précises autour de ces noyaux. Si la valeur de beta changeait légèrement, les électrons seraient pris d’une telle agitation qu’ils empêcheraient la réalisation de processus très précis, comme la reproduction de l’ADN. D’autre part, c’est l’actuelle valeur de beta qui, en corrélation avec alpha, produit au centre des étoiles suffisamment de chaleur pour générer des réactions nucléaires. Si beta excédait de 0,005 la valeur du carré d’alpha, il n’y aurait pas d’étoiles. Et sans étoiles, pas de soleil. Et sans soleil, pas de terre ni de vie.
Si alpha augmentait d’à peine quatre pour cent, le carbone ne pourrait plus être produit dans les étoiles. S’il n’augmentait que de 0,1 %, il n’y aurait plus de fusions dans les étoiles. Et sans carbone ni fusion stellaire, il n’y aurait plus de vie. Autrement dit, pour que l’univers puisse créer la vie,
il est indispensable que la valeur de la constante de la structure fine soit exactement ce qu’elle est. Ni plus, ni moins. Sur la force nucléaire forte, celle qui provoque les fusions nucléaires dans les étoiles et dans les bombes à hydrogène. Il a fait les calculs et a découvert que si la force forte n’avait augmenté que de quatre pour cent, lors des phases initiales après le Big Bang, l’hydrogène de tout l’univers aurait brûlé trop rapidement, pour se convertir en hélium 2. Cela aurait été un désastre, car les étoiles auraient vite épuisé leur combustible et certaines se seraient transformées en trous noirs avant même que n’existent les conditions pour créer la vie. D’un autre côté, si la force forte se
réduisait de dix pour cent, cela affecterait à tel point les atomes qu’ils empêcheraient la formation d’éléments plus lourds que l’hydrogène. Or, sans ces éléments plus lourds, dont le carbone, il n’y a plus de vie. La valeur de la force forte ne disposait que d’une infime marge pour créer les conditions propres à la vie et, comme par miracle, c’est précisément dans cette infime marge que se situe la force forte. La conversion de l’hydrogène en hélium, cruciale pour la vie, est un processus qui requiert
une extrême précision. La transformation doit obéir à un taux exact de sept millième de sa masse par
rapport à l’énergie. Si celui-ci baissait d’une seule fraction, la transformation ne se produirait plus et
l’univers se réduirait à de l’hydrogène. Si le taux augmentait d’une seule fraction, l’hydrogène
s’épuiserait rapidement dans tout l’univers.
0,006% – seulement de l’hydrogène
0,008% – hydrogène épuisé
Autrement dit, pour que la vie existe, il est nécessaire que le taux de conversion de l’hydrogène en hélium se situe exactement dans cet intervalle. Or, quelle coïncidence : c’est justement là qu’il se situe !
Prenons maintenant le carbone. Pour diverses raisons, le carbone est l’élément sur lequel repose la vie. Sans lui, l’élaboration de la vie spontanée est impossible, étant donné que seul cet élément est suffisamment flexible pour former les longues et complexes chaînes nécessaires aux processus vitaux. Aucun autre élément ne peut le faire. Le problème, c’est que la formation du carbone n’est possible que par un concours de circonstances extraordinaires. Pour former le carbone, il faut que le béryl radioactif absorbe un noyau d’hélium. Cela semble simple. Le problème est que le temps de vie du béryl radioactif se réduit à une insignifiante fraction de seconde.
0,0000000000000001 seconde
Le béryl radioactif ne dure que cet instant.
C’est au cours de cet instant infiniment court que le noyau du béryl radioactif doit localiser, heurter et absorber un noyau d’hélium, créant ainsi le carbone. Mais, pour que cela puisse se faire en un temps aussi bref, il faut que les énergies de ces noyaux soient exactement identiques au moment de leur collision. Or, nouvelle surprise, elles le sont précisément ! S’il y avait eu la moindre différence, même la plus infime, le carbone n’aurait jamais pu se former. Mais, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, il n’y a aucune différence. Grâce à un coup du sort inespéré, l’énergie des constituants nucléaires des étoiles se situe au point précis qui permet leur fusion.
Sans compter qu’il y a encore un autre coup de chance, car le temps de collision de l’hélium est encore plus bref que le temps de vie infiniment court du béryl radioactif, et c’est cela qui permet la réaction nucléaire produisant le carbone. D’autre part, il y a le problème du carbone qui subsiste après l’activité nucléaire dans l’étoile, ce qui n’est possible que dans des conditions très particulières. Eh bien ! Grâce à une nouvelle et extraordinaire coïncidence, ces conditions ont été réunies et le carbone ne se transforme pas en oxygène.
L’incroyable précision présente dans les diverses forces, dans la température de l’univers primordial, dans son taux d’expansion, mais aussi les extraordinaires coïncidences nécessaires à notre propre planète. Par exemple, le problème de l’inclinaison de l’axe d’une planète. Du fait des résonances entre la rotation des planètes et l’ensemble des corps du système solaire, la terre devrait suivre une évolution chaotique dans l’inclinaison de son axe de rotation ce qui, évidemment, empêcherait l’existence de la vie. Un hémisphère pourrait passer six mois exposé au soleil, sans aucune nuit, et six autres mois à la lumière des étoiles. Mais notre planète a eu une chance incroyable. L’apparition de la lune. La lune est un objet si grand que ses effets gravitationnels réduisent l’angle d’inclinaison de notre planète, permettant ainsi la vie.
Tous les détails semblent conspirer pour permettre la vie sur terre. Par exemple, le fait que la terre possède du nickel et du fer liquide en quantité suffisante dans son noyau pour générer un champ magnétique indispensable propre à protéger l’atmosphère des particules létales émises par le soleil. C’est une chance. Une autre coïncidence extraordinaire est le fait que le carbone soit l’élément solide le plus abondant dans l’espace thermique où l’eau est liquide. Même l’orbite de la terre est cruciale. Cinq pour cent plus proche du soleil ou quinze pour cent plus éloigné suffirait pour empêcher le développement de forme complexe de vie.
Cela veut dire que ce n’est pas seulement la vie qui s’est adaptée à l’univers. L’univers lui-même s’est préparé à la vie. D’une certaine façon, c’est comme si l’univers avait toujours su que nous apparaîtrions sur terre. Notre chétive existence semble dépendre d’une extraordinaire et mystérieuse chaîne de coïncidences et d’improbabilités. Les propriétés de l’univers, telles qu’elles se trouvent configurées sont des conditions indispensables pour permettre la vie. Ces propriétés pourraient être infiniment différentes. Toutes les autres alternatives conduiraient à un univers sans vie. Pour qu’il y ait vie, un grand nombre de paramètres doivent être réglés sur des valeurs bien spécifiques et très rigoureuses. Et que découvrons-nous ? Ce réglage existe. On appelle cela le principe anthropique. Le principe anthropique signifie que l’univers a été créé pour que l’homme puisse y vivre.
Nous avons décroché le gros lot concernant la précision de l’expansion de l’univers, concernant la
précision de la température primordiale, concernant la précision de l’homogénéité de la matière,
concernant la légère prédominance de la matière sur l’antimatière, concernant la précision de la constante de la structure fine, concernant la précision des valeurs des forces fortes, et électrofaibles et de la gravité, concernant la précision du taux de conversion de l’hydrogène en hélium, concernant le délicat processus de formation du carbone, concernant l’existence dans le noyau de la terre de métaux qui créent le champ magnétique, concernant l’orbite de la planète… Bref concernant tout ; il aurait suffi que les valeurs soient légèrement différentes pour un seul de ces facteurs et… Il n’y aurait pas eu de vie. Mais non, ils coïncident tous.
Plus nous observons et analysons l’univers, plus nous en concluons qu’il révèle les deux caractéristiques fondamentales inhérentes à l’action d’une force intelligente et consciente. La première c’est l’intelligence avec laquelle tout est conçu. L’autre est l’intention de planifier les choses pour créer la vie. Le principe anthropique nous révèle qu’il y a intention dans la conception de la vie. La vie n’est pas un accident, elle n’est pas le fruit du hasard, elle n’est pas le produit fortuit de circonstances anormales. Elle est le résultat inévitable de la plus simple application de la physique et des mystérieuses valeurs de ces constantes.
L’univers est conçu pour créer la vie.
La découverte du principe anthropique constitue la seconde voie qui confirme l’existence de Dieu.
Évidemment, le principe anthropique constitue un indice très important de l’existence de Dieu.
Puisque tout est aussi méticuleusement réglé pour rendre la vie possible, c’est parce que l’univers a été, de fait, conçu pour la créer. Mais un léger doute demeure. Il est infime, mais il existe, comme une écharde plantée dans le pied, un pénible obstacle qui nous empêche d’en avoir la certitude absolue. Et si tout n’était qu’un monumental hasard ? Et si toutes ces circonstances résultaient d’un incroyable concours d’étonnantes coïncidences ? Nous avons gagné à plusieurs loteries cosmiques, c’est certain et incontestable, mais aussi improbable que cela puisse paraître, il reste toujours la minuscule possibilité que tout n’ait été qu’un gigantesque accident.
Kant a écrit un jour qu’il y a trois questions qui ne seront jamais résolues : l’existence de Dieu, l’immortalité et le libre arbitre. Ces questions étaient non seulement résolubles, mais également liées entre elles. Le problème du libre arbitre est celui de savoir jusqu’à quel point nous sommes libre dans nos décisions. Durant longtemps on a pensé que nous l’étions, mais les découvertes scientifiques ont graduellement limité les champs de notre liberté. On a découvert que nos décisions, bien qu’elles nous paraissent libres, sont en réalité conditionnées par d’innombrables facteurs. Par exemple, quand je décide de manger, cette décision est-elle vraiment prise par ma conscience ou par une nécessité biologique de mon corps ? Peu à peu, on s’est aperçu que nos décisions n’étaient pas vraiment les nôtres. Tout ce que nous faisons correspond à ce que nous imposent nos caractéristiques intrinsèques, comme l’ADN, la biologie et la chimie de notre corps, sans compter les autres facteurs en interaction dynamique et complexe avec le monde extérieur, comme la culture, l’idéologie et tous les divers événements qui jalonnent notre vie. Par exemple, on a découvert qu’il y a des gens tristes, non pas parce que leur vie est triste, mais pour la simple raison que leur corps ne produit pas de sérotonine, une substance qui régule l’humeur. Si bien que la plupart des actions de ces gens déprimés sont déterminées par cette insuffisance chimique et non par leur libre arbitre. Cette idée que nous ne disposons d’aucun libre arbitre, que la libre volonté n’est qu’une illusion. On dirait que nous ne sommes que de simples robots…
C’est pourtant ce que la science conclut d’une certaine manière. Les mathématiques, par exemple, sont déterministes. 2 et 2 font toujours 4. La physique est l’application des mathématiques à l’univers, dont la matière et l’énergie obéissent à des lois et à des forces universelles. Quand une planète tourne autour du soleil ou qu’un électron gravite autour du noyau d’un atome, cela ne se produit pas parce qu’ils le veulent, mais parce que ce sont les lois de la physique qui les y obligent. La matière tente de s’organiser spontanément, en obéissant aux lois de l’univers. Cette organisation implique une complexification. Or, à partir d’un certain point où les atomes s’organisent en élément, son étude cesse de relever du domaine de la physique pour rejoindre celui de la chimie. Autrement dit, la chimie est la physique complexifiée. Quand les éléments chimiques se complexifient à
leur tour, naissent les êtres vivants qui se caractérisent par leur capacité à se reproduire et par leur comportement téléologique, à savoir qu’ils agissent en fonction d’un objectif : la survie. La biologie est la chimie complexifiée. Quand la biologie devient elle-même complexe, émerge alors l’intelligence et la conscience dont les comportements, parfois, semblent étranges, n’obéissant apparemment à aucune loi. Mais les psychologues et les psychiatres ont déjà démontré que tous les comportements ont une raison d’être, ils ne se produisent ni spontanément ni par la grâce du
Saint-Esprit. Leurs causes peuvent nous échapper, mais elles existent. Il y a même des expériences
documentées qui montrent que le cerveau prend la décision d’agir avant que la conscience ne s’en
aperçoive. Le cerveau prend la décision et en informe ensuite la conscience, mais cela s’effectue avec
une telle subtilité que la conscience croit que la décision vient d’elle. Cela signifie que la psychologie est la biologie complexifiée. Quand on cherche l’essence la plus simple des choses, que la conscience a pour fondement la biologie qui a pour fondement la chimie, qui a pour fondement la physique, qui a pour fondement les mathématiques. L’électron ne tourne pas vers la gauche ou vers la droite parce qu’il le veut, mais parce que les lois de la physique l’y contraignent. Le comportement de l’électron peut être indéterminable, en raison de son extrême complexité chaotique, mais il reste déterminé. Il posa sa main sur la poitrine. Comme nous sommes tous faits d’atome, organisés d’une façon extraordinairement complexe par les lois de la physique, notre comportement est également déterminé. Mais, tout comme l’électron, notre comportement est aussi indéterminable, puisqu’il résulte d’une complexité chaotique inhérente. Un peu comme l’état du temps. La météorologie est déterminée, mais reste indéterminable, en raison des facteurs et du problème de l’infini, où les plus légères modifications des conditions initiales provoquent des résultats imprévisibles à long terme. C’est la vieille histoire du battement d’ailes d’un papillon qui peut provoquer une tempête à l’autre bout de la planète quelque temps après. De même, les psychiatres disent qu’un événement dans l’enfance peut conditionner le comportement d’un individu à l’âge adulte. Et qu’est-ce
que cela sinon l’effet papillon appliqué à l’échelle humaine ?
Même si nos décisions nous paraissent libres, elles ne le sont pas en réalité. Bien au contraire, elles sont toutes conditionnées par des facteurs dont l’influence, la plupart du temps, nous échappe. D’un point de vue macrocosmique, tout est déterminé. Mais, du point de vue du microcosme de chaque individu, rien ne semble déterminé car personne ne sait ce qui va se passer. Il y a beaucoup de facteurs externes qui nous obligent à prendre des décisions. Par exemple, s’il commence à pleuvoir, nous décidons de prendre un parapluie. Cette décision est la nôtre, bien qu’elle soit « déterminée par » car, sans qu’on le sache, les lois de la physique ont concouru au fait qu’il se mette à pleuvoir à cet instant et le programme incorporé dans notre cerveau a déterminé que le parapluie était la réponse adéquate à cette situation extérieure. Le libre arbitre est un concept du présent. Mais nous ne pouvons pas changer ce que nous avons fait par le passé. Cela signifie donc que le passé se trouve déterminé. Hors, si le passé et le futur existent ensemble, bien que sur des plans différents, le futur est également déterminé.
Il ne faut pas voir les choses ainsi, dit le physicien. Imaginez un match de football. Imaginez que vous ayez enregistré le match France-Italie de la finale du mondial 2006. Au cours du match, les joueurs prennent de libres décisions. Ils prennent le ballon et le lancent d’un côté ou de l’autre.
Seulement, en regardant l’enregistrement, on s’aperçoit que tout est déterminé. Le match se termine sur un score de 1-1 et l’Italie gagnera aux tirs au but. Quoi que les joueurs fassent dans cet enregistrement, le résultat est déterminé, jamais ils ne pourront le changer. À la fin du DVD, l’Italie l’emporte. Plus encore, toutes les actions des joueurs, qui étaient libres à ce moment-là, sont déjà déterminées. Jusqu’au coup de tête de Zidane sur Materazzi. Eh bien, la vie est comme un match enregistré. Nous prenons des décisions libres, mais elles sont déjà déterminées.
Vous souvenez-vous du Démon de Laplace ? Comme vous le savez, la science a découvert que tous les événements avaient des causes et des effets, étant donné que les causes sont déjà les effets d’un événement antérieur et que les effets deviennent les causes d’événements à venir. Poussant jusqu’aux dernières conséquences l’incessant processus des causes et des effets, le marquis de Laplace a déterminé, au XVIIIe siècle, que l’actuel état de l’univers était l’effet de son état antérieur et la cause de celui qui le suivra. Si nous connaissions tous l’état présent de toute la matière, de toute l’énergie et de toutes les lois, jusqu’au plus infime détail, nous pourrions calculer tout le passé et tout le futur. Pour employer l’expression utilisée par Laplace lui-même, le futur et le passé seraient, dans ce cas, présents à nos yeux.
Tout est déterminé.
Tout est déterminé. D’une certaine manière, le passé et le futur existent. Or, de la même manière que nous ne pouvons pas changer le passé, nous ne pouvons pas changer non plus le futur, puisque les deux sont la même chose en des temps différents. Cela veut dire que si le passé est déterminé, alors le futur l’est également. Du reste, cette découverte a été confirmée par les théories de la relativité, dont les équations déterministes établissent implicitement que tout ce qui est arrivé et arrivera se trouve inscrit dans toute l’information initiale de l’univers. L’espace et le temps sont différentes manifestations d’une même unité, un peu comme le yin et le yang ; Einstein appelait ce concept « l’espace-temps ». Ainsi, de même que Lisbonne et New York existent, mais pas dans le même espace, le passé et le futur existent, mais pas dans le même temps. Depuis Lisbonne, je ne peux pas voir New York, tout comme depuis le passé je ne peux pas voir le futur, bien que tous deux existent.
Les théories de la relativité ont montré d’autre part que le temps s’écoulait de manière différente en divers endroits de l’univers, conditionné par la vitesse de la matière et par la force de gravité. Les
événements A et B se produisent simultanément en un point de l’univers et se produisent successivement en d’autres lieux, en un point d’abord A et ensuite B, tandis qu’en un troisième point se produit d’abord B et ensuite A. Cela signifie qu’en un point de l’univers, B ne s’est pas encore produit, mais est en passe de le faire. Quoi qu’il arrive, B va se produire car c’est déterminé. Quand est-ce que tout a été déterminé ?
Tout a été déterminé au commencement, à l’instant où l’univers s’est formé. L’énergie et la matière ont été distribuées d’une manière déterminée et les lois et les valeurs des constantes ont été conçues de manière déterminée, et cela a aussitôt déterminé l’évolution future de toute cette matière et de toute cette énergie.
Le fait que tout soit déterminé signifie que tout ce qui est arrivé, arrive et arrivera est prévu depuis l’aube des temps. C’est comme si nous étions des acteurs sur un immense plateau de tournage, chacun interprétant son rôle, en obéissant à un monumental scénario écrit par un scénariste invisible au commencement de l’univers.
/* Yvon Combe, L'univers vibratoire de l'Esprit
https://www.youtube.com/watch?v=nbFgiUTfg_s
*/
L’univers a été conçu avec une telle ingéniosité, qu’elle dénonce une intelligence et avec une précision telle, qu’elle dénonce une intention. Notre existence n’a pas la moindre chance d’être accidentelle par le simple fait que tout est déterminé depuis le commencement.
p.281
Einstein recherchait l’endgame de l’univers. Elle signifie l’objectif final d’un jeu. Regardez tout ce qui nous entoure, dit-il. Ici, sur cette planète, il y a partout de la vie. Dans les plaines et sur les montagnes, dans les océans et dans les fleuves, et même sous la terre. Où que nous nous
tournions, nous trouvons de la vie. Et pourtant, nous savons que tout cela est éphémère, n’est-ce pas ?
La période où la vie est possible dans l’univers est très limitée. Cette période fertile en vie n’est qu’un court épisode dans l’histoire de l’univers. La vie sur la terre dépend de l’activité du soleil. Or, le soleil ne va pas exister éternellement. S’il était un homme, il aurait déjà plus de quarante ans, ce qui signifie qu’il a probablement déjà dépassé la moitié de son existence. Chaque jour, notre étoile devient plus brillante, réchauffant graduellement notre planète jusqu’au moment où elle détruira toute la biosphère, ce qui devrait se produire dans mille millions d’années. Comme si cela ne suffisait pas, d’ici quatre ou cinq mille millions d’années, tout le combustible qui alimente l’activité solaire sera épuisé. Le noyau, dans un effort désespéré pour maintenir sa production d’énergie, devra se rétracter jusqu’à ce que les effets quantiques finissent par le déstabiliser. À ce moment-là, le soleil gonflera tant qu’il se transformera en une étoile géante rouge, dont la surface croissante engloutira les planètes avoisinantes.
Tout va plutôt mal se terminer. La terre elle-même finira par être engloutie par le soleil, noyée dans cette fournaise infernale. Et, quand tout le combustible solaire sera consumé, la pression interne chutera et le soleil se rétrécira jusqu’à atteindre la taille actuelle de la terre, en se refroidissant comme une naine noire. Le même processus s’opérera dans les étoiles qui se trouvent dans le ciel. Une à une, elles gonfleront et s’éteindront, certaines en se rétractant jusqu’à devenir des naines, d’autres en explosant en supernovas. Le problème, c’est qu’il en naîtra de moins en moins, car les éléments qui les composent sont en voie de disparition, l’hydrogène primordial s’épuise et des gaz commencent à se dissiper. Le pire, c’est que dans quelques milliers de millions d’années, les étoiles cesseront de naître. Il n’y aura plus que des funérailles galactiques. Avec la mort graduelle des étoiles, les galaxies deviendront toujours plus sombres, jusqu’au jour où toutes s’éteindront et où l’univers se transformera en un immense cimetière, plein de trous noirs. Mais même les trous noirs finiront par
disparaître, avec le retour complet de la matière à l’état d’énergie. À un stade très avancé, seuls
subsisteront quelques radiations.
Ce qui remet fortement en cause le principe anthropique. Si l’univers est voué à mourir de cette façon, quel est le but de la vie ? Pour quelle raison Dieu a-t-il réglé la Création de l’univers pour permettre la naissance de la vie s’il projetait de la détruire aussitôt après ? Quel est l’objectif final ?La solution s’appelle le principe anthropique final et repose sur l’idée qu’il serait absurde que
l’univers soit organisé de façon à permettre l’apparition de la vie pour ensuite s’éteindre de cette
manière. Le principe anthropique final postule que l’univers est réglé pour provoquer la naissance de la vie. Mais pas de n’importe quelle vie. Il s’agit de la vie intelligente. Et, une fois apparue, la vie
intelligente ne disparaîtra jamais plus.
/* Modèle considérant l'hypothèse que l'homme est confiné dans le corps physique...Mais si l'homme était en fait suivant le Modèle de Dieu, un pur Esprit, qui doit rechercher sa propre réalité et revenir à elle? Modèle Urantia */
Il nous faudra quitter la terre, c’est évident. Si nous partons vers d’autres étoiles, nous échapperons à l’inévitable destruction de la terre. L’étude de la survie et du comportement de la vie dans un futur lointain est récemment devenue une nouvelle branche de la physique. Les recherches autour de cette question ont commencé avec la publication en 1979 d’un article signé par Freeman Dyson, intitulé Time without end : Physics and Biology in an Open Universe. Dyson esquissa là un premier
système, très incomplet, qui allait être reformulé par d’autres scientifiques s’intéressant à la même
question, notamment Steve Frautschi, lequel publia un autre texte scientifique sur le même sujet dans la revue Science en 1982. Suivirent d’autres nouvelles études autour du problème, toutes reposant sur les lois de la physique et sur la théorie des ordinateurs.
La première phase est déjà amorcée. Il s’agit du développement de l’intelligence artificielle. Il est
vrai que notre civilisation n’en est qu’à ses premiers pas dans le domaine de l’informatique, mais
l’évolution est très rapide et il est possible qu’un jour nous soyons capable de développer une
technologie aussi intelligente que nous, voire plus. D’ailleurs, au rythme actuel de l’évolution, les calculs montrent que les ordinateurs atteindront le niveau humain de gestion et d’intégration des données dans un siècle tout au plus. Le jour où ils atteindront notre niveau, les ordinateurs acquerront une conscience, comme du reste le suggère le test de Turing, dont vous avez peut-être entendu déjà parler. Donc, les ingénieurs prévoient que non seulement nous développerons des ordinateurs aussi
intelligents que nous, mais aussi des robots qui seront des constructeurs universaux. Les constructeurs universaux sont des engins capables de construire tout ce qui peut l’être. Par
exemple, les machines qui fabriquent les voitures à la chaîne dans les usines ne sont pas des constructeurs universaux, car elles ne peuvent fabriquer que des voitures. Mais les êtres humains, eux, sont des constructeurs universaux, puisqu’ils sont capables de tout construire. Or, les scientifiques tiennent pour acquis la possibilité de concevoir une machine qui soit un constructeur universel. Le mathématicien Von Neumann a déjà montré comment ces constructeurs pouvaient être créés et la NASA affirme qu’il suffirait de quelques dizaines d’années pour les fabriquer, dès lors que les financements seraient assurés, bien entendu.
Par conséquent, l’intelligence sur terre n’aura pas d’autre choix : il lui faudra quitter son berceau et partir à la conquête des étoiles. Les instruments de cette conquête seront les ordinateurs et les constructeurs universaux. Il semble inévitable que, dans un lointain avenir, les êtres humains devront envoyer des constructeurs universaux informatisés vers les étoiles les plus proches. Ces constructeurs universaux auront des instructions spécifiques pour coloniser de nouveaux systèmes solaires et pour y fabriquer de nouveaux constructeurs universaux, lesquels, à leur tour, iront explorer les étoiles suivantes, dans un processus en croissance exponentielle. Cela commencera bien sûr par l’exploration des étoiles les plus proches, comme Alpha du Centaure, puis graduellement vers les étoiles suivantes, respectivement Tau Cetu, Epsilon Eridani, Procyon et Syrius dans une seconde étape.Le processus sera très long évidemment. Quelques milliers d’années. Mais, si c’est très long à échelle humaine, cela ne l’est pas à l’échelle universelle. Il suffirait de fabriquer quatre ou cinq de ces constructeurs universaux, guère plus. Car une fois parvenu dans un système solaire, le constructeur universel chercherait des planètes ou des astéroïdes où il pourrait extraire les métaux et toute la matière première dont il aurait besoin. Le robot se mettra à coloniser ce système et à le peupler de vies artificielles préprogrammées par nous ou même de vies humaines puisqu’il sera possible de leur transmettre notre code génétique pour se reproduire dans des conditions bien déterminées. En outre, le robot aura également pour mission de fabriquer de nouveaux constructeurs universaux, qu’ils enverront vers les étoiles suivantes. Peu à peu, le processus de colonisation des étoiles s’accélérera car il y aura toujours plus de constructeurs universaux. Même si la civilisation originelle disparaît, suite à un quelconque cataclysme, cette civilisation continuera à se répandre d’une manière autonome dans la galaxie, grâce aux constructeurs universaux et à leur programme automatique de colonisation.
Le premier objectif sera d’explorer. Nous voulons apprendre des choses sur l’univers, un
peu comme les explorations que nous faisons sur la lune et sur les planètes du système solaire. Ensuite, à mesure que la terre deviendra toujours plus inhabitable, la priorité sera de trouver des planètes vers lesquelles on pourra transférer la vie. Avec la prolifération exponentielle des constructeurs universaux, toute notre galaxie finira par être colonisée. Depuis une petite planète périphérique, l’intelligence se répandra dans toute la voix lactée. Mais le carbone ne prédomine qu’à l’état solide dans une étrange marge thermique. Nous, êtres humains, commençons à développer une autre forme de vie à travers d’autres atomes, comme le silicium, par exemple. Ce que les constructeurs universaux vont répandre dans la galaxie, ce sera l’intelligence artificielle contenue dans les chips de leurs ordinateurs. Il n’est pas sûr que la vie, basée sur les atomes de carbone, soit capable de survivre à des voyages de milliers d’années parmi les étoiles. Ce n’est peut être
pas impossible, mais c’est loin d’être certain. Notre seule certitude c’est que l’intelligence artificielle sera capable de le faire.
La vie basée sur l’atome de carbone est condamnée à s’éteindre, cela ne fait aucun doute. Même si l’on arrivait à bâtir cette arche de Noé galactique et à transporter la vie telle que nous la connaissons vers une planète de la constellation du centaure, par exemple, le fait est qu’un jour toutes les étoiles disparaîtront. Or, sans les étoiles, la vie basée sur l’atome de carbone est impossible. L’intelligence artificielle n’a pas besoin d’étoiles pour fonctionner. Il lui faut des sources d’énergie, c’est évident, mais ces sources ne sont pas nécessairement les étoiles. Ce peut-être la force forte contenue dans le noyau d’un atome, par exemple. Cette intelligence peut se loger dans des espaces infimes, en recourant à la nanotechnologie, si bien qu’il lui faut beaucoup moins d’énergie pour maintenir son fonctionnement. Dans ce sens, et si on définit la vie comme un processus complexe d’agencement de l’information, la vie perdurera. La différence est que le hardware cesse d’être le corps biologique pour devenir les chips. Mais, à bien y regarder, ce qui fait la vie n’est pas le hardware. C’est le software. Je peux continuer à exister non pas dans un corps organique fait de carbone, mais dans un corps métallique, par exemple. Puisqu’il existe déjà des gens qui vivent avec une jambe ou un coeur artificiel, pourquoi ne pourrait-on pas vivre avec un corps entièrement artificiel ? Si on transférait toute ma mémoire et tous mes processus cognitifs dans un ordinateur et qu’on me donnait des caméras pour voir ce qui se passe autour de moi et un micro pour parler, je continuerais à me sentir moi. Dans un corps différent, certes, mais je serais tout de même moi. À bien y regarder, ma conscience est une sorte de programme d’ordinateur et rien n’empêcherait ce programme de continuer à exister si je pouvais créer un hardware adapté où l’insérer.
Ainsi l’exige le postulat du principe anthropique final pour assurer la survie de l’intelligence dans l’univers. Ou bien l’univers se termine en Big Freeze ou bien il finit en Big Crunch. Pour le moment, l’expansion de l’univers semble approcher de son point critique, ce qui nous empêche de déterminer avec certitude quelle sera son évolution. Mais, bien qu’on ait constaté que cette expansion allait en s’accélérant le scénario du Big Crunch. L’accélération de l’expansion de l’univers devra
obligatoirement s’arrêter. Il y a des galaxies qui s’éloignent de nous à une vitesse proche de
quatre-vingt-quinze pour cent de celle de la lumière. Si l’accélération continuait ainsi, il arriverait un
moment où la vitesse de l’expansion serait supérieure à la vitesse de la lumière. Or, c’est impossible.
Donc, l’expansion de l’univers devra ralentir, il n’y a pas d’alternative.
Mais ceci n’implique pas forcément l’inversion de l’expansion vers une rétraction. Mais cela signifie que l’accélération est une étape qui prendra fin. De là à la rétraction, il n’y a qu’un pas, dont la probabilité découle d’un constat simple. S’il y a une chose que nous ne cessons de vérifier à chaque fois que nous examinons un système, c’est que tout a un commencement et une fin. Plus important encore, tout ce qui naît finit par mourir. Les plantes naissent et meurent, les animaux naissent et meurent, les écosystèmes naissent et meurent, les planètes naissent et meurent, les étoiles naissent et meurent, les galaxies naissent et meurent. Or, nous savons que l’espace et le temps sont nés. Ils sont nés du Big Bang. Donc, conformément au principe que tout ce qui naît doit mourir, l’espace et le temps finiront également par mourir. Mais le Big Freeze, au contraire, établit que le temps et l’espace, bien qu’ils soient nés, ne mourront pas, ce qui contredit ce principe universel. En conséquence, le Big Crunch est la destinée la plus probable de l’univers, puisqu’il respecte le principe que tout ce qui naît doit mourir.
Les scientifiques croient que l’univers est sphérique, fini mais sans limites. Si nous pouvions voyager dans l’espace toujours dans la même direction, nous finirions probablement par revenir à notre point de départ. Comme les théories de la relativité montrent que l’espace et le temps sont différentes manifestations d’une même chose d’une certaine façon, était également sphérique. Imaginez que le
temps soit la planète terre et que le Big Bang se situe au pôle Nord. Imaginez qu’il y ait divers navires qui se trouvent tous réunis au pôle Nord, le point du Big Bang. L’un s’appelle voie lactée, l’autre s’appelle andromède, un autre encore s’appelle galaxie M87. Tout à coup, les navires se mettent à voguer vers le sud, selon différentes directions. Comme la terre est sphérique et que les navires s’éloignent du pôle Nord, cela signifie qu’ils s’écartent les uns des autres. Et, à force de s’éloigner, les navires finiront par ne plus se voir les uns les autres. L’écart continuera de grandir jusqu’à ce qu’ils atteignent l’équateur, le point culminant. Mais, passé l’équateur, la terre étant sphérique, l’espace commencera à se réduire et les navires se mettront à se rapprocher les uns des autres. Et, en approchant du pôle Sud, ils se reverront à nouveau.
L’espace-temps est sphérique. En ce moment, en raison du Big Bang et de l’expansion probablement sphérique de l’espace et du temps, la matière s’éloigne. Les galaxies vont s’écarter toujours plus les unes des autres, jusqu’au moment où elles cesseront de se voir. En même temps, elles périssent peu à peu, se transformant en matière inerte. Et le froid se généralisera. Mais viendra un moment où, après l’apogée de l’expansion, le temps et l’espace commenceront à se réduire. Cela fera augmenter la température de la même manière qu’un gaz en rétraction se réchauffe. Le rétrécissement de l’espace-temps s’achèvera en une brutale collision finale au pôle Sud de l’univers, une sorte de Big Bang à l’envers. Le Big Crunch.
Le postulat du principe anthropique final établit que l’intelligence survivra au long de l’histoire de l’univers. En se répandant dans tout l’univers, de sorte qu’elle prendra le contrôle de tout le processus. Beaucoup de physiciens croient cela possible et certains ont même déjà
démontré comment. Vous pensez vraiment que l’intelligence venue d’une chose aussi minuscule que la terre pourrait prendre le contrôle d’une chose aussi immense que l’univers ?
N’oubliez pas ce que dit la théorie du chaos. Si un papillon peut influer sur le climat de la planète,
pourquoi l’intelligence ne pourrait pas influer sur l’univers ?
Lorsque la vie est apparue sur terre, voilà plus de 4 000 millions d’années, qui aurait dit que ces molécules minuscules et insignifiantes allaient évoluer au point de finir par prendre un jour le contrôle de toute la planète ? Personne évidemment. Cela aurait paru aussi absurde que ridicule. Et pourtant, nous voilà ici aujourd’hui en train de discuter des effets de l’activité humaine sur la terre. Dire que la vie a pris le contrôle de notre planète serait, de nos jours, une parfaite banalité. Or si la vie, à partir de quelques chétives molécules, est parvenue, au bout de quatre mille millions d’années, à dominer la terre au point d’influencer son évolution, qu’est-ce qui empêcherait l’intelligence, dans 40 000 millions d’années de dominer toute la galaxie au point d’influer également sur son évolution ? Les mécanismes par lesquels ce contrôle s’exercerait sont expliqués par diverses études
scientifiques, notamment celles menées par Tipler et Barrow, mais je vous épargne les détails concernant l’approche physique et mathématique de cette question. À savoir que l’intelligence, étant apparue dans l’univers, n’en disparaîtra jamais. Si, pour survivre, l’intelligence doit contrôler la matière et les forces de l’univers, elle le fera. J’ignore si c’est le but de l’univers. Je sais seulement que la vie n’est pas l’objectif, mais une étape nécessaire pour permettre l’apparition de l’intelligence.
Comment pourra-t-elle survivre à la fin de l’univers ?
Philosophie
p.291
Il vaut mieux un père qui cherche les secrets de l’univers dans les équations qu’un père qui ne sait pas ce qu’il cherche. La plupart des gens traversent la vie comme des somnambules. Ils veulent posséder, gagner de l’argent, consommer sans cesse. Les gens sont tellement grisés par l’accessoire qu’ils en oublient l’essentiel. Ils veulent une nouvelle voiture, une plus grande maison, des vêtements plus chic. Ils veulent perdre du poids, retrouver leur jeunesse, et rêvent d’impressionner les autres. Ils ont faim d’amour et ne le trouvent pas. C’est pour cela qu’ils se tournent vers l’accessoire. Les voitures, les maisons, les vêtements, les bijoux… toutes ces choses ne sont que des dérivatifs. Ils manquent d’amour et cherchent des substituts. Rien ne remplace l’amour. C’est pourquoi, lorsqu’ils achètent une voiture, une maison, un vêtement, leur satisfaction est éphémère. Et à peine les ont-ils achetés qu’ils cherchent déjà une nouvelle voiture, une nouvelle maison, un nouveau vêtement. Ils cherchent quelque chose qui ne se trouve pas là. Aucune de ces choses ne procure une satisfaction
durable parce qu’aucune d’elles n’est vraiment importante. Ils se démènent tous pour s’approprier
quelque chose qui se dérobe. Quand ils achètent ce qu’ils désirent, ils sentent en eux un vide. C’est parce qu’ils désiraient autre chose que ce qu’ils ont acheté. Ils veulent de l’amour, pas des objets. Ceux-ci ne sont que des ersatz, des accessoires qui masquent l’essentiel.
Le plus important, c’était de nous consacrer aux autres. De nous consacrer à la famille et à la communauté. Il n’y a que ça qui puisse nous combler. Il n’y a que ça qui ait du sens.
L’univers est conçu avec intelligence. Parfois, nous découvrons un détail curieux dans les mathématiques, une broutille qui, à première vue, semble parfaitement insignifiante. Mais plus tard, nous finissons par constater que cette curiosité numérique joue en fait un rôle fondamental dans la structuration d’un mécanisme de la nature. Le plus étrange dans la nature, c’est que tout est lié. Même des choses qui paraissent absolument étrangères… même ces choses sont liées. Quand nous réfléchissons, quelques électrons se déplacent dans notre cerveau. Et ces infimes mouvements finissent par influencer l’histoire de tout l’univers. Je me demande si nous ne sommes pas Dieu.
C’est comme si Dieu était notre corps et que nous étions les neurones de ce corps. Imagine mes neurones. Il est certain que chacun d’eux ignore qu’il fait partie d’une tranche pensante et consciente de mon corps. Chacun d’eux croit être séparé de moi, ne pas faire partie de moi, avoir sa propre individualité. Et pourtant, ma conscience est la somme de toutes ces individualités, lesquelles, du
reste, ne sont nullement des individualités, mais les parties d’un tout. Une cellule de mon bras ne pense pas, elle est comme une pierre dans la nature, elle n’a pas de conscience. Mais les neurones dans le cerveau, eux, pensent. Ils me voient peut-être comme si j’étais Dieu et ne s’aperçoivent pas que je suis la somme d’eux tous réunis. De la même façon, nous, les humains, sommes peut-être les neurones de Dieu et l’ignorons. Nous croyons être individuels, séparés du reste, alors que nous faisons partie du tout.
Il y a une certaine paix dans l’idée de la mort, chuchota-t-il. Mais, pour y arriver, nous devons faire
la paix avec la vie. Tu comprends ? Il nous faut pardonner aux autres. Et pour y parvenir, il nous faut
d’abord nous pardonner à nous-mêmes. Pardonne à toi-même et tu pardonneras aux autres. Nous avons peur de la mort parce que nous pensons ne pas faire partie de la nature, nous croyons que nous sommes une chose et que l’univers en est une autre. Mais tout meurt dans la nature. D’une certaine façon, nous sommes un univers, et c’est pourquoi nous mourons également.
L’univers est cyclique.
Les hindous croyaient que tout dans l’univers était cyclique, jusqu’à l’univers lui-même. L’univers naît, vit, meurt, entre dans la non-existence puis renaît, dans un cycle infini, dans un éternel retour. Tout est cyclique. Ils l’appellent le jour et la nuit de Brahman.
Ce qui fait le succès de ce roman, c'est l'ensemble pertinent des références utilisées. C'est sa recherche, sa réflexion sur la vie et sa structure, sur la philosophie, les religions et leurs concepts. D'en faire une histoire cohérente, documentée présente un élément de référence intéressant!
Albert Einstein:
p.10
Voyez-vous, notre cerveau est fait de matière, tout comme une table. Mais une table ne pense pas. Or notre cerveau n’est qu’une partie d’un organisme vivant, tout comme nos ongles, mais nos ongles ne pensent pas. Et notre cerveau, s’il est séparé du corps, ne pense pas non plus. C’est l’alliance du corps et de la tête qui permet de penser. Ce qui m’amène à l’hypothèse que l’univers est, dans son entier, un corps pensant.
p.11
Parce que la croyance est d’un concept anthropomorphique, une chimère forgée par l’homme pour tenter d’influencer son destin et lui offrir une consolation dans les moments difficiles. Comme nous ne pouvons pas dominer la nature, nous avons inventé cette idée qu’elle était gérée par un Dieu bienveillant et paternaliste qui nous écoute et nous guide. C’est une idée très réconfortante, n’est-ce pas ? Nous avons créé l’illusion que, si nous prions beaucoup, Il contrôlera la nature et satisfera nos désirs, comme par magie. Et quand les choses tournent mal, comme nous ne comprenons pas qu’un Dieu aussi bienveillant ait pu le permettre, nous disons que cela doit obéir à quelque dessein mystérieux et nous voilà rassurés.
Nous sommes l’une des millions d’espèces qui occupent la troisième planète d’une étoile périphérique d’une galaxie moyenne comptant des milliards de millions d’étoiles, et cette galaxie elle-même n’est qu’une des milliards de millions de galaxies qui existent dans l’univers. Comment voulez-vous que je crois en un Dieu qui se donnerait la peine, dans toute cette immensité aux proportions inimaginables, de s’intéresser à chacun de nous ?
S’Il est effectivement bon et tout-puissant, comme le prétendent les textes, pour quelle raison permet-Il au mal d’exister ? Pour quelle raison a-t-Il laissé se produire l’Holocauste, par exemple ? En y regardant bien, les deux concepts sont contradictoires. Si Dieu est bon, Il ne peut pas être tout puissant, puisqu’Il ne parvient pas à éliminer le mal. S’Il est tout-puissant, Il ne peut pas être bon, puisqu’Il permet au mal d’exister.
Il y a un paradoxe qui montre l’impossibilité de la toute-puissance, qu’on peut formuler ainsi : si
Dieu est tout-puissant, Il peut créer une pierre qui soit si lourde que Lui-même ne peut la soulever.
C’est justement là que surgit la contradiction. Si Dieu ne peut soulever la pierre, Il n’est pas tout-puissant. S’Il réussit à la soulever, Il n’est pas non plus tout-puissant puisqu’Il n’a pas pu créer une pierre qu’Il ne réussisse pas à soulever.
Conclusion, il n’existe pas de Dieu tout-puissant, c’est une invention de l’homme en quête de réconfort
p.12
Il est impossible de prouver l’existence de Dieu, tout comme il est impossible de prouver sa non-existence. Nous avons seulement la capacité de sentir le mystère, d’éprouver une sensation d’éblouissement face au merveilleux système qui régit l’univers.
Énergie Nucléaire
p.34
L’univers est constitué de particules élémentaires. On pensait au début que ces particules étaient les atomes, si bien qu’on leur donna ce nom. « Atome » vient du grec qui signifie « indivisible ». Sauf qu’au fil du temps, les physiciens se sont aperçus qu’il était possible de diviser l’indivisible. On a découvert qu’il existait des particules encore plus infimes, respectivement les protons et les neutrons, qui s’assemblent dans le noyau de l’atome, et l’électron, qui gravite autour comme un satellite, mais à une vitesse incroyable.
Imaginez que Lisbonne se réduise aux dimensions d’un atome. Dans ce cas, son noyau aurait la taille, disons, d’un de vos ballons de football, placé au centre de la ville. Et l’électron serait une bille évoluant dans un rayon de trente kilomètres autour de ce ballon, et capable d’en faire quarante mille fois le tour en moins d’une seconde. Mais si les atomes sont constitués par tant de vide, quand je
frappe cette table, ma main la heurte sans la traverser à cause des forces de répulsion entre les électrons, et par un élément qu’on appelle le principe d’exclusion de Pauli, selon lequel deux atomes ne peuvent avoir le même nombre quantique.
Toutes les particules interagissent entre elles à travers quatre forces. Quatre. La force de gravité, la force électromagnétique, la force forte et la force faible. La force de gravité, par exemple, est la plus faible de toutes, mais son rayon d’action est infini. Depuis la terre, on sent l’attraction de
la force de gravité du soleil et même celle du centre de la galaxie, autour de laquelle nous tournons.
Ensuite, il y a la force électromagnétique, qui allie la force électrique et la force magnétique. Le propre de la force électrique est que des charges opposées s’attirent et des charges semblables se repoussent. C’est ici que réside le problème. Les physiciens se sont aperçus que les
protons ont une charge positive. Mais la force électrique suppose que des charges semblables se
repoussent. Or, si les protons ont des charges semblables, puisqu’elles sont toutes positives, ils doivent obligatoirement se repousser. Finalement, on a découvert que, si on amplifiait les protons jusqu’à la taille d’un ballon de football, même si on les ceinturait avec une ligature métallique la plus résistante qui soit, la force électrique répulsive serait telle que cette ligature métallique se déchirerait comme du papier de soie. Ceci pour vous donner une idée de la puissance de force électrique qui éloigne les protons les uns des autres. Et pourtant, malgré toute cette force répulsive, les protons restent unis dans le noyau.
Quelle force extraordinaire pourrait dépasser la puissante force électrique ? Les physiciens se sont mis à étudier le problème et ont découvert qu’il existait une force inconnue. Ils l’ont appelée la force nucléaire forte. C’est une force si grande qu’elle est capable de maintenir les protons unis dans le noyau. En fait, la force forte est environ cent fois plus forte que la force électromagnétique. Si les protons étaient deux trains s’éloignant l’un de l’autre à une très grande vitesse, la force forte serait suffisante pour les maintenir l’un contre l’autre, et les empêcher de s’éloigner. Mais, malgré toute sa formidable puissance, la force forte a un rayon d’action très court, inférieur à la taille d’un noyau atomique. Si un proton réussit à s’échapper du noyau, alors il cesse d’être sous l’influence de la force forte et n’est plus soumis qu’à l’influence des autres forces.
Qu'est-ce que la force nucléaire? Les physiciens ont continué de creuser et ont découvert que, dans des conditions déterminées, il était possible de libérer l’énergie de la force forte contenue dans le noyau des atomes. On y parvient par le biais de deux processus, la scission et la fusion du noyau. En cassant un noyau ou en fusionnant deux noyaux, la prodigieuse énergie de la force forte qui unit le noyau se libère. Sous l’action des neutrons, les autres noyaux proches vont également être cassés, dégageant encore plus de force forte et provoquant ainsi une réaction en chaîne. Maintenant imaginez ce qui se produit quand son énergie est libérée en grande quantité. Il y a une libération de l’énergie des noyaux des atomes, où réside la force forte. On l’appelle, pour cette raison, une réaction nucléaire.
C’est ce qui se passe dans le soleil. La fusion nucléaire. Les noyaux des atomes ne cessent de
fusionner, libérant ainsi l’énergie de la force forte. On a longtemps pensé que cela ne pouvait se produire que dans la nature. Mais en 1934, un scientifique italien qui a travaillé à Los Alamos, du nom d’Enrico Fermi, a bombardé de l’uranium avec des neutrons. L’analyse de cette expérience a permis de découvrir que le bombardement avait généré des éléments plus légers que l’uranium. Mais comment était-ce possible ? La conclusion a été que le bombardement avait cassé le noyau d’uranium, ou, en d’autres termes, avait provoqué sa scission, permettant ainsi la formation d’autres éléments. On a compris alors qu’il était possible de libérer artificiellement l’énergie de la force forte, non pas par le biais de la fusion des noyaux, comme c’est le cas dans le soleil, mais par le biais de leur scission.
Approche de la mort
p.45
Nous vivons comme si notre vie était éternelle, comme si la mort était quelque chose qui n’arrivait qu’aux autres, une menace si lointaine que ça ne vaut pas la peine d’y penser. Pour nous, la mort n’est qu’une abstraction. En attendant, on se consacre à nos cours, aux activités futiles, on voit souffrir aux informations ou dans les séries télé. Gagner son salaire, à perdre sa femme. Notre vie est une perpétuelle distraction qui ne nous laisse même pas prendre conscience de ce dont elle distrait. Au fond, les gens traversent la vie comme des somnambules, ils poursuivent ce qui n’est pas important, ils veulent de l’argent et de la notoriété, ils envient les autres et s’emballent pour des choses qui n’en valent pas la peine. Ils mènent des vies dépourvues de sens. Ils se bornent à dormir, à manger et à s’inventer des problèmes qui les tiennent occupés. Ils privilégient l’accessoire et oublient l’essentiel. Mais le problème est que la mort n’est pas une abstraction. En réalité, elle est juste là, au coin de la rue. Un jour surgit un médecin qui nous dit : « vous allez mourir ». Et c’est là, quand soudain le cauchemar devient insupportable, qu’on se réveille enfin.
p.47
J'ai un corps. Je me réfère à lui comme si je disais : c’est ma télévision, c’est ma voiture, c’est
mon stylo. C’est une chose qui est à moi, c’est ma propriété. Mais si je dis que ce corps est à moi, j’admets par-là même que je suis distinct de celui-ci. Il est à moi, mais il n’est pas moi. Alors, que suis-je ? Je suis mes pensées, mon expérience, mes sentiments. Je suis une conscience. Mais alors,
est-ce cette conscience, ce « je » qui est moi, qu’on appelle l’âme ?
Le problème c’est que ce « je » qui me constitue est le produit de substances chimiques qui circulent dans mon corps, de transmissions électriques entre mes neurones, d’hérédités génétiques codifiées dans mon ADN, et d’innombrables facteurs extérieurs et intrinsèques qui déterminent ce que je
suis. Mon cerveau est une complexe machine électrochimique qui fonctionne comme un ordinateur et ma conscience, cette notion que j’ai de mon existence, est une sorte de programme. D’une
certaine façon, et littéralement, la cervelle est le hardware, la conscience le software. Est-ce qu’un ordinateur peut avoir une âme ? Et si l’être humain est un ordinateur très complexe, peut-il lui-même avoir une âme ? Quand tous les circuits sont morts, l’âme survit-elle ? Et où donc survit-elle ?
Ma mémoire est logée dans mon cerveau, stockée dans des cellules. Ces cellules font partie de mon corps. Lorsque mon corps meurt, les cellules de ma mémoire cessent d’être alimentées par l’oxygène et périssent également. Ainsi s’éteint toute ma mémoire, le souvenir de ce que je suis. Si tel est le cas, comment diable l’âme peut-elle se souvenir de ma vie ? Si l’âme n’a pas d’atomes, elle ne saurait conserver aucune cellule de ma mémoire, n’est-ce pas ? De toute façon, les cellules où la mémoire de ma vie était enregistrée sont, elles aussi, déjà mortes. Dans ces conditions, comment l’âme se rappellerait-elle quoi que ce soit ? Mais nous ne sommes pas des ordinateurs, nous sommes des individus, des êtres vivants. Parce que nous pensons, nous sentons, nous vivons. Pas les ordinateurs.
Mais, si tu demandais à un biologiste ce qu’est la vie, il te répondrait à peu près ceci : la vie est un ensemble de processus complexes fondés sur l’« atome de carbone ». Même le plus lyrique des biologistes reconnaîtrait, pourtant, que l’expression-clé de cette définition n’est pas « atome de carbone », mais « processus complexes ». Il est vrai que tous les êtres vivants que nous connaissons sont constitués par des atomes de carbone, mais ce n’est pas cela qui est véritablement structurant pour la définition de la vie. Il y a des biochimistes qui admettent que les premières formes de vie sur la terre ne reposent pas sur les atomes de carbone, mais sur les cristaux. Les atomes ne sont que la matière qui rend la vie possible. Peu importe qu’il s’agisse d’un atome A ou d’un atome B. Imagine qu’il y ait un atome A dans ma tête et que, pour quelque raison, il soit remplacé par un atome B. Est-ce que je cesserais d’être moi pour autant ? Ce qui fait que je suis moi, c’est un agencement, une
structure d’informations. Autrement dit, ce ne sont pas les atomes, mais la manière dont ils sont organisés. Sais-tu d’où vient la vie ? Les atomes qui composent mon corps sont exactement les mêmes que les atomes qui composent une table ou n’importe quelle galaxie lointaine. Ils sont tous pareils. La différence est dans la façon dont ils s’organisent.
Ce qui organise les atomes de manière à former des cellules vivantes, ce sont les lois de la physique. Tel est le coeur du problème. Comment un ensemble d’atomes inanimés peut-il former un système vivant ? La réponse se trouve dans l’existence des lois de complexité. Toutes les études ont montré que les systèmes s’organisent spontanément, de manière à créer des structures toujours plus complexes, obéissant à des lois physiques et exprimées par des équations mathématiques. D’ailleurs, un physicien a remporté le Prix Nobel pour avoir démontré que les équations mathématiques qui régissent les réactions chimiques inorganiques sont semblables aux équations qui établissent les règles de comportement simple des systèmes biologiques avancés. Autrement dit, les organismes vivants sont, en réalité, le produit d’une incroyable complexification des systèmes inorganiques. Et cette complexification ne résulte pas de l’activité d’une quelconque force vitale, mais de l’organisation spontanée de la matière. Une molécule, par exemple, peut être constituée par un million d’atomes reliés entre eux d’une manière très spécifique, et dont l’activité est contrôlée par des structures chimiques aussi complexes que celles d’une ville.
Le secret de la vie n’est pas dans les atomes qui constituent la molécule, mais dans sa structure, dans son organisation complexe. Cette structure existe parce qu’elle obéit à des lois d’organisation spontanée de la matière. Et, de la même manière que la vie est le produit de la complexification de la matière inerte, la conscience est le produit de la complexification de la vie. La complexité de l’organisation, voilà la question-clé, pas la matière. Ce qui fait l’identité de ce livre n’est pas la couleur des caractères, c’est une structure d’informations. Peu importe que l’encre soit noire ou rouge, ce qui compte c’est le contenu informatif du livre, sa structure. Je peux lire un Guerre et Paix imprimé en Times New Roman et un autre Guerre et Paix imprimé en Arial chez un autre éditeur, le livre sera toujours le même. Quelles que soient les circonstances, il s’agira de Guerre et Paix de Léon Tolstoï. Inversement, si j’ai un Guerre et Paix et un Anna Karénine imprimés avec la même police, par exemple Times New Roman, cela ne suffira pas à en faire le même livre. Ce qui est constitutif, donc, ce n’est ni la police ni la couleur des caractères, mais la structure du texte, sa sémantique, son organisation. La même chose se passe avec la vie. Peu importe que la vie repose sur l’atome de carbone ou sur des cristaux ou sur quoi que ce soit d’autre. Ce qui fait la vie c’est une structure d’informations, une sémantique, une organisation complexe. Qu’on prenne dans mon corps un atome A pour mettre à la place un atome B, si cette information est préservée, si cette structure reste intacte, alors je continuerai d’être moi. Même si on remplaçait tous mes atomes par d’autres, je continuerais d’être moi. D’ailleurs, il est aujourd’hui prouvé que presque tous nos atomes changent au long de notre vie. Et pourtant, je continue d’être moi. Prenons l’équipe du Benfica et changeons tous les joueurs. Cela n’empêchera pas le Benfica d’exister, de rester toujours le Benfica, indépendamment des joueurs sélectionnés. Ce qui fait le Benfica, ce n’est pas le joueur A ou B, c’est un concept, une sémantique. La même chose se passe avec la vie. Peu importe l’atome qui, à un moment donné, remplit la structure. L’essentiel, c’est la structure en soi. Dès lors que des atomes occupent la structure d’information qui définit mon identité et les fonctions de mes organes, la vie est possible. Si la vie est constituée par un agencement, une sémantique, une structure d’information qui se développe et interagit avec le monde extérieur, nous ne sommes, en fin de compte, qu’une sorte de programme. La matière est le hardware, notre conscience le software. Nous sommes un programme d’ordinateur très complexe et avancé. Certains biologistes ont défini l’être humain comme une machine de survie, une sorte de robot programmé aveuglément pour préserver ses gènes.
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Si on connaît le programme d’une sauterelle, si on sait ce qui l’attire et ce qui la repousse, ce qui la stimule et ce qui l’effraie, on peut prévoir tout son comportement. Les sauterelles ont des programmes relativement simples. Si X se produit, elles réagiront de manière A. Si Y se produit, elle réagiront de manière B. Exactement comme une machine élaborée par l’homme. Les sauterelles sont des machines naturelles. Les ordinateurs sont des machines artificielles. Mais comme nous avons une conception anthropocentrique de la nature, nous divisons tout en choses naturelles et en choses artificielles, en présupposant que les artificielles sont faites par l’homme et les naturelles par la nature, les plantes et les animaux. Mais cela n’est qu’une convention humaine. En vérité, si l’homme est un animal, tout comme l’oiseau, alors c’est une créature naturelle. Puisque l’homme est un produit de la nature, alors tout ce qu’il fait est aussi naturel. Ce n’est que par pur convention de langage qu’on a établi que les objets créés par l’homme étaient artificiels, alors qu’en réalité, ils sont tout aussi naturels que les objets créés par les oiseaux. Donc, étant des créations d’un animal naturel, les ordinateurs, tout comme les nids, sont naturels.
L’intelligence, c’est la capacité de faire des raisonnements complexes. L’intelligence est une forme élevée de complexité. Et il n’est pas nécessaire d’atteindre le degré d’intelligence humaine pour qu’il existe une conscience. Par exemple, les chiens sont beaucoup moins intelligents que les hommes, mais, si tu demandes à un maître si son chien a des émotions et une conscience des choses, il te dira oui sans hésiter. Le chien a des émotions et une conscience. Par conséquent, les émotions et la conscience sont des mécanismes qui existent à partir d’un certain degré de complexité de l’intelligence. Quand les ordinateurs atteindront ce degré de complexité, il deviendront émotifs et conscients... D’ailleurs, les ordinateurs sont déjà intelligents. Ils ne sont pas aussi intelligents que les humains, mais ils le sont plus qu’un ver de terre par exemple. Or, qu’est-ce qui distingue l’intelligence humaine de celle d’un ver de terre ? La complexité. Notre cerveau est beaucoup plus complexe que le sien. Tous deux obéissent aux mêmes principes, tous deux ont des synapses et des liaisons, sauf que le cerveau humain est incommensurablement plus complexe que celui du ver de terre… Un cerveau est une masse organique qui fonctionne exactement comme un circuit électrique. Au lieu d’avoir des fils, il a des neurones, au lieu d’avoir des puces, il a de la matière grise, mais c’est
absolument la même chose. Son fonctionnement est déterministe. Les cellules nerveuses déclenchent une impulsion électrique en direction du bras selon un ordre spécifique, à travers un circuit de courants prédéfinis. Un circuit différent produirait l’émission d’une impulsion différente. Exactement comme un ordinateur. les ordinateurs dépassent déjà les humains en termes de vitesse de calcul. Là où ils présentent de grosses déficiences, c’est dans la créativité. L’un des pères de l’ordinateur, un Anglais nommé Alan Turing, a établi que le jour où l’on parviendra à entretenir avec un ordinateur une conversation tout à fait identique à celle qu’on peut avoir avec n’importe quel être humain, alors ce sera le signe que l’ordinateur pense, la preuve qu’il a une intelligence de notre niveau. Tu sais, nous, les mathématiciens, nous croyons toujours que Dieu est un mathématicien et que l’univers est structuré selon des équations mathématiques. Ces équations, aussi complexes soient-elles, sont toutes résolubles. Si on ne parvient pas à en résoudre une, cela vient non pas du fait qu’elle est irrésoluble, mais de l’incapacité de l’intellect humain à la résoudre. Les théorèmes de Gödel suggèrent que les ordinateurs, aussi sophistiqués soient ils, seront toujours confrontés à des limites. Bien qu’il ne puisse montrer la cohérence d’un système mathématique, l’être humain parvient à comprendre que de nombreuses affirmations à l’intérieur du système sont vraies. Mais l’ordinateur, placé devant une telle contradiction irrésoluble, bloquera. Par conséquent, les ordinateurs ne pourront jamais égaler les êtres humains. La grande question est que nous pouvons présenter à l’ordinateur une formule que nous savons être vraie, mais que l’ordinateur, lui, ne peut pas prouver comme étant vraie. Mais il est exact que l’ordinateur peut faire la même chose. La formule n’est indémontrable que pour celui qui travaille à l’intérieur du système? Seul celui qui se trouve hors du système peut prouver la formule. C’est valable pour un ordinateur comme pour un être humain. Conclusion : il est possible qu’un ordinateur puisse être aussi intelligent que nous, sinon plus. si nous sommes des ordinateurs très sophistiqués, nous ne pouvons pas non plus en avoir. Notre conscience, nos émotions, tout ce que nous sentons est le résultat de la sophistication de notre structure. Quand nous mourons, les puces de notre mémoire et de notre intelligence disparaissent et nous nous éteignons. L’âme n’est qu’une invention, une merveilleuse illusion créée par notre ardent désir d’échapper à la mort.
Commentaire:
En ayant reçu une éducation judéo-chrétienne, une telle conclusion frappe les convictions personnelles, défait les paradigmes construits dans notre mental. Mais en prenant conscience que c'est en plein début d'un roman, en recherchant toujours la vérité avec discernement, on relativise l'impact d'une telle conclusion. C'est un très bon brassage d'idées pour lancer un suspense. Il faut donc continuer la lecture pour avancer dans la vision de l'auteur dans sa démarche!
La théorie du Tout
p.86
La recherche de la théorie du tout a commencé avec la théorie de la relativité. Jusqu’à Einstein, la physique reposait sur le travail de Newton, qui rendait parfaitement compte du fonctionnement mécanique de l’univers tel qu’il est perçu par les êtres humains. Mais il y avait deux problèmes liés à la lumière qu’on ne parvenait pas à résoudre. L’un était de savoir pour quelle raison un objet soumis à la chaleur émet de la lumière, et l’autre était de comprendre la valeur constante de la vitesse de la lumière.
Einstein exposa en 1905 sa théorie de la relativité restreinte, dans laquelle il établit un lien entre l’espace et le temps, en disant qu’ils sont tous les deux relatifs. Par exemple, le temps change parce qu’il y a un mouvement dans l’espace. L’unique chose qui n’est pas relative, mais absolue, c’est la vitesse de la lumière. Il a découvert qu’à des vitesses assez proches de la lumière, le temps ralentit et les distances se contractent.
La question est que, si tout est relatif, excepté la vitesse de la lumière, alors même la masse et l’énergie sont relatives. Plus encore que relatives, la masse et l’énergie sont les deux faces d’une même médaille.
E = mc
2
Comme vous le savez, la vitesse de la lumière est énorme. Le carré de la vitesse de la lumière est un nombre si élevé qu’il implique qu’une minuscule portion de la masse contienne une terrible quantité d’énergie. Cela signifie que votre corps contient assez de matière chargée d’énergie pour fournir en électricité une petite ville pendant tout une semaine. L’unique difficulté, c’est de transformer cette matière en énergie.Il est possible de faire une pierre à partir de l’énergie ? Théoriquement, c’est possible, bien que la transformation de l’énergie en masse soit quelque chose que normalement nous ne puissions observer. Mais cela arrive. Par exemple, si un objet se rapproche de la vitesse de la lumière, le temps se contracte et sa masse augmente. Dans cette situation, l’énergie du mouvement se change en masse.
Situation observable dans l’accélérateur de particules du CERN, en Suisse. Les électrons ont été soumis à une telle vitesse d’accélération que leur masse a augmenté quarante mille fois. On a même des photos des traces laissées par les chocs des protons.c’est pour ça qu’aucun objet ne peut atteindre la vitesse de la lumière. S’il le faisait, sa masse augmenterait infiniment, ce qui requérait une énergie infinie pour mettre cet objet en mouvement. Or, c’est impossible. C’est pourquoi on dit que la vitesse de la lumière est la vitesse limite de l’univers. Rien ne peut l’égaler, car, si un corps l’égalait, sa masse se multiplierait à l’infini.
La lumière est faite de particules appelées photons. Les photons sont des particules sans masse, ils se trouvent à l’état d’énergie pure et ne subissent pas le passage du temps. Comme ils se meuvent à la vitesse de la lumière, pour eux l’univers est intemporel. Du point de vue des photons, l’univers naît, croît et meurt dans le même instant.
Il y a non pas une, mais deux théories de la relativité.
Einstein présenta sa théorie de la relativité restreinte en 1905, où il explique une série de phénomènes physiques, mais pas la gravité. Le problème est que la relativité restreinte remettait en cause la description classique de la gravité. Newton croyait qu’une altération soudaine de la masse impliquait
une altération tout aussi soudaine de la force de gravité. Mais c’est impossible, car cela supposerait qu’il existe quelque chose de plus rapide que la vitesse de la lumière. Imaginons que le soleil explose à cet instant précis. La relativité restreinte prévoit qu’un tel événement ne sera perçu sur terre que huit minutes après, c’est-à-dire le temps que la lumière franchisse la distance entre le soleil et la terre. Newton, lui, croyait que l’effet serait concomitant. Au moment précis où le soleil exploserait, la terre en subirait l’impact. Or ceci est impossible, puisque rien ne se déplace plus vite que la lumière. Pour apporter une solution à ce problème et à d’autres, Einstein a exposé en 1915 sa théorie de la relativité générale, qui a résolu la question de la gravité en établissant que l’espace était courbe. Plus un objet a de masse, plus l’espace qui l’entoure est courbe et, par conséquent, plus la force de gravité qu’il exerce est grande. Par exemple, le soleil exerce plus de force de gravité sur un objet que la terre, de par sa masse importante.
L’espace se courbe:
Supposons que l’espace soit un drap étendu dans l’air entre nous deux. Imaginez que nous posions un ballon de foot au centre. Que se passe-t-il ? Le drap se courbe autour du ballon. Et si je lance une bille sur le drap, elle va être attirée par le ballon de foot. La même chose se passe dans l’univers. Le soleil est si grand qu’il courbe l’espace autour de lui. Si un objet extérieur s’en approche lentement, il se heurtera au soleil. Si un objet s’en approche à une certaine vitesse, comme la terre, il se mettra à tourner autour du soleil, sans buter dessus ni s’en éloigner. Et si un objet se déplace à très grande
vitesse, comme un photon de lumière, sa trajectoire à l’approche du soleil se courbera légèrement mais il réussira à s’éloigner et à poursuivre sa route. Au fond, voilà ce que dit la théorie de la relativité générale. Tous les objets distordent l’espace autour d’eux. Comme l’espace et le temps sont deux faces d’une même médaille, un peu comme l’énergie et la matière, cela signifie que les objets distordent aussi le temps. Plus un objet aura de masse, plus le temps sera lent près de lui.
(Référence:
Les Aventures d'Anselme Lanturlu Tome 5 : Tout est relatif, Jean Pierre Petit, 1985)
La physique de Newton est valable pour expliquer notre monde quotidien. Quand ils construisent des ponts ou qu’ils mettent un satellite en orbite autour de la terre, les ingénieurs recourent à la physique de Newton et de Maxwell. Les limites de cette physique classique n’apparaissent que lorsqu’on se penche sur des aspects qui ne font pas partie de notre expérience commune, comme par exemple les vitesses extrêmes ou l’univers des particules. Pour traiter du problème des grandes masses et des grandes vitesses, on se réfère aux deux théories de la relativité conçues par Einstein. Et, pour étudier le monde des particules, c’est la théorie quantique.
La relativité c’est pour les grands objets et la quantique pour les petits. Il faut toutefois souligner que le monde des microparticules présente des manifestations macroscopiques, ça va de soi.
La théorie quantique est née en 1900, lors d’une séance de travail de Max Planck sur la lumière émise par les corps chauds. Elle a été ensuite développée par Niels Bohr, qui a conçu le modèle théorique des atomes le plus connu, celui où les électrons gravitent autour du noyau de la même façon que les planètes tournent autour du soleil.
Ce sont les comportements excentriques des particules. Par exemple, certains physiciens sont arrivés à la conclusion que les particules subatomiques peuvent quitter un état d’énergie A pour un état d’énergie B, sans passer par une transition entre les deux. C’est très étrange et controversé. On appelle ça un saut quantique. C’est comme lorsqu’on monte les marches d’un escalier. On passe d’une marche à l’autre sans gravir de marche intermédiaire. Il n’y a pas de demi-marche. On saute de l’une à l’autre. D’aucuns prétendent que, dans le monde quantique, les choses se déroulent de la même façon au niveau de l’énergie. On passe d’un état à l’autre sans traverser de stade intermédiaire.
Nous savons que les microparticules font des bonds. Cela est admis. Il en est même certains qui pensent que, dans le monde subatomique, l’espace cesse d’être continu et devient granuleux. On y fait donc des bonds sans passer par un état intermédiaire…
On a découvert que la matière se manifeste à la fois par des particules et par des ondes. Tout comme l’espace et le temps, ou l’énergie et la masse, sont les deux faces d’une même médaille, les ondes et les particules sont les deux faces de la matière. Le problème s’est posé quand il a fallu
transformer tout ceci en une mécanique.
La physique a une mécanique, qui sert à prévoir les comportements de la matière. Dans les cas de la physique classique et de la relativité, la mécanique est déterministe. Si, par exemple, nous savons où se trouve la lune, dans quelle direction et à quelle vitesse elle se déplace, nous serons capable d’en déduire son évolution passée et future. Si la lune se déplace vers la gauche à mille kilomètres à l’heure, elle sera dans une heure à mille kilomètres vers la gauche. Voilà ce qu’est la mécanique. On peut prévoir l’évolution des objets, dès lors qu’on connaît leur position et vitesse respectives. Rien de plus simple. Mais, dans le monde quantique, on a découvert que les choses fonctionnaient d’une autre manière. Lorsqu’on connaît la position précise d’une particule, on ne parvient pas à mesurer sa vitesse exacte. Et quand on connaît sa vitesse exacte, on ne parvient pas à définir sa position précise. Cela s’appelle le principe d’incertitude, une idée qui a été formulée en 1927 par Werner Heisenberg. Le principe d’incertitude établit qu’on peut déterminer avec précision la vitesse ou la position d’une particule, mais jamais les deux à la fois. Je peux savoir quelles sont la position et la vitesse de la
lune, et ainsi être capable d’en déduire tous ses mouvements passés et à venir. Mais je n’ai aucun moyen de déterminer avec exactitude à la fois la position et la vitesse d’un électron, si bien que je ne peux pas en déduire ses mouvements passés ni à venir. Telle est l’incertitude. Pour la résoudre, la mécanique quantique a recouru au calcul des probabilités. Si un électron doit choisir entre deux trous par lequel passer, il y a cinquante pour cent de probabilité que l’électron passe par le trou de gauche et cinquante pour cent par celui de droite. Niels Borh a compliqué la chose en disant que l’électron passe par les deux trous en même temps. Il passe par celui de gauche et par celui de droite.
Ayant à choisir entre deux voies, l’électron passe simultanément par les deux, par le trou de gauche et par celui de droite. Autrement dit, il se retrouve à deux endroits en même temps !

C’est ce que la théorie quantique prévoit. Par exemple, si on met un électron dans une boîte divisée en deux compartiments, l’électron se retrouvera dans les deux en même temps, sous forme d’onde. Et si on l’observe dans la boîte, l’onde s’évanouira immédiatement et l’électron se transformera en particule dans un des compartiments. Mais si on ne l’observe pas, l’électron restera dans les deux compartiments sous forme d’onde. Et même si les deux compartiments étaient séparés et placés à des milliards d’années-lumière de distance, l’électron subsisterait dans les deux compartiments à la fois. Ce n’est qu’au moment où on l’observe dans un des compartiments que l’électron décide de quel côté il va rester.
Le rôle de l’observateur a été initialement établi par le principe d’incertitude. Heisenberg est arrivé à la conclusion qu’on ne pourrait jamais connaître avec précision et en même temps la position et la vitesse d’une particule à cause de la présence de l’observateur. La théorie a évolué au point que certains ont considéré que l’électron ne décide de l’endroit où il est que lorsqu’il existe un observateur.
C’est aussi ce que dirent les scientifiques, y compris Einstein. Le calcul étant devenu probabiliste,Einstein déclara que Dieu ne jouait pas aux dés, autrement dit, la position d’une particule ne pouvait pas dépendre de la présence d’observateurs et, surtout, de calculs de probabilité. La particule était soit à un endroit soit à un autre, mais elle ne pouvait pas être aux deux en même temps. L’incrédulité fut telle qu’un physicien, nommé Schrödinger, conçut une situation paradoxale pour mettre l’absurdité en évidence. Il imagina de placer un chat dans une boîte avec un flacon de cyanure fermé. Selon l’hypothèse quantique, il y avait cinquante pour cent de probabilité pour qu’un marteau brise ou non le flacon. Et d’après la théorie, les deux cas, également probables, pouvaient se produire en même temps dans la boîte toujours fermée, si bien que le chat se retrouvait simultanément vivant et mort, tout comme un électron se retrouvait simultanément dans les deux compartiments de la boîte tant qu’il n’était pas observé.

Le problème, c’est que cette théorie, aussi bizarre qu’elle paraisse, s’accorde avec toutes les données expérimentales. Tout scientifique sait parfaitement que les mathématiques, quand elles contredisent l’intuition, l’emportent presque toujours. C’est ce qui s’est passé, par exemple, lorsque Copernic a dit que la terre tournait autour du soleil et non l’inverse. L’intuition faisait croire que la terre était au centre, puisque tout semblait tourner autour d’elle. Face au scepticisme général, Copernic n’a trouvé d’alliés que parmi les mathématiciens, lesquels, avec leurs équations, ont constaté que seule l’hypothèse de la terre tournant autour du soleil concordait avec les mathématiques. Nous savons aujourd’hui que les mathématiques avaient raison. De même avec les théories de la relativité. Dans chacune d’elles, il y a beaucoup d’éléments qui sont contre-intuitifs, comme l’idée que le temps se dilate et autres bizarreries du même genre, mais en réalité ces concepts sont acceptés par les scientifiques parce qu’ils cadrent avec les mathématiques et les observations du réel. La même chose se passe ici. Il semble absurde de dire qu’un électron se trouve en deux endroits à la fois tant qu’il n’est pas observé, c’est contre-intuitif. Pourtant, cela s’accorde avec les mathématiques et avec toutes les expériences effectuées.

Einstein a refusé cette idée, pour une raison très simple. La théorie quantique ne cadrait pas avec sa théorie de la relativité. Autrement dit, l’une était valable pour comprendre l’univers des grands objets et l’autre pour expliquer le monde des atomes. Mais Einstein pensait que l’univers ne pouvait pas être géré par des lois différentes, les unes déterministes pour les grands objets et les autres probabilistes pour les petits. Il ne devait y avoir qu’un seul ensemble de règles. Il se mit ainsi en quête d’une théorie unificatrice qui présenterait les forces fondamentales de la nature comme les manifestations d’une force unique. Ses théories de la relativité réduisaient à une seule formule toutes les lois qui régissent l’espace, le temps et la gravité. Avec sa nouvelle théorie, il cherchait à rassembler en une seule équation les phénomènes de la gravité et de l’électromagnétisme. Il pensait que la force qui fait tourner un électron autour du noyau était du même ordre que celle qui meut la terre autour du soleil.
p.91
La théorie des champs unifiés
C’était la version de Einstein de la théorie du tout.
p.147
Existence/inexistence de Dieu
Je ne connais aucune preuve de l’existence de Dieu, mais, sachant ce que je sais de l’univers, je n’ai pas non plus la certitude qu’Il n’existe pas. Il toussa. Une partie de moi est athée. Dieu m’a toujours semblé n’être qu’une création humaine, une merveilleuse invention qui nous rassure et qui comble facilement les lacunes de notre connaissance. Par exemple, une personne passe sur un pont et celui-ci s’écroule. Comme personne ne sait pourquoi le pont s’est écroulé, tous attribuent ce phénomène à la volonté divine. Aujourd’hui, avec nos connaissances scientifiques, nous savons que le pont s’est écroulé non pas à cause de la volonté de Dieu, mais par suite d’une érosion des matériaux, ou d’un glissement de terrain, ou d’un excès de poids pour une telle structure, bref, il y a une véritable explication qui n’est pas d’origine divine. C’est ce qu’on appelle le Dieu-des-Lacunes. Lorsque nous ignorons quelque chose, nous invoquons Dieu et la chose devient explicable, alors qu’il existe d’autres explications plus réelles, même si nous ne les connaissons pas.
Le surnaturel, c’est ce que nous invoquons quand nous ignorons le fait naturel. Autrefois, une personne tombait malade et on disait qu’elle était possédée par les mauvais esprits. Aujourd’hui, la personne tombe malade et on dit qu’elle est possédée par des bactéries, un virus ou autre chose. La
maladie est la même, ce sont nos connaissances sur ses causes qui ont changé. Quand nous
ignorions les causes, nous invoquions le surnaturel. Maintenant que nous les connaissons, nous invoquons le naturel. Le surnaturel n’est rien d’autre qu’une illusion entretenue par notre méconnaissance du naturel.
Il n’y a que du naturel mal connu. L’athée en moi considère que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme, mais l’homme qui a créé Dieu. Tout ce qui nous entoure possède une explication. Je crois que les choses sont régies par des lois universelles, absolues et éternelles, omnipotentes, omniprésentes et omniscientes.
Il est vrai que les lois de l’univers présentent les mêmes attributs que ceux que l’on prête généralement à Dieu, mais c’est pour des raisons naturelles, non pour des raisons surnaturelles. Les lois de l’univers sont dotées de ces attributs parce que telle est leur nature. Par exemple, elles sont absolues parce qu’elles ne dépendent de rien, elles affectent les états physiques, mais ne sont pas affectées par eux. Elles sont éternelles parce qu’elles ne changent pas avec le temps, elles étaient les
mêmes dans le passé et continueront sans doute à être les mêmes dans l’avenir. Elles sont omnipotentes parce que rien ne leur échappe, leur force s’exerce sur tout ce qui existe. Elles sont omniprésentes parce qu’on les retrouve dans n’importe quel endroit de l’univers, il n’y a pas des lois qui s’appliquent ici et d’autres là-bas. Et elles sont omniscientes parce qu’elles exercent automatiquement leur force, sans avoir besoin que les systèmes les informent de leur existence.
(Attributs de Dieu: Omnipotent, omniscient)
L’origine des lois de l’univers constitue un grand mystère. C’est vrai que ces lois sont pourvues des mêmes attributs que l’on accorde habituellement à Dieu. Il toussa. Mais, attention, le fait que nous ne connaissions pas leur origine n’implique pas nécessairement qu’elles relèvent du surnaturel. Nous recourons au surnaturel pour expliquer ce que nous ne connaissons pas encore, mais qui a une explication naturelle. Si nous invoquons le surnaturel à chaque fois que nous ignorons quelque chose, nous faisons appel au Dieu-des-Lacunes. Dans quelque temps, on découvrira la véritable cause et nous passerons pour des idiots. L’Église, par exemple, n’a cessé d’utiliser le Dieu-des-Lacunes pour expliquer des choses qui jadis n’avaient pas d’explication, mais elle a ensuite dû se renier lorsque des découvertes démentaient l’explication divine. Copernic, Galilée, Newton et Darwin sont les cas les plus connus. Quoi qu’il en soit, la question des origines des lois de l’univers reste quelque chose que nous ne pouvons pas expliquer. D’ailleurs, l’univers présente un certain nombre de propriétés qui m’empêchent d’affirmer catégoriquement que Dieu n’existe pas. La question de l’origine des lois fondamentales est l’une d’entre elles. Son existence nous rappelle qu’il se cache un grand mystère derrière l’univers.
Le déterminisme
p.153
« La Nature cache son secret à cause de son essence majestueuse, jamais par malice. »
Einstein se réfère ici à une caractéristique inhérente à l’univers, à savoir la manière dont les mystères les plus profonds sont habilement dissimulés. On a beau s’efforcer de percer l’énigme, on se heurte toujours à une subtile barrière qui empêche de l’élucider complètement.
Prenons la question du déterminisme et du libre arbitre. Voilà un problème que la philosophie se pose depuis longtemps, et qui a été repris par la physique et les mathématiques.
(Nos décisions sont libres ou pas)
Jusqu’à quel point sommes-nous vraiment libres ? Si nous examinons leur origine profonde, les décisions que nous croyons prendre librement ne sont-elles pas conditionnées par un nombre incalculable de facteurs, dont l’existence nous échappe le plus souvent ? Le libre arbitre n’est-il qu’une illusion ? Et si tout était déterminé, sans que nous en ayons conscience ?
Le premier grand défenseur du déterminisme fut un Grec nommé Leucippe. Il affirmait que rien n’arrive par hasard et que tout a une cause. Platon et Aristote, en revanche, pensaient autrement et laissaient une place au libre arbitre, un point de vue que l’Église adopta. Puisque l’homme disposait d’un libre arbitre, Dieu n’était plus responsable du mal commis dans le monde. Durant des siècles, l’idée a donc prévalu que les êtres humains étaient dotés d’un libre arbitre. C’est seulement avec Newton et le progrès des sciences que le déterminisme fut remis à l’honneur, au point que l’un des plus grands astronomes du XVIIe siècle, le marquis Pierre Simon de Laplace, en élabora une importante théorie. Il observa que l’univers obéissait à des lois fondamentales et en déduisit que si nous connaissions ces lois et savions la position, la vitesse et la direction de chaque objet et de chaque particule existant dans l’univers, nous serions en mesure de connaître tout le passé et tout l’avenir, puisque tout est déjà déterminé. On appelle cette hypothèse le démon de Laplace. Tout est déterminé.

Einstein admettait ce point de vue et les théories de la relativité furent conçues selon le principe que l’univers était déterministe. Mais les choses se compliquèrent quand apparut la théorie quantique, qui
instaura une vision indéterministe dans le monde des atomes. La formulation de l’indéterminisme quantique est due à Heisenberg qui, en 1927, constata qu’il était impossible de déterminer en même temps, de manière rigoureuse, la vitesse et la position d’une microparticule. Ainsi naquit le principe
d’incertitude: Le comportement des grands objets est déterministe, le comportement des petits est indéterministe. Aujourd’hui encore, c’est le grand rêve de la physique. Les scientifiques recherchent une théorie qui, entre autres choses, unirait la théorie de la relativité et la théorie quantique et résoudrait le problème du déterminisme ou de l’indéterminisme de l’univers. Mais il est essentiel de noter une chose. Le principe d’incertitude affirme qu’il est impossible de définir avec précision le comportement d’une particule à cause de la présence de l’observateur. Certains physiciens dirent qu’une particule ne décidait de l’endroit qu’elle occupait qu’au moment où apparaissait un observateur. C’est l’histoire de l’électron qui, lorsqu’on le met dans une boîte divisée en deux compartiments, se retrouve dans ces deux compartiments en même temps, et c’est seulement quand quelqu’un soulève le couvercle que l’électron décide de rester dans l’un ou dans l’autre… Ils imaginèrent divers exemples pour montrer l’absurdité de cette idée, le plus célèbre étant celui du chat de Schrödinger. Donc, Schrödinger démontra que si une particule pouvait être en deux endroits à la fois, alors un chat pouvait être vivant et mort en même temps, ce qui est absurde.
La question est de savoir si l’interprétation est correcte.– Comment ça ? Si elle cadre, c’est parce qu’elle est correcte.
Il y a une subtilité inhérente à l’univers. Heisenberg a établi qu’il était impossible de déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’un corpuscule à cause de l’influence exercée par l’observateur. C’est ce constat qui a conduit à affirmer que l’univers des microparticules était indéterministe. Autrement dit, on ne peut pas déterminer leur comportement. Mais cela ne signifie pas que ce comportement soit indéterministe.
Heisenberg a d’abord postulé qu’il était impossible de déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’une particule à cause de la présence de l’observateur. Je répète, à cause de la présence de l’observateur. Voilà le point crucial. Le principe d’incertitude n’a jamais établi que le comportement des microparticules était indéterministe. Il affirme seulement que ce comportement ne peut être déterminé à cause de la présence de l’observateur et de son influence sur les particules observées. En d’autres termes, les microparticules ont un comportement déterministe, mais indéterminable.
Le principe d’incertitude implique également qu’on ne pourra jamais prouver que le comportement de la matière est déterministe, puisque, dès lors qu’on s’y efforce, l’influence exercée par l’observation empêche d’obtenir cette preuve.
Personne ne comprenne qu’il s’agissait d’un problème de sémantique, né de la confusion entre le mot indéterministe et le mot indéterminable. L’essentiel est que le principe d’incertitude, en niant la possibilité qu’on puisse un jour connaître tout le passé et tout l’avenir, a mis en évidence une subtilité fondamentale de l’univers. C’est comme si l’univers nous disait ceci : l’histoire est déterminée depuis l’aube des temps, mais vous ne pourrez jamais le prouver ni connaître cette histoire avec précision. Voilà la subtilité. Le principe d’incertitude nous révèle que, même si tout est déterminé, la réalité dernière reste indéterminable. L’univers cache son mystère derrière cette subtilité.
L’univers cache son secret, mais il le fait à cause de son immense complexité.
Le chaos
p.158
On a dit que l’univers quantique qui était indéterminable… Cela contredit toutes les hypothèses précédentes. La théorie de la relativité et la physique classique de Newton sont bien déterministes. Toutes les deux établissent que le comportement de la matière est prévisible… Si je connais la position, la vitesse et la direction de la lune, je peux calculer avec précision tous ses mouvements passés et à venir. C’est bien là de la prévisibilité.
Pour quelle raison ne parvient-on pas à prévoir avec exactitude l’étatdu temps ? Pour quelle raison le bulletin météorologique annonçait pour aujourd’hui un ciel dégagé alors que je vois ces nuages passer, démentant la prévision ? En 1961, un météorologiste nommé Edward Lorenz s’est assis devant son ordinateur pour tester des prévisions climatiques à long terme en fonction de trois variantes : la température, la pression de l’air et la vitesse du vent. L’expérience n’aurait rien révélé de particulier s’il n’avait pas cherché à examiner une certaine série de manière plus approfondie. Une séquence anodine, presque insignifiante. Au lieu d’introduire une certaine donnée dans le même programme, il a consulté une copie de l’expérience initiale et a reporté le nombre obtenu.
Voici quatre chiffres: 0,506
Lorenz a découvert sur plusieurs autres jours que la nouvelle prévision météorologique était totalement différente de la version antérieure. Intrigué, il a cherché à comprendre ce qui s’était passé. Après avoir tout analysé, il s’est aperçu qu’en introduisant cette donnée, il n’avait reporté que quatre chiffres d’une série plus longue: 0, 506127
Telle était la série complète initiale. Face à ce résultat, il a pris conscience qu’une altération
infinitésimale des données, une quantité infime, presque négligeable, changeait totalement la prévision. C’était comme si une insignifiante rafale de vent imprévue avait le pouvoir de modifier l’état du temps sur toute la planète. Lorenz a découvert le chaos.

La théorie du chaos est l’un des plus fascinants modèles mathématiques qui soit et permet d’expliquer de nombreux phénomènes dans l’univers. L’idée fondamentale des systèmes chaotiques est simple à formuler. De petites altérations dans les conditions initiales provoquent de profondes altérations dans le résultat final. Autrement dit, petites causes, grands effets. L’exemple le plus célèbre est celui qu’on nomme « effet papillon ». Le battement d’aile d’un papillon modifie imperceptiblement la pression de l’air autour de lui. Cette infime modification entraîne un effet domino sur les molécules d’air, qui va en s’amplifiant, au point de provoquer, au bout d’un certain temps, une tempête en Amérique. Voilà ce qu’est l’effet papillon. À présent, ajoutez à l’effet de ce petit papillon celui de tous les papillons, de tous les animaux, de tout ce qui bouge et respire au monde. Qu’en résulte-t-il ?
L’imprévisibilité. Ce qui nous ramène à l’indéterminable. Le comportement de la matière continue à être déterministe. Ce qui se passe, c’est que la matière s’organise de telle manière qu’il est impossible de prévoir son comportement à long terme, bien qu’il soit déterminé à l’avance. On peut dire que le comportement des systèmes chaotiques est causal, mais semble casuel.
La théorie du chaos est présente partout. Partout. Si dans le monde quantique nous ne pouvons pas prévoir avec précision le comportement des microparticules, c’est peut-être parce qu’il est chaotique. Leur comportement est déterminé, mais les fluctuations de leurs conditions initiales sont si infimes qu’il nous est impossible d’anticiper leur évolution. Voilà pourquoi, pour des raisons pratiques,
le monde quantique nous semble indéterministe. En réalité, les microparticules ont un comportement déterministe, sans que nous puissions le déterminer. Je pense que cela est dû pour une part à l’influence de l’observation, ainsi que l’établit le principe d’incertitude, mais aussi à cette zone indéterminable inhérente aux systèmes chaotiques.
Le système solaire lui-même, qui semble avoir un comportement prévisible est, en réalité, un système chaotique. Seulement, on ne s’en aperçoit pas parce qu’il s’agit de mouvements très lents. Mais le système solaire est chaotique. Une projection faite par ordinateur établit, par exemple, que si la terre se mettait à tourner en orbite autour du soleil à seulement cent mètres de distance du point où effectivement elle a commencé à le faire, au bout de cent millions d’années elle s’éloignerait de quarante millions de kilomètres de sa trajectoire initiale. Petites causes, grands effets.
Même nos vies sont gérées par le chaos. Imagine, par exemple, que tu prennes ta voiture et qu’avant de démarrer, tu t’aperçoives qu’un pan de ton manteau est resté coincé dans la portière. Que fais-tu ? Tu ouvres la portière, tu rentres le pan de ton manteau, tu refermes la portière et tu démarres. Cette opération t’a pris cinq secondes. Lorsque tu arrives au premier croisement surgit un camion qui t’emboutit. Résultat, tu te retrouves paraplégique pour le restant de tes jours. Maintenant imagine que le pan de ton manteau ne soit pas resté coincé dans la portière. Que se passe-t-il ? Tu démarres directement ta voiture et tu arrives au croisement cinq secondes plus tôt. Tu regardes à droite, tu vois le camion s’approcher, tu le laisses passer et tu poursuis ta route. Voilà ce qu’est la théorie du chaos. À cause du pan de ton manteau coincé dans la portière de ta voiture, tu as perdu cinq secondes qui vont changer le reste de ta vie.
Tout le passé et tout l’avenir existent déjà et si l’on connaissait toutes les lois et si l’on parvenait à définir avec précision, et simultanément, la vitesse, la direction et la position de toute la matière, on pourrait voir tout le passé et tout l’avenir. En théorie, c’est possible. C’est dans la pratique que ça ne l’est pas. Si nous pouvions tout savoir sur l’état présent de l’univers, nous réussirions à déterminer le passé et le futur, dès lors que tout est déterminé. Mais même du point de vue théorique, il est impossible de tout savoir sur l’état présent de l’univers.

Le paradoxe de Zénon
Il s’agit de cette histoire de course entre une tortue et un lièvre. La tortue part en premier, mais le lièvre, qui est beaucoup plus rapide, la rattrape vite et la dépasse. Le problème est que, selon Zénon, le lièvre ne pourra jamais rattraper la tortue parce que l’espace qui les sépare est infiniment divisible.
Le paradoxe de Zénon illustre le problème mathématique de l’infini. Pour avancer d’un mètre, le lièvre doit parcourir la moitié de cette distance. Et cette moitié est également divisible par une autre moitié, et cette autre moitié par encore une autre moitié, et ainsi de suite à l’infini. L’infini est un problème incontournable concernant la question de la prévisibilité. Revenons à l’exemple de l’état du temps. La prévision à long terme est rendue impossible par deux types de facteurs. L’un est éminemment pratique. Même si je connaissais tous les facteurs qui influencent l’état du ciel, il me faudrait les considérer tous. La respiration de chaque animal, le mouvement de tous les êtres vivants, l’activité solaire, une éruption volcanique, la fumée rejetée par chaque voiture, chaque cheminée, chaque usine, tout. Or, je me heurte à l’impossibilité pratique de prendre en compte tous ces facteurs à la fois. Le second type de facteurs est lié au problème de l’infini. Par exemple, imaginons que je doive mesurer la température globale à un moment donné afin de pouvoir effectuer des extrapolations. Supposons que je place ici un thermomètre et que j’enregistre à midi une valeur de…20°. Mais, en réalité, cette mesure reste incomplète. Elle ne prend en compte que les unités. Or, nous savons que de petites altérations dans les conditions initiales en traînent de grandes altérations dans les conditions finales. Dès lors, il est essentiel de connaître les factions décimales de cette mesure.
Modifions le nombre: 20 , 793 °
Donc, il me faut ajouter les fractions suivantes, aussi infimes soient-elles, vu que la moindre altération peut produire de gigantesques effets.
20 , 793679274027934288722 °
Le chiffre qui vient après peut également être crucial. La mesure devrait comporter un nombre infini de chiffres. Or cela est impossible. Donc, on aura beau aligner autant de chiffres qu’on voudra, jamais on ne pourra savoir avec exactitude la température dans un lieu et à une heure déterminée, puisqu’il faudrait faire un calcul qui intégrerait une infinité de données.
Mais la température observable sur cette table peut être légèrement différente de celle qu’on peut relever là, à seulement un mètre de distance. Il faudrait donc mesurer tous les espaces la ville. Or ça n’est pas possible. Tout comme dans le paradoxe de Zénon, il est facile de constater que chaque mètre est infiniment divisible. Il me faudrait mesurer la température de tous les points de l’espace pour pouvoir connaître les conditions initiales. Mais comme la distance entre chaque point, aussi infime soit-elle, est toujours divisible par sa moitié, je ne pourrais jamais mesurer tout l’espace. Et la même chose s’applique au temps. La différence entre une seconde et la suivante est infiniment divisible. Or, entre les deux, il peut se produire de subtiles variations de température qu’il faudrait mesurer. Mais comme la division du temps est également infinie, selon le principe énoncé par Zénon, on ne pourra jamais obtenir cette mesure. Le raisonnement qui fonde le paradoxe de Zénon nous montre qu’il existe autant d’espace dans un mètre que dans l’univers tout entier, autant de temps dans une seconde que dans toute l’éternité, et c’est là une propriété mystérieuse de l’univers.
Les théorèmes de l’incomplétude de Gödel
Les théorèmes de l’incomplétude montraient qu’un système mathématique ne pouvait prouver toutes ses affirmations. Les théorèmes de l’incomplétude ont dévoilé une nouvelle caractéristique de l’univers. À travers ces théorèmes, l’univers nous dit la chose suivante : vous, les êtres
humains, vous savez que certaines choses sont vraies, mais vous ne pourrez jamais le prouver à cause de la manière majestueuse dont moi, l’univers, j’ai dissimulé le reste de la vérité. Vous pourrez connaître une grande partie de cette vérité, mais les choses sont conçues d’une telle façon que vous ne parviendrez jamais à l’appréhender toute entière.
Le principe d’incertitude, les systèmes chaotiques et les théorèmes de l’incomplétude ont une signification profonde, en nous révélant d’incroyables subtilités dans le fonctionnement de l’univers. Tout le cosmos repose sur les mathématiques. Les lois fondamentales de l’univers s’expriment par des équations et des formules mathématiques, les lois de la physique sont des algorithmes nécessaires au processus de l’information et le secret de l’univers se trouve codé en langage mathématique. Tout est relié, même ce qui ne le paraît pas. Mais le langage mathématique lui-même ne peut décrypter totalement ce code. Telle est la propriété la plus énigmatique de l’univers : la manière dont celui-ci dissimule la vérité dernière. Tout est déterminé, mais tout est indéterminable. Les mathématiques sont le langage de l’univers, mais nous n’avons aucun moyen de le prouver sans qu’un doute ne subsiste. Lorsque nous allons au fond des choses, nous découvrons toujours un étrange voile qui cache les dernières facettes de l’énigme. Le Créateur a masqué sa signature. Les choses sont conçues d’une façon si subtile qu’il est impossible de déchiffrer intégralement leur secret le plus profond.
Alpha et Omega
p.167
En astrophysique, qu’est-ce que le point Alpha ? C’est le commencement de l’univers.
Et le point Oméga ? C’est la fin de l’univers.
L’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin, la naissance et la mort de l’univers.
Pour quelle raison l’univers doit-il avoir un commencement et une fin ? Qu’est-ce qui empêche
l’univers d’être éternel ? Pourrait-il être éternel ? Un univers d’une durée infinie, sans commencement ni fin, un univers qui a toujours existé et qui existera toujours. Comment pensez-vous que l’Église réagisse face à ce concept ? La question du commencement et de la fin de l’univers n’est pas une question exclusivement scientifique, c’est aussi un problème théologique. Une interrogation
essentielle, qui dépasse les frontières de la physique, qui relève de la métaphysique ou de la religion. Y a-t-il eu ou non Création ? En s’appuyant sur les textes de la Bible, l’Église a toujours soutenu l’idée d’un commencement et d’une fin, d’une Genèse et d’une Apocalypse, d’un Alpha et d’un Oméga. Mais la science, à un moment donné, a proposé une autre réponse. Après les découvertes de Copernic, de Galilée et de Newton, les scientifiques ont considéré que l’hypothèse d’un univers éternel était plus probable. D’un côté, le problème de la Création renvoie à celui d’un Créateur, et donc, en éliminant la Création, on élimine aussi la nécessité d’un Créateur. De l’autre, l’observation de l’univers semble indiquer un mécanisme constant et régulier, étayant l’idée que ce mécanisme a toujours existé et continuera d’exister. Par conséquent, le problème est résolu.
Est-il possible de démontrer le contraire ? Cette question renvoie à un problème crucial : le fait que les observations contredisent la théorie. La première contradiction apparaît dans la Bible, même si elle n’a guère de valeur au regard de la physique, bien entendu. Mais c’est une curiosité qui mérite le détour. Selon l’Ancien Testament, Dieu créa l’univers dans une explosion de lumière. Cette explication reste le modèle de référence pour les religions judaïque, chrétienne et musulmane, bien qu’elle ait été fortement remise en question par la science. La thèse de l’univers éternel devint ainsi l’explication la plus vraisemblable. Mais, au XIXe siècle, on fit une découverte d’une haute importance, l’une des plus grandes jamais réalisées par la science, une révélation qui vint mettre en cause l’idée d’un univers d’une durée infinie.
Δ S univers > 0
C'est la deuxième loi de thermodynamique. Le triangle signifie variation, « S », entropie, « > »
représente, comme vous le savez, le concept de plus grand, et « 0 », c’est bien sûr zéro. Autrement dit, cette équation postule que la variation de l’entropie de l’univers est toujours supérieure à zéro. Qui l’a formulée ? Clausius en 1861. Clausius avait auparavant formulé la loi de conservation de l’énergie, affirmant que l’énergie de l’univers est une éternelle constante, ne pouvant jamais être créée ni détruite, mais seulement transformée. Ensuite, il décida de proposer le concept d’entropie, qui englobe toutes les formes d’énergies et de température, croyant qu’elle aussi était une éternelle constante. L’univers étant éternel, l’énergie devait être éternelle et l’entropie également. Mais, après avoir effectué des mesures, il découvrit, stupéfait, que les déperditions de chaleur d’une machine excédaient toujours la transformation de la chaleur en énergie, provoquant une dégradation. Refusant d’accepter ce résultat, il se mit à mesurer les processus naturels, le corps humain inclus, et parvint à la conclusion que le phénomène se vérifiait dans tous les domaines. Après de nombreux tests, il dut se rendre à l’évidence. L’entropie n’était pas une constante, ou plutôt elle ne faisait qu’augmenter. Sans cesse. Ainsi naquit la deuxième loi de thermodynamique. Clausius détecta l’existence de cette loi dans le comportement thermique, mais le concept d’entropie s’étendit rapidement à tous les
phénomènes naturels. On comprit que l’entropie existait dans tout l’univers.
La deuxième loi de thermodynamique vint prouver trois choses. La première c’est que, si les choses vieillissent, alors il y a un point dans le temps où elles mourront. Cela arrivera quand l’entropie atteindra son point maximum, au moment où la température se dispersera uniformément dans l’univers. La seconde est qu’il existe une flèche du temps. Autrement dit, l’univers et son histoire peuvent être déterminés depuis toujours, mais leur évolution s’effectuera constamment du passé vers le futur. Cette loi implique que tout a évolué avec le temps. La troisième chose prouvée par la deuxième loi de thermodynamique est que, puisque tout vieillit, il y a eu un moment où tout était jeune. Mieux encore, il y a eu un moment où l’entropie était à son minimum. Le moment de la naissance. Clausius a démontré qu’il y a eu une naissance de l’univers. Lorsque la deuxième loi de thermodynamique a été formulée et démontrée, les scientifiques comprirent que l’idée d’un univers éternel était incompatible avec l’existence de processus physiques irréversibles. L’univers évolue vers un état d’équilibre thermodynamique, où les zones chaudes et froides tendent à s’effacer au profit d’une température constante générale, ce qui implique une entropie totale, ou un maximum de désordre. En clair, l’univers évolue d’un ordre complet vers un désordre total. Et cette découverte entraîna l’apparition de nouveaux indices.
Le paradoxe d’Olbers
Le paradoxe d’Olbers est lié à l’obscurité du ciel. Si l’univers est infini et éternel, alors il ne peut y avoir d’obscurité la nuit, puisque le ciel doit être inondé par la lumière provenant d’un nombre infini d’étoiles. Mais l’obscurité existe, ce qui est un paradoxe. Ce paradoxe ne peut être résolu que si l’on attribue un âge à l’univers, postulant ainsi que la Terre reçoit uniquement la lumière qui a eu le temps de voyager jusqu’à elle depuis la naissance de l’univers. C’est la seule explication pour justifier le fait qu’il existe de l’obscurité la nuit.
Les scientifiques pensaient quel’univers, étant éternel, était également statique, et c’est sur ce postulat que repose toute la physique de Newton. Newton lui-même, d’ailleurs, avait comprit que sa loi de la gravité, qui établit que toute la matière attire la matière, avait pour ultime conséquence que l’univers était amalgamé en une grande masse. La matière attire la matière. Et, pourtant, quand on regarde le ciel, on s’aperçoit que ce n’est pas ainsi que les choses se passent. La matière est distribuée. Selon Newton, c’est le fait que l’univers soit infini qui empêche la matière de s’amalgamer complètement. Mais la vraie réponse a été donnée par Hubble. Dans les années vingt, Edwin Hubble confirma l’existence de galaxies au delà de la Voie Lactée, et, après avoir mesuré le spectre de la lumière qu’elles émettaient, il s’aperçut que toutes s’éloignaient de nous. Mieux encore, il vérifia que plus une galaxie était loin, plus vite elle s’éloignait. C’est ainsi que l’on a compris la vraie raison pour laquelle, conformément à la loi de la gravité, toute la matière de l’univers ne s’amalgamait pas en une seule et unique masse. C’est parce que l’univers est en expansion. Quelle est la conséquence de cette découverte sur le problème du point Alpha ? Si toute la matière de l’univers se disperse, c’est qu’elle a été rassemblée dans le passé.
La découverte de l’univers en expansion implique qu’il y a eu un moment initial où tout était concentré avant d’être projeté dans toutes les directions. Du reste, les scientifiques constatèrent que
cela cadrait avec la théorie de la relativité générale, dont découlait le concept d’un univers dynamique. Or, en s’appuyant sur toutes ces découvertes, un prêtre belge, nommé Georges Lemaître, avança une nouvelle idée dans les années vingt.
Big Bang
Le Big Bang. La grande explosion. Lemaître a suggéré que l’univers était né d’une brusque explosion initiale. L’idée était extraordinaire et résolvait d’un seul coup tous les problèmes liés au concept d’un univers éternel et statique. Le Big Bang s’accordait avec la deuxième loi de thermodynamique, solutionnait le paradoxe d’Olbers, expliquait l’actuelle configuration de l’univers soumis aux exigences de la loi de la gravité de Newton et cadrait avec les théories de la relativité d’Einstein. L’univers a commencé par une grande explosion soudaine… bien que l’expression la plus appropriée ne soit peut-être pas explosion, mais expansion.Il n’y avait pas d’avant. L’univers a commencé avec le Big Bang. Nous ne parlons pas
ici d’un espace vide qui aurait commencé à se remplir. Le Big Bang implique qu’il n’y avait aucun espace antérieur. L’espace est né avec la grande expansion soudaine. Or, les théories de la relativité établissent que l’espace et le temps sont les deux faces d’une même médaille. Dès lors, la conclusion est logique. Si l’espace est né avec le Big Bang, le temps est également issu de cet événement primordial. Il n’y avait pas d’avant parce que le temps n’existait pas. Le temps commença avec l’espace, qui débuta avec le Big Bang. Demander ce qu’il y avait avant le temps, c’est comme demander ce qu’il y a au nord du pôle Nord. Ce problème du moment initial est, du reste, le plus complexe de toute la théorie. On l’appelle une singularité. On pense que tout l’univers était comprimé en un point infime d’énergie et que, soudain, il y a eu une éruption, pendant laquelle a surgi la matière, l’espace, le temps et les lois de l’univers.
C’était le point le plus délicat de toute la théorie, le plus difficile à expliquer ; pas seulement parce que les explications étaient contre-intuitives, mais aussi parce que les scientifiques eux-mêmes restaient encore perplexes devant ce problème.
Le mécanisme causal: Tous les événements ont des causes et leurs effets deviennent des causes d’événements à venir. Le processus cause-effet-cause implique une chronologie. D’abord se produit la cause, puis l’effet. Puisque le temps n’existait pas encore dans ce point infime, comment un événement aurait pu en générer un autre ? Il n’y avait pas d’avant ni d’après. En conséquence, il n’y avait pas de causes ni d’effets, parce qu’aucun événement ne pouvait en précéder un autre.
Le fait est qu’excepté ce problème de la singularité initiale, cette théorie résout les paradoxes posés par l’hypothèse de l’univers éternel. Mais il y a eu des scientifiques qui, comme certains d’entre vous, n’ont pas été satisfaits par le Big Bang et ont cherché une explication alternative. L’hypothèse la plus intéressante qu’on ait proposée est la théorie de l’univers en état permanent, reposant sur l’idée que la matière de faible entropie est en création constante. Au lieu que la matière surgisse en totalité d’une grande expansion initiale, elle apparaîtrait graduellement, par petites éruptions au fil du temps, compensant la part de matière qui meurt à son point maximum d’entropie. Si c’est le cas, l’univers peut être éternel. Cette possibilité a sérieusement été envisagée par la science, à tel point que, pendant longtemps, la théorie de l’univers en état permanent était présentée sur le même pied d’égalité que la théorie du Big Bang.
En considérant cette grande expansion initiale, les scientifiques ont pensé qu’il devait exister une radiation cosmique de fond, une sorte d’écho de cette éruption primordiale de l’univers. L’existence de cet écho a été présentée en 1948 et on lui attribuait une température d’environ cinq degrés Kelvin, autrement dit, cinq degrés au-dessus du zéro absolu. Mais où diable se trouvait cet écho ? On avait beau chercher, on ne trouvait rien. Jusqu’à ce qu’en 1965, deux astrophysiciens américains qui achevaient un travail expérimental au moyen d’une grande antenne dans le New Jersey, captent soudain un bruit de fond désagréable, comme un sifflement de cocotte minute. Ce bruit agaçant
semblait venir de tous les points du ciel. Les deux chercheurs avaient beau tourner l’antenne d’un côté comme de l’autre, vers une étoile ou une galaxie, vers un espace vide ou une nébuleuse lointaine, le son persistait. Durant un an, ils ont cherché à l’éliminer. Ils ont vérifié les câbles électriques, examiné les moindres possibilités de panne, ils ont tout essayé, mais impossible de localiser la source de ce bruit insupportable. En désespoir de cause, ils ont appelé les scientifiques de l’université de Princeton, pour leur demander s’ils avaient une explication. Ils en avaient une. C’était l’écho du Big Bang. L’écho est une forme d’expression, bien entendu. Ce qu’ils ont capté, c’est la plus ancienne lumière qui soit arrivée jusqu’à nous, une lumière que le temps a transformé en micro-ondes. On les appelle des radiations cosmiques de fond et les mesures thermiques indiquent qu’elles avoisinent les trois degrés Kelvin, une valeur très proche de la prévision faite en 1948. Comme une télé sur une chaîne qui n’émet pas ? Du bruit. On voit des petits points sautiller et on entend un grésillement irritant. Un pour cent de cet effet provient de cet écho. Penrose et Hawking ont prouvé une série de théorèmes qui confirment que le Big Bang est inévitable, dès lors que la gravité parvient à être une force d’attraction dans les conditions extrêmes où s’est formé l’univers.
Tout s’est passé voilà environ dix à vingt millions d’années, probablement quinze millions d’années. L’énergie était concentrée en un point et s’est dilatée en une gigantesque éruption.
E = mc2
Comme, d’après cette équation, l’énergie équivaut à la masse, ce qui s’est passé, c’est que la matière
a surgi de la transformation de l’énergie. Dès le premier instant, l’espace est apparu et s’est aussitôt
dilaté. Or, comme l’espace est lié au temps, l’apparition de l’espace a automatiquement entraîné
l’apparition du temps, qui s’est également dilaté. En ce premier instant est née une super-force, ainsi que toutes les lois qui nous gouvernent. La température était extrêmement élevée, quelques dizaines de milliards de millions de degrés. Cette super-force a commencé à se scinder en différentes forces. C’est le début des premières réactions nucléaires, qui ont créé les noyaux des éléments les plus légers, comme l’hydrogène et l’hélium, ou encore le lithium. En trois minutes est apparu quatre-vingt-dix-huit pour cent de la matière qui existe ou qui existera.
Quatre-vingt-dix-huit pour cent de la matière qui existe aujourd’hui s’est formée à partir de l’éruption d’énergie du Big Bang. Cela signifie que presque tous les atomes présents dans notre corps sont déjà passés par diverses étoiles et ont déjà occupé des milliards d’organismes différents avant d’arriver jusqu’à nous. Et nous avons tellement d’atomes que l’on peut estimer que chacun de nous en possède au moins un million ayant déjà appartenu à d’autres personnes qui ont vécu il y a très longtemps. Cela veut dire que chacun de nous est doté de nombreux atomes qui étaient présents dans les corps d’Abraham, de Moïse, de Jésus-Christ, de Bouddha ou de Mahomet. Mais revenons au Big Bang. Après l’éruption initiale, l’univers a commencé à s’organiser automatiquement en structures, obéissant aux lois créées dès les premiers instants. Avec le temps, les températures ont baissé jusqu’à atteindre un point critique où la super-force s’est désintégrée en quatre autres forces ; d’abord la force de gravité, puis la force forte, enfin la force électromagnétique et la force
faible. La force de gravité a organisé la matière en groupes localisés. Au bout de deux cent millions
d’années, les premières étoiles surgirent. Puis sont nés les systèmes planétaires, les galaxies et les
groupes de galaxies. Les planètes étaient au départ des petits corps incandescents, semblables à de petites étoiles, qui gravitaient autour des étoiles. Ces corps se refroidirent jusqu’à se solidifier, comme ce fut le cas pour la terre. Et nous voilà aujourd’hui ici.
Oui, le soleil va mourir. D’ailleurs, c’est d’abord la terre qui va mourir, puis ce sera le soleil, puis la galaxie et enfin l’univers. Telle est la conséquence inévitable de la deuxième loi de thermodynamique. L’univers évolue vers l’entropie totale. Il fit un geste théâtral. Tout ce qui naît est voué à mourir. Ce qui nous amène directement du point Alpha au point Oméga.
1-Big Freeze
La première est appelée Big Freeze, ou grande glaciation. Il s’agit de la dernière conséquence de la
deuxième loi de thermodynamique et de l’expansion éternelle de l’univers. Avec l’augmentation de
l’entropie, les rayonnements s’affaiblissent graduellement jusqu’à créer une température uniforme dans toutes les régions de l’espace, transformant l’univers en un immense cimetière galactique glacé.
On estime que cela se produira dans quelques cent millions d’années au minimum.
Imaginez que l’univers soit un homme qui mourra à 120 ans. On peut alors dire que le soleil serait apparu quand l’univers avait 10 ans et qu’aujourd’hui celui-ci aurait 15 ans. Cela signifierait donc qu’il lui resterait cent cinq ans à vivre. Voyons maintenant la seconde possibilité du point Oméga.
2- Big Crunch
La seconde possibilité est celle du Big Crunch, ou grand écrasement. L’expansion de l’univers diminue et arrive à un point où elle s’arrête, pour commencer ensuite à se contracter. Sous l’effet de la gravité, l’espace, le temps et la matière se mettront à converger jusqu’à s’écraser en un point infini d’énergie. C'est le Big Bang à l’envers.
La contraction n’est pas due à un dégonflement, mais à la force de gravité.
Le Big Crunch requiert beaucoup plus de matière qu’il n’en existe dans l’univers. La matière visible est insuffisante pour provoquer, sous l’effet de la gravité, la contraction de l’univers. Afin de résoudre ce problème, on a avancé l’hypothèse qu’il existait de la matière noire, autrement dit, une matière qui reste invisible à nos yeux, à cause de sa faible interaction. Cette matière noire constituerait quatre-vingt-dix pour cent ou plus de la matière existante dans l’univers. Le problème, c’est de trouver cette matière noire. D’autre part, si elle existe, y en a-t-il suffisamment pour freiner l’expansion ? Deuxièmement, il nous faut prendre en compte les dernières observations effectuées sur l’expansion de l’univers. En 1998, on a découvert que la vitesse à laquelle s’éloignent les galaxies augmente sans cesse. C’est probablement dû à une nouvelle force jusque-là inconnue, celle qu’on appelle la force obscure, déjà prédite par Einstein et qui combat la force de gravité. Or, le Big Crunch exige que la vitesse de l’expansion diminue jusqu’à s’arrêter complètement avant que commence la contraction. Mais la vitesse de l’expansion étant en augmentation, il ne reste qu’une seule conclusion.
L’univers évolue vers le Big Freeze.
Qu'est-ce que Dieu?
p.171
Est-il possible de prouver l’existence de Dieu ? Si on attend de voir un vieux patriarche barbu qui regarde la terre d’un air soucieux, attentif à ce que chacun de nous fait, pense et demande, et qui parle avec une grosse voix… Eh bien, je crois qu’il nous faudra attendre l’éternité pour prouver l’existence d’une telle personnalité. Ce Dieu n’existe tout simplement pas, Il n’est qu’une invention anthropomorphique nous permettant de visualiser quelque chose qui est au-dessus de nous. Dans ce sens, nous avons inventé Dieu comme une figure paternelle. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous protège et nous défende du mal, qui nous prenne sous son aile, qui nous console dans les moments difficiles, qui nous aide à accepter l’inacceptable, à comprendre l’incompréhensible, à affronter ce qui est terrible. Ce quelqu’un c’est Dieu.
Imaginons qu’il existe Quelqu’un là-haut qui s’inquiète énormément de notre sort. Quelqu’un vers qui nous nous tournons aux heures de détresse en quête de réconfort. Quelqu’un qui nous observe et nous soutienne. Il n’existe pas le Dieu anthropomorphique que nous imaginons habituellement
et que nous a légué la tradition judéo-chrétienne. Dieu est dans tout ce qui nous entoure. Non pas comme une entité audessus de nous, qui nous surveille et nous protège, mais comme une intelligence créatrice, subtile et omniprésente, peut-être amorale, qu’on rencontre à chaque pas, à chaque regard, à chaque respiration, présente dans le cosmos et dans les atomes, qui intègre tout et qui donne sens à tout.
Utilisons la méthode scientifique qui est un dialogue entre l’homme et la nature. Par le biais de cette méthode, l’homme pose des questions à la nature et obtient des réponses. Le secret est dans la manière dont il formule les questions et traduit les réponses. Ce n’est pas à la portée de tout le monde d’interroger la nature ou de comprendre ce qu’elle dit. Il faut de l’entraînement, de l’intuition et de la sagacité, il faut avoir un esprit suffisamment aiguisé pour saisir les subtilités de la plupart des réponses. Nous pouvons percevoir l’existence ou l’inexistence de Dieu selon notre façon de formuler les questions et selon notre capacité à comprendre les réponses. Par exemple, la deuxième loi de thermodynamique résulte de questions posées à la nature à travers des expériences sur la chaleur. La nature a répondu, montrant que l’énergie passe du chaud au froid et jamais le contraire, et que
la transformation de l’énergie entre les corps implique toujours une déperdition. Il en va de même avec le problème de Dieu. Nous devons savoir quelles questions il faut formuler et comment les formuler, et ensuite être capables d’interpréter les réponses obtenues. C’est pourquoi, lorsqu’on parle d’établir la preuve de l’existence de Dieu, il faut être prudent. Si quelqu’un attend qu’on lui fournisse des images en DVD de Dieu en train d’observer l’univers, tenant dans une main les Tables de la Loi et caressant de l’autre sa longue barbe blanche, il sera déçu. Cette image ne sera jamais captée parce que ce Dieu n’existe pas.
Si le Big Bang a eu lieu, cela implique que l’univers a été créé. Or, un tel concept entraîne de profondes conséquences. La question de la Création renvoie au problème du Créateur. Qui a créé la Création ? Si Dieu existe, Il fait partie de l’univers. Dieu est l’univers. La Création de l’univers n’a pas été un acte artificiel, mais un acte naturel, obéissant aux lois spécifiques et à des constantes universelles déterminées. Mais la question revient toujours au même point. Qui a conçu les lois de l’univers ? Qui a déterminé les constantes universelles ? Qui a insufflé la vie à l’univers ?
La logique n’établit aucune preuve, mais la logique nous donne des indices. Écoutez, il vous faut comprendre que Dieu, en existant, ne laisse voir qu’une parcelle de Son existence et cache la preuve finale derrière un voile d’élégantes subtilités.
/* Parabole de l'éléphant exploré par des aveugles */
Les théorèmes de l’incomplétude, en démontrant qu’un système logique ne pourra jamais prouver
toutes les affirmations qu’il avance, même si ces affirmations indémontrables sont vraies, constituent un message d’une profonde signification mystique. C’est comme si Dieu, en existant, nous disait : Je
M’exprime à travers les mathématiques. Les mathématiques sont Ma langue, mais Je ne vous donnerai pas la preuve qu’il en est ainsi. On a également le principe d’incertitude. Ce
principe établit que nous ne pourrons jamais déterminer avec précision à la fois la position et la vitesse d’une particule. C’est comme si Dieu nous disait : les particules ont un comportement déterministe, J’ai déjà défini tout le passé et le futur, mais Je ne vous donnerai pas la preuve finale qu’il en est ainsi.
La quête de Dieu est comme la quête de la vérité des affirmations d’un système logique ou du comportement déterministe des particules. Nous ne pourrons jamais obtenir une preuve finale de
l’existence de Dieu, dans le sens où nous ne pourrons jamais obtenir la preuve finale que les affirmations non démontrables d’un système logique sont vraies ou que les particules ont un comportement déterministe. Et, pourtant, nous savons que les conséquences de ces affirmations sont vraies et nous savons que les particules se comportent sur un mode déterministe. Ce qui nous est refusé, c’est la preuve finale, mais pas les indices qu’il en est effectivement ainsi.
Dans le champ de la logique, l’indice le plus intéressant a été présenté par Platon et Aristote,
développé par saint Thomas d’Aquin et affiné par Leibniz. Il s’agit de l’argument causal. L’idée
fondamentale est simple à formuler. Nous savons par la physique et par notre expérience quotidienne que tous les événements ont une cause, et que leurs conséquences deviennent des causes d’autres événements, dans un interminable effet de domino. Maintenant imaginons que nous recherchions les causes de tous les événements du passé. Mais, si l’univers a eu un commencement, alors cette chaise aussi en a eu un. En remontant de cause en cause nous arrivons au moment de la création de l’univers, ce que nous désignons aujourd’hui sous le nom de Big Bang. Quelle est la toute première cause ? Qu’est-ce qui a mis la machine en mouvement ? Quelle est la raison du Big Bang ?
Puisque le temps n’existait pas, il ne pouvait y avoir de causes qui précèdent le Big Bang.
En vérité, tout indique que le Big Bang a existé. S’il a existé, quelque chose l’a fait exister. La question revient toujours au même point. Quelle est la première cause ? Et qu’est-ce qui a
causé la première cause ?
L’hypothèse selon laquelle l’univers est éternel exclut Dieu. L’univers a toujours existé, il n’a aucune raison d’être, il est, tout simplement. Dans l’univers éternel, sans commencement ni fin, l’effet domino des causes est infini, il n’y a ni première cause ni dernière conséquence. Mais la Création, elle, renvoie à une première cause. Plus encore, la Création implique l’existence d’un Créateur. D’où la question : qui a mis la machine en marche ?
Dieu? Cet argument logique ne constitue pas une preuve, seulement un indice. Tout compte fait, il existe peut-être quelque mécanisme, encore inconnu, qui résout ce problème. Il nous faut prendre garde à ne pas recourir au Dieu-des-Lacunes, pour éviter l’erreur d’invoquer Dieu dès lors qu’on ignore la réponse à un problème, alors qu’il existe une autre explication. Cela étant dit, il importe de souligner que la Création renvoie au problème du Créateur et, quel que soit l’angle envisagé, la question revient toujours à ce point crucial. D’un autre côté, si nous introduisons Dieu dans l’équation, en disant que c’est lui qui a créé la Création, nous rencontrons aussitôt une multiplicité de nouveaux problèmes.
Le premier problème est de savoir où était Dieu avant le Big Bang, puisque ni le temps ni l’espace n’existait. Et le second problème est de déterminer ce qui a causé Dieu. Car si tout a une
cause, Dieu également en a une.
Les physiciens, appellent le Big Bang une singularité. Dans ce sens, nous pourrions dire que Dieu est une singularité, de la même manière que le Big Bang est une singularité.
Les philosophes lui donnent différents noms: comme l'argument de l’intentionnalité.
La question de l’intentionnalité relève, comme vous le savez, du domaine purement subjectif de l’interprétation. Autrement dit, quelqu’un peut faire quelque chose intentionnellement, mais celui qui
juge de l’extérieur ne pourra jamais être absolument sûr de l’intention. On peut supposer qu’il s’agit de telle intention, mais seul l’auteur de l’acte connaît la vérité.
Quelle est l’intention de la Création de l’univers ?
ll est difficile de répondre affirmativement à cette question, mais il existe quelques indices intéressants. Il y a un argument de poids émis par William Paley au XIXe siècle. Imaginez qu’en entrant ici, je tombe sur une fleur posée là sur le sol. Je la regarderais et je penserais : comment diable cette fleur est-elle arrivée là ? Peut-être répondrais-je aussitôt après : bon, la fleur est une chose naturelle. Et je n’y penserais plus. Imaginez à présent que je tombe non pas sur une fleur, mais sur une montre. Ma réponse sera-t-elle la même ? Bien sûr que non. Après avoir examiné le mécanisme compliqué de la montre, je dirais qu’il s’agit d’une chose fabriquée par un être intelligent visant un objectif spécifique. La question est maintenant la suivante : pour quelle raison ne puis-je donner
à l’existence de la fleur la même réponse que j’accorde à l’existence de la montre ?
En tant que membre appartenant à l’espèce intelligente ayant conçu la montre, je connais l’intention
qui a présidé à la création de cette montre. Mais je n’appartiens pas à l’espèce qui a conçu la fleur, c’est pourquoi je n’ai aucune certitude objective sur l’intentionnalité de sa création. Mais je peux supposer qu’il y en a une. Au fond, quelqu’un qui n’aurait jamais vu une montre pourrait facilement conclure qu’il s’agit là de l’oeuvre d’un cerveau intelligent.
Avez-vous remarqué la complexité de tout l’univers ?Avez-vous réfléchi à la minutieuse organisation nécessaire pour qu’un système solaire fonctionne ? Ou pour relier les atomes ? Ou pour concevoir la vie ? Ne pensez-vous pas que c’est infiniment plus complexe et intelligent que le mécanisme d’une petite montre ? Mais si une chose aussi simple qu’une petite montre est conçue par un être intelligent dans une intention précise, alors que dire d’une fleur ? Que dire de tout l’univers ? Si quelqu’un n’ayant jamais vu une montre peut comprendre, en en découvrant une pour la première fois, qu’il s’agit d’une création intelligente, pour quelle raison ne pourrions-nous pas, en contemplant la grandeur et la complexité intelligente de l’univers, aboutir à la même conclusion ?
Voilà la base de l’argument de l’intentionnalité. Si tout ce que nous voyons autour de nous témoigne
d’une volonté et d’une intelligence, pourquoi ne pas admettre qu’il existe une intention dans la Création ? Si les choses se révèlent intelligentes dans leur conception, pourquoi ne pas admettre qu’elles aient été conçues par quelque chose ou quelqu’un d’intelligent ? Pourquoi ne pas admettre qu’il existe une intelligence derrière ces créations intelligentes ? Et, pourtant, pas un instant je ne douterai que cette montre a été conçue par un être intelligent. Il en va de même avec l’univers. Il se peut que je ne connaisse jamais l’intelligence qui l’a créé, mais il suffit de regarder autour de soi pour comprendre qu’il s’agit d’une création intelligente.
Alors se pose le problème de savoir si nous l’étudions d’une manière adéquate.
De quoi est fait un être vivant ? D’une structure d’informations. Mais ce qui compose cette structure d’informations, ce sont les atomes, n’est-ce pas ? Et un grand nombre d’atomes assemblés forment une molécule. Et un grand nombre de molécules assemblées forment une cellule. Et un grand nombre de cellules assemblées forment un organe. Et tous les organes assemblés forment un corps vivant. Cela dit, il est inexact de dire qu’un être vivant se réduit à une collection d’atomes ou de molécules ou de cellules. Il est certain qu’un être vivant réunit des trillions d’atomes, des billions de molécules, des millions de cellules, mais n’importe quelle description qui se limiterait à ces données, même si elles sont vraies, pècherait par défaut.
La vie se décrit sur deux plans. Le premier est le plan réductionniste, où l’on trouve les atomes, les
molécules, les cellules, toute la mécanique de la vie. L’autre plan est sémantique. La vie est une structure d’informations qui tend vers un but, où l’ensemble est davantage que la somme des parties, où l’ensemble n’a même pas conscience de la présence et du fonctionnement de chaque partie qui le constitue. En tant qu’être vivant intelligent, je peux être sur un plan sémantique en discutant ici avec vous de l’existence de Dieu, tandis qu’une cellule de mon bras, sur un plan réductionniste, reçoit de l’oxygène d’une artère. Mon moi sémantique ne s’aperçoit même pas de ce que fait mon moi réductionniste, tous deux se situant sur des plans différents. Ces deux plans se retrouvent partout. Par exemple, je peux analyser le roman Guerre et Paix sur un plan réductionniste. Il me suffit d’examiner l’encre utilisée dans tel exemplaire, le type de papier, la façon dont l’encre et le papier sont fabriqués, s’il existe ou non des atomes de carbone dans cet exemplaire… Bref, il y a une multiplicité d’aspects réductionnistes que je peux étudier. Mais aucun de ces aspects ne me révèlera vraiment ce qu’est Guerre et Paix. Pour le savoir, mon analyse ne peut être réductionniste. Elle doit être sémantique.
C’est comme un ordinateur. Il y a un hardware et un software. Le plan réductionniste étudie
le hardware, tandis que le plan sémantique concerne le software.
Lorsque j’étudie l’univers de manière à connaître sa matière fondamentale, sa composition, ses
forces, ses lois, à quel type d’analyse je me livre ?
S’agit-il d’une analyse réductionniste ou sémantique ?
Ce qui nous conduit à l’interrogation suivante : est-il possible de faire une analyse sémantique de
l’univers ? Pourquoi ne pourrais-je pas faire une analyse sémantique de quelque chose d’aussi riche et complexe et intelligent que l’univers ? Et si analyser l’encre ou le type de papier d’un exemplaire de Guerre et paix constitue une forme très incomplète et réductrice d’étudier ce livre, pourquoi diable l’analyse des atomes et des forces existantes dans le cosmos serait-elle une façon satisfaisante d’étudier l’univers ? N’existe-t-il pas aussi un message au-delà des atomes ? Quelle est la fonction de l’univers ? Pourquoi existe-t-il ?
Tel est le problème des mathématiques et de la physique aujourd’hui. Nous, les scientifiques, nous
sommes très concentrés sur l’étude de l’encre et du papier dont est fait l’univers. Mais cette étude nous révèle-t-elle vraiment ce qu’est l’univers ? Ne nous faudrait-il pas l’étudier aussi sur un plan
sémantique ? Ne devrions-nous pas écouter sa musique et saisir sa poésie ? Dans l’observation de
l’univers, ne sommes-nous pas focalisés sur le hardware, ignorant une dimension aussi importante que celle du software ?
Voyez-vous une création de moi ou une partie de moi ? Quand nous regardons l’univers, voyons-nous une création de Dieu ou une partie de Dieu ? L’univers est une partie de Dieu. S’il a raison,
lorsqu’on aura conçu une théorie du tout, on pourra en principe établir une description de Dieu.
C’est ce que les physiciens tentent de faire actuellement. Concevoir une théorie du tout. Ce qui s'avère difficile à cause des théorèmes de l’incomplétude. Ces théorèmes, joints au principe d’incertitude, montrent que l’on ne pourra jamais boucler le cercle. Il y aura toujours un voile de mystère autour de l’univers. Certains croient possible de concevoir une théorie du
tout. Ils sont convaincus qu’on peut trouver une équation fondamentale. C’est le Saint Graal des mathématiques et de la physique. Formuler une équation qui contienne en soi toute la structure de l’univers.
Les scientifiques croient de plus en plus que la profusion actuelle de lois et de forces existant dans l’univers provient du fait que nous nous trouvions dans un état de basse température. Il y a de nombreux indices qui montrent que les forces se fondent les unes dans les autres quand la température s’élève au-dessus d’un certain niveau. Pendant longtemps, par exemple, dominait la conviction qu’il existait quatre forces fondamentales dans l’univers : la force de gravité, la force électromagnétique, la force forte et la force faible. Mais on a déjà découvert qu’il y a en fait trois forces, dès lors que la force électromagnétique et la force faible constituent, en réalité, la même force, qu’on désigne maintenant par le terme d’électrofaible. Il y a aussi ceux qui pensent que la force forte constitue une autre facette de la force électrofaible. Si c’est le cas, il ne reste plus qu’à unir ces trois forces à la force de gravité pour arriver à une force unique. Beaucoup de physiciens pensent qu’au moment du Big Bang, sous les très hautes températures qui régnaient alors, toutes les forces étaient unies en une seule super-force, qui pourrait être réduite à une équation mathématique simple. Or, quand on commence à parler de super-force, quelle image nous vient aussitôt à l’esprit ? Dieu ?
Les scientifiques ont découvert qu’à mesure qu’augmentait la température, l’énergie s’unifiait et les
structures complexes subatomiques se brisaient, révélant des structures simples. Sous une chaleur très
intense, les forces se simplifient et se fondent, dégageant ainsi la super-force. Dans ces circonstances, il serait possible de concevoir une équation mathématique fondamentale. Il s’agirait d’une équation capable d’expliquer le comportement et la structure de toute la matière et capable aussi de décrire tout ce qui arrive. Une telle équation serait la formule maîtresse de l’univers.
La formule de Dieu.
Une vision tibétaine
La science occidentale se rapproche étrangement de la spiritualité orientale. Les bouddhistes ont un proverbe: « Quand l’élève est prêt, le maître apparaît ». Les plus anciennes origines du bouddhisme
remontent à l’hindouisme, dont la philosophie repose sur de vieilles écritures anonymes rédigées en
ancien sanskrit, les Vedas, les textes sacrés des Aryens. La dernière partie des Vedas s’appelle les
Upanishads. L’idée fondamentale de l’hindouisme est que la diversité des choses et des événements que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que différentes manifestations d’une même réalité. La réalité se nomme Brahman et elle est à l’hindouisme ce que la Dharmakâya est au bouddhisme. Brahman signifie « croissance », et c’est la réalité en soi, l’essence intérieure de toutes choses. Nous sommes Brahman, même si on ne le perçoit pas à cause du pouvoir magique créateur de mâyâ, qui crée l’illusion de la diversité. Mais cette diversité n’est qu’une illusion. Il n’y a qu’un réel et le réel est Brahman.
Les hindous ont beaucoup de dieux mais les écritures sacrées affirment clairement que tous ces dieux ne sont que le reflet d’un unique dieu, d’une unique réalité. C’est comme si Dieu avait mille noms et que chaque nom était un dieu, mais tous renvoient au même, ce sont différents noms et différents visages pour une seule et unique essence. Brahman est à la fois un et tous. Il est le réel et l’unique qui est réel. La mythologie hindoue repose sur l’histoire de la création du monde à travers la danse de Shiva, le Maître de la Danse. La légende raconte que la matière était inerte jusqu’à ce que, dans la nuit du Brahman, Shiva entame sa danse au milieu d’un anneau de feu. C’est à cet instant que la matière se mit à pulser au rythme de Shiva, dont la ronde transforma la vie en un grand cycle de création et de destruction, de naissance et de mort. La danse de Shiva est le symbole de l’unité et de l’existence, c’est à travers elle que s’accomplissent les cinq actes divins : la création de l’univers, sa durée dans l’espace, sa dissolution, l’occultation de la nature de la divinité et la révélation de la vraie connaissance. Les écritures sacrées disent que la danse provoqua d’abord une expansion, au cours de laquelle surgirent la matière et l’énergie. Le premier stade de l’univers fut formé par l’espace, dans lequel tout s’amplifia avec l’énergie de Shiva. Les textes sacrés prévoient que l’expansion ira en s’accélérant, puis tout se mélangera et, à la fin, Shiva exécutera sa terrible danse de la destruction. Le Bodhisattva inclina la tête. Comme le Big Bang et l’expansion de l’univers. L’équivalence entre masse et énergie. Le Big Crunch.
L’univers existe par la danse de Shiva et aussi par l’autosacrifice de l’être suprême. L’expression «sacrifice » est à employer ici dans son acception originale, à savoir « rendre sacré », et non dans le sens d’une souffrance. L’histoire hindoue de la création du monde est celle de l’acte divin engendrant le sacré, un acte par lequel Dieu devient le monde et le monde devient Dieu. L’univers est la gigantesque scène d’une pièce divine, dans laquelle Brahman joue le rôle de grand magicien qui devient le monde à travers le pouvoir créateur de mâyâ et de l’action du karma. Le karma, c’est la force de création, le principe actif de la pièce divine, c’est l’univers en action. L’essence de l’hindouisme vise notre libération par rapport aux illusions de mâyâ et à la force du karma, en nous faisant prendre conscience, au moyen de la méditation et du yoga, que tous les différents phénomènes perçus par nos sens font partie de la même réalité, que tout est Brahman. Le Bodhisattva plaqua sa main sur la poitrine. Tout est Brahman, répéta-t-il. Tout. Y compris nous-mêmes.
Au lieu de Brahman, nous préférons utiliser le mot Dharmakâya pour décrire cette réalité unique, cette essence qui se retrouve dans les différents objets et phénomènes de l’univers. Tout est Dharmakâya, tout est relié par des fils invisibles, les choses ne sont que les diverses facettes d’une même réalité. Mais cette réalité n’est pas immuable, c’est plutôt une réalité marquée par samsara, le concept de l’impermanence. Tout change sans cesse, le mouvement et la transformation sont inhérents à la nature.
Quelle est la différence entre l’hindouisme et le bouddhisme ? Il y a des différences dans la forme, dans les méthodes, et dans les légendes. Bouddha acceptait les dieux hindous, mais il ne leur accordait pas une grande importance. Il y a de grandes différences entre ces deux religions, malgré leur essence commune. Le réel est un, bien qu’il paraisse multiple. Les différentes apparences ne sont que différents masques d’une seule réalité, qui est elle-même changeante. Ces deux doctrines nous incitent à regarder au-delà des masques, à prendre conscience que la différence cache l’unité et à accéder à la révélation de l’un. Mais pour atteindre ce même objectif, elles suivent des chemins différents. Les hindous parviennent à l’illumination à travers le vedanta et le yoga, les bouddhistes à travers l’octuple chemin sacré du Bouddha.
Le taoïsme est venu souligner quelques éléments essentiels déjà contenus dans l’hindouisme et le bouddhisme. C’est le texte fondamental du Tao. Qu’est-ce que le Tao ? Tchouang-tseu a dit : « Si quelqu’un demande ce qu’est le Tao et qu’un autre lui répond, aucun des deux ne sait ce qu’est le Tao ». Le Tao est un nom pour Brahman et pour Dharmakâya, déclara le Tibétain. Le Tao est le réel, c’est l’essence de l’univers, c’est l’un d’où émane le multiple. La voie taoïste a été formulée par Lao Tseu, qui a résumé sa pensée en un concept fondamental. Le Tao Te King commence par des mots révélateurs, dit Tenzing. « Le Tao que l’on peut exprimer n’est le véritable Tao. Le nom que l’on peut proférer n’est le véritable Nom ». Le Tao a souligné le rôle du mouvement dans la définition de l’essence des choses. L’univers oscille entre le yin et le yang, les deux faces qui marquent le rythme des cycles du mouvement et à travers lesquelles le Tao se manifeste. La vie, a dit Chouang Tseu, est l’harmonie du yin et du yang. Tout comme le yoga est la voie hindoue vers l’illumination que tout est Brahman, tout comme l’octuple chemin sacré est la voie bouddhiste vers l’illumination que tout est Dharmakâya, le taoïsme est la voie taoïste vers l’illumination que tout est Tao. Le taoïsme est une méthode qui utilise la contradiction, les paradoxes et la subtilité pour atteindre le Tao. Lao Tseu a dit : « Ce que tu veux comprimer, tu dois d’abord le laisser se bien dilater ». Il inclina la tête. Voilà la sagesse subtile. À travers la relation dynamique entre le yin et le yang, les taoïstes expliquent les changements de la nature. Le yin et le yang sont deux pôles opposés, deux extrêmes liés l’un à l’autre par un cordon invisible, deux aspects différents du Tao, l’union de tous les contraires. Le réel est en perpétuel changement, mais les changements sont cycliques, ou bien ils tendent vers le yin, ou bien ils reviennent vers le yang. Mais, attention, les extrêmes sont des illusions de l’un, ce qui a conduit Bouddha à parler de non-dualité. Bouddha a dit : « Ombre et lumière, court et long, noir et blanc ne peuvent être connus que dans une relation de l’un à l’autre. La lumière n’est pas indépendante de l’ombre ni le noir du blanc. Il n’y a pas d’opposés, uniquement des relations et des degrés ». Le taoïsme n’est pas vraiment une religion, mais un système philosophique né en Chine. Cependant,
certaines de ses idées fondamentales coïncident avec le bouddhisme, comme par exemple la notion selon laquelle le Tao est dynamique et inaccessible. Rappelez-vous de l’aphorisme de Tchouang-tseu : « Si quelqu’un demande ce qu’est le Tao et qu’un autre lui répond, aucun des deux ne sait ce qu’est le Tao ». Le Tao est au-delà de notre entendement. Il est inexprimable. C’est ce que dit la cabale judaïque. Dieu est inexprimable. Déjà les Upanishads des hindous définissait l’intangibilité de la réalité dernière en termes clairs : « Là où l’oeil ne voit pas, où la parole ne parle pas,
où l’esprit ne pense pas, nous ne pouvons ni savoir ni comprendre ni enseigner ». Bouddha lui-même,
interrogé par un disciple qui lui demandait de définir l’illumination, répondit par un silence et se contenta de brandir une fleur. Ce que Bouddha voulait exprimer par ce geste, qui est évoqué dans le Sermon de la Fleur, c’est que les mots ne servent que pour les objets et les idées qui nous sont familiers. Bouddha a dit : « Un nom est posé sur ce qu’on pense être une chose ou un état et cela le sépare des autres choses et des autres états, mais, quand on regarde ce qui se trouve derrière ce nom, on découvre une subtilité toujours plus grande qui n’est pas divisible ». Il soupira. L’illumination de la réalité ultime, de la Dharmakâya, est au-delà des mots et des définitions. Qu’on l’appelle Brahman, Dharmakâya, Tao ou Dieu, cette vérité reste immuable. On peut sentir le réel au cours d’une extase, on peut briser les illusions de mâyâ et le cycle du karma de manière à atteindre l’illumination et à accéder au réel. Cependant, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, on ne pourra jamais le décrire. Le réel est inexprimable. Il est au-delà des mots.
Fei Yang a dit : « Quand tu te sens égaré et plein de doutes, mille livres ne suffisent pas. Quand tu as atteint la compréhension, un seul mot est déjà de trop ». Souvenez-vous du proverbe chinois : « Les professeurs ouvrent la porte, mais tu dois entrer seul ». Un rapprochement entre la spiritualité orientale et la physique ? Les deux disent la même chose. Les Upanishads affirment : « Le corps
humain est à l’image du corps cosmique. L’esprit humain est à l’image de l’esprit cosmique. Le
microcosme est à l’image du macrocosme. L’atome est à l’image de l’univers ».
Que dit le principe de l’incertitude ? Il nous dit que nous ne pouvons pas prévoir avec précision le comportement d’une microparticule, bien que nous sachions que ce comportement est déterminé à l’avance. Et je vous le demande : que disent les théorèmes de l’incomplétude ? Ils nous disent que nous ne pouvons pas prouver la cohérence d’un système mathématique, bien que ses affirmations non démontrables soient vraies. Et je vous le demande : que dit la théorie du chaos ? Elle nous dit que la complexité du réel est si grande qu’il est impossible de prévoir l’évolution future de l’univers, bien que nous sachions que cette évolution est déjà déterminée. Le réel se cache derrière l’illusion de mâyâ. Le principe de l’incertitude, les théorèmes de l’incomplétude et la théorie du chaos ont prouvé que le réel est inaccessible dans son essence. Nous pouvons tenter de l’approcher, tenter de le décrire, mais jamais nous ne le connaîtrons vraiment. Il y aura toujours un mystère au fond de l’univers. En dernière instance, l’univers est inexprimable dans sa plénitude, à cause de la subtilité de sa conception. Il écarta les mains. Revenons maintenant à la question essentielle. Quelle est cette matière imprévisible à laquelle se réfère le principe d’incertitude sinon Brahman ? Quelle est cette vérité que les théorèmes de l’incomplétude démontrent sinon Dharmakâya ? Et quel est ce réel infiniment complexe et inaccessible décrit par la théorie du chaos sinon le Tao ? Et qu’est-ce que l’univers sinon une gigantesque et inexprimable énigme ? Tout ce la constitue d'étranges parallélismes entre la science occidentale et le mysticisme oriental. Ensuite, il y a le problème de la dualité: La pensée orientale définit le dynamisme de l’univers à travers la dynamique des
choses. Le Brahman des hindous signifie « croissance ». Le samsara des bouddhistes désigne le
« mouvement incessant ». Le Tao des taoïstes renvoie à la dynamique des opposés représentés par le yin et le yang. Des opposés qui se rejoignent, des extrêmes reliés par un fil invisible. Yin et yang.
/* Section IMPORTANTE: */
Pensez aux théories de la relativité : l’énergie et la masse sont une même chose dans des états différents. Pensez à la physique quantique : la matière est, en même temps, onde et particule. Pensez encore aux théories de la relativité : l’espace et le temps sont liés. Tout est yin et yang.
L’univers se meut par le dynamisme des opposés. Les extrêmes finissent par se rejoindre dans une même unité. Yin et yang. Énergie et masse. Ondes et particules. Espace et temps. Yin et yang.
L’univers est un, mais il n’est pas statique, il est dynamique. Comme la création de l’univers par la danse de Shiva, qui a insufflé à la matière le rythme de sa ronde, transformant la vie en un grand processus cyclique, regardez le rythme des électrons autour des noyaux, regardez le rythme des oscillations des atomes, regardez le rythme du mouvement des molécules, regardez le rythme de la course des planètes, regardez le rythme auquel bat le cosmos. En tout il y a rythme, en tout il y a synchronisme, en tout il y a symétrie. L’ordre émerge du chaos comme un danseur sur la piste.
Toutes les nuits, le long des fleuves de la Malaisie, des milliers de lucioles se rassemblent dans
l’air et émettent une même lumière en même temps, obéissant à un synchronisme secret. À chaque instant, au fond de notre corps, les flux électriques dansent dans chaque organe au rythme de symphonies silencieuses, dont la mesure est battue par des milliers de cellules invisibles. À chaque heure, le long de nos intestins, les résidus alimentaires sont poussés par la contraction rythmée des parois du tube digestif, obéissant à une étrange cadence biologique. Tous les jours, quand un homme pénètre une femme et que son fluide vital court vers l’ovule, les spermatozoïdes remuent leur queue en même temps et dans la même direction, suivant une mystérieuse chorégraphie.
La matière inerte danse également au son de la même musique. Cela fut découvert au XVIIe siècle, lorsque Christiaan Huygens observa par hasard que les pendules de deux horloges placées l’une à côté de l’autre oscillaient en même temps, sans variation. Il eut beau chercher à les désynchroniser, en modifiant les oscillations des pendules, Huygens constata qu’au bout d’une demi-heure, les horloges se remettaient à battre au même rythme, comme si les pendules obéissaient à un maître invisible. Huygens découvrit que la synchronie n’était pas une cadence propre aux choses animées. La matière inerte danse au même rythme. La danse synchronisée des pendules d’horloges placées
côte à côte ne fut que la première découverte parmi de nombreuses autres semblables. On a découvert que les générateurs disposés en parallèle, bien que mis en marche de manière désynchronisée, synchronisaient automatiquement leur rythme de rotation, et c’est d’ailleurs cet étrange battement de la nature qui permet aux réseaux électriques de fonctionner. On a découvert que l’atome de césium oscille comme un pendule entre deux niveaux d’énergie et que cette oscillation est rythmée avec une telle précision qu’elle a permis de créer des horloges atomiques au césium, qui ne se dérèglent que d’une seconde en vingt millions d’années. On a découvert que la lune tourne autour de son axe exactement au même rythme que la terre autour de son orbite, et c’est ce curieux synchronisme qui fait que la lune nous présente toujours la même face. On a découvert que les molécules d’eau, qui se meuvent librement, se rassemblent dans un mouvement synchronisé quand la température descend à zéro degré, et c’est ce mouvement qui permet la formation de la glace. On a découvert que certains atomes, exposés à des températures proches du zéro absolu, commençaient à se comporter comme s’ils étaient un seul et unique atome, alors qu’ils sont des milliards livrés à une immense ronde synchronisée. Cette découverte a valu aux auteurs le prix Nobel de physique en 2001. Le Comité du Nobel a dit qu’ils avaient apporté la preuve que les atomes chantaient à l’unisson. C’est l’expression employée par le Comité dans son communiqué. Que les atomes chantaient à
l’unisson. Au rythme de quelle musique, je vous le demande ? Au rythme de la musique cosmique, la même musique qui inspire Shiva dans sa danse, la même musique qui fait que deux pendules oscillent en synchronie, que les générateurs coordonnent leur mouvement de rotation, que la lune organise sa ronde de manière à toujours présenter la même face à la terre, et que les atomes chantent à l’unisson. L’univers tout entier bat à un rythme mystérieux. Le rythme de la danse de Shiva. Il vient de la Dharmakâya, de l’essence de l’univers, répondit-il.
Quels sont les liens entre la musique et les mathématiques ? La musique de l’univers oscille au rythme des lois de la physique. En 1996, on a découvert que les systèmes vivants et la matière inerte se synchronisaient selon une même formulation mathématique. Je veux dire que le tempo de la musique cosmique qui provoque les mouvements dans nos intestins est le même qui fait que les atomes chantent à l’unisson, et le battement qui pousse les spermatozoïdes à remuer leur queue en cadence est le même qui orchestre la gigantesque ronde de la lune autour de la terre. Et la formulation mathématique qui organise ce rythme cosmique procède des systèmes mathématiques sur lesquels repose l’organisation de l’univers : la théorie du chaos. On a découvert que le chaos était synchrone. Le chaos paraît chaotique, mais il révèle, en réalité, un comportement déterministe, il obéit à des paramètres et à des règles bien définies. Bien qu’il soit synchrone, son comportement ne se répète jamais, si bien que nous pouvons dire que le chaos est déterministe mais indéterminable. Il est prévisible à court terme, selon les lois déterministes, et imprévisible à long terme, à cause de la complexité du réel. Il y aura toujours un mystère au fond de l’univers.
Le rythme cosmique n’est pas perceptible à celui qui n’est pas illuminé. Il faut être Bouddha pour observer ce rythme animer les choses. Comment les auteurs des écritures sacrées pouvaient-ils connaître l’existence du rythme cosmique s’il n’est pas audible à ceux qui ne sont pas préparés pour l’entendre ?
Les hindous affirmaient que la réalité dernière se nomme Brahman et que les choses et les événements divers que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que les différentes manifestations d’une même réalité. Je vous ai dit que nous, les bouddhistes, affirmions que la réalité dernière se nomme Dharmakâya et que tout est relié par des fils invisibles, puisque toutes les choses ne sont que les diverses facettes d’une même réalité. Et je vous ai dit que les taoïstes affirmaient que le Tao est le réel, l’essence de l’univers, l’un d’où procède le multiple.
Est-ce alors une coïncidence que la science occidentale vienne dire la même chose que nos sages
proféraient voilà plus de deux mille ans ? Comme vous le savez, la pensée orientale prétend que le réel est un et que les diverses choses ne sont que les manifestations d’une même réalité. Tout est en corrélation. La théorie du chaos est venu confirmer que c’était bien le cas. Le battement d’ailes d’un papillon dans cette cour influence l’état du temps à l’autre bout de la planète.
La liaison des molécules entre elles ne se réduit pas à un simple effet de domino entre les choses, où chacune influe sur l’autre. En réalité, les molécules sont organiquement liées entre elles. Chaque objet n’est qu’une différente représentation du même objet. Où la science orientale dit que la matière est organiquement liée ? Où dit-elle que chaque objet n’est qu’une différente représentation du même objet ?
L’expérience Aspect
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Alain Aspect est un physicien français qui a dirigé une équipe de l’université de Paris-Sud lors d’une expérience très importante, effectuée en 1982. Il est vrai que personne n’en a parlé à la télévision ni dans les journaux. Seuls les physiciens et quelques autres scientifiques la connaissent. Il est probable qu’un jour, l’expérience Aspect soit citée comme l’une des expériences les plus extraordinaires de la science au XXe siècle. Un dicton zen dit : « Si tu rencontres sur ton chemin un homme qui sait, ne dis rien, ne reste pas silencieux ». Autre dicton zen : « Lorsqu’un homme commun accède à la connaissance, c’est un sage. Lorsqu’un sage accède à la connaissance, c’est un homme commun ».
On ne peut pas aborder l’expérience Aspect sans parler du paradoxe EPR. Nagarjuna a dit : « La sagesse est comme un lac limpide et frais, on peut y entrer par n’importe quel côté ». La physique quantique prévoyait un univers indéterministe, où l’observateur fait partie de l’observation, tandis que la relativité postulait un univers déterministe, où le rôle de l’observateur n’influe pas sur le comportement de la matière. Lorsque ce désaccord fut notoire, on se mit à chercher un moyen de concilier les deux camps. On supposait, et on continue de supposer, qu’il ne peut y avoir de lois discordantes selon la dimension de la matière, les unes pour le macrocosme et d’autres différentes pour le microcosme. Il faut des lois uniques. Mais comment expliquer ces divergences entre les deux théories ? Le problème suscita une série de débats entre le père de la relativité, Albert Einstein, et le principal théoricien de la physique quantique, Niels Bohr. Pour démontrer que l’interprétation quantique était absurde, Einstein pointa un détail très curieux de la théorie quantique : une particule ne décide de sa position que lorsqu’elle est observée. Einstein, Podolski et Rosen, dont les initiales forment EPR, formulèrent alors leur paradoxe, dont l’idée consistait à mesurer deux systèmes séparés, mais qui avait été préalablement unis, pour voir s’ils auraient des comportements semblables quand ils seraient observés. Les trois scientifiques proposèrent la chose suivante : enfermer les deux systèmes dans des boîtes, placées à des points différents d’une pièce ou même à des kilomètres de distance, ouvrir les boîtes simultanément et mesurer leurs états internes. Si leur comportement est automatiquement identique, alors cela signifie que les deux systèmes sont parvenus à communiquer l’un avec l’autre instantanément. Or ceci est un paradoxe. Einstein et ses assistants firent observer qu’il ne pouvait y avoir un transfert d’information instantané, dès lors que rien ne va plus vite que la lumière.
Bohr a répondu que, si on pouvait réaliser cette expérience, on s’apercevrait qu’il y a, de fait, communication instantanée. Si les particules subatomiques n’existent pas tant qu’elles ne sont pas
observées, argumenta-t-il, alors elles ne peuvent être considérées comme des choses indépendantes. La matière fait partie d’un système indivisible.
Indivisible comme la réalité ultime de Brahman. Indivisible comme le réel relié par des fils invisibles de la Dharmakâya. Indivisible comme l’unité du Tao d’où émane le multiple. Indivisible comme l’essence dernière de la matière, l’un où toutes les choses et tous les événements ne sont que les manifestations du même, la réalité unique sous différents masques.
Einstein pensait que cette interprétation était absurde et considérait que le paradoxe EPR, s’il pouvait être vérifié, le démontrerait.
Dès 1952, un physicien de l’université de Londres nommé David Bohm indiqua qu’il y avait un moyen de vérifier ce paradoxe. En 1964, le physicien John Bell, du CERN de Genève, fut chargé de démontrer de manière systématique comment opérer cette expérience. Bell n’effectua pas l’expérience qui ne fut concrétisée qu’en 1982 par Alain Aspect et son équipe de Paris. C’est une expérience compliquée et difficile à expliquer à un profane, mais elle a bien été réalisée. Bohr avait raison.
Aspect a découvert que, dans des conditions déterminées, les particules communiquent automatiquement entre elles. Ces particules subatomiques peuvent même se trouver à des points différents de l’univers, les unes à un bout du cosmos et les autres à l’autre extrémité, la communication sera pourtant instantanée.
Comme on croyait que rien ne se déplace plus vite que la lumière, c'est ce que disait Einstein et sa théorie de la relativité restreinte. Mais Aspect a prouvé que les microparticules communiquent instantanément entre elles. Pour prouver la thèse, de nouvelles expériences effectuées en 1998, à Zurich et à Innsbruck, utilisant des techniques plus sophistiquées, ont tout corroboré.
Aspect a confirmé une propriété de l’univers. Il a vérifié expérimentalement que l’univers est tissé de liens invisibles, que les choses sont reliées entre elles d’une manière insoupçonnée, que la matière possède une organisation intrinsèque que personne n’imagine. Si les microparticules communiquent entre elles à distance, ce n’est nullement dû à un signal qu’elles émettraient les unes vers les autres. Cela procède simplement du fait qu’elles constituent une entité unique. Leur séparation est une illusion.
Comme un match de football à la télévision. Dans une transmission télévisée, il y a, parfois, plusieurs caméras pointées en même temps sur le même joueur. Celui qui regarde les images de chaque caméra et qui ignore comment la chose fonctionne, peut penser que chaque caméra capte un joueur différent. L’une montre le joueur regardant à gauche, l’autre présente le même joueur regardant à droite. Si le téléspectateur ne connaît pas ce joueur, il peut croire qu’il s’agit de joueurs différents. Mais, en y regardant bien, on remarque qu’aussitôt que le joueur fait un mouvement vers un côté, le joueur qui est sur l’autre image fait instantanément le même mouvement, mais vers l’autre côté. Ceci résulte, bien entendu, d’une illusion. En réalité, les deux caméras montrent toujours le même joueur, mais sous des angles différents. C’est une chose analogue que l’expérience d’Aspect a montré par rapport à la matière. Deux microparticules peuvent être séparées par l’univers entier, lorsque l’une se déplace, l’autre se déplace instantanément. Je pense que cela se produit parce qu’en réalité, il ne s’agit pas de deux microparticules différentes, mais de la même microparticule. L’existence des deux est une illusion, de la même manière que l’existence de deux joueurs filmés par des caméras sous des angles différents. Nous voyons toujours le même joueur, tout comme nous voyons toujours la même microparticule. À un niveau profond de la réalité, la matière n’est pas individuelle, elle n’est qu’une représentation d’une unité fondamentale.
Les choses et les événements divers que nous voyons et sentons autour de nous ne sont que les
différentes manifestations d’une même réalité. Tout est relié par des fils invisibles. Toutes les choses et tous les événements ne sont que les différents visages d’une même essence. Le réel est l’un d’où émane le multiple. Tel est Brahman, telle est Dharmakâya, tel est Tao. Les textes sacrés expliquent l’univers. On trouve, dans le Prajnaparamita, le poème de Bouddha sur l’essence du tout…
« Vide et calme et libérée de soiChuan Chuan a dit : « Le chemin n’est pas difficile, il suffit qu’il n’y ait ni vouloir ni non-vouloir ».
Est la nature des choses.
Nul être individuel
Dans la réalité n’existe.
Il n’y a ni fin ni commencement,
Ni milieu.
Tout est illusion,
Comme une vision ou un rêve.
Tous les êtres du monde
Sont au-delà du monde des mots.
Sa nature ultime, pure et vraie,
Est comme l’espace infini. »
Un dicton zen dit : « Enfourche le cheval vigoureux de ton esprit ».
Shunryu Suzuki a dit : « Lorsque tu comprendras totalement une chose, tu comprendras tout ».
Comprendre ce qu’est La Formule de Dieu signifie donc comprendre tout.
C’est la plus grande recherche jamais entreprise par l’esprit humain, le déchiffrage de la plus importante énigme de l’univers, la révélation du dessein de l’existence.
C’est la preuve scientifique de l’existence de Dieu.
Shunryu Susuki a dit : « Dans l’esprit du novice, il y a beaucoup de possibilité, mais dans l’esprit
du sage il y en a peu ». Si vous étiez des sages, vous sauriez qu’il y a un moment pour tout
Le poète Bashô a dit : « Ne marche pas sur les traces des anciens, cherche ce qu’ils ont cherché ».
Votre quête est trop centrée sur les anciens. Ne cherchez pas nos chemins, cherchez ce que nous avons cherché.
Krishnamurti a dit : « La méditation n’est pas un moyen pour atteindre une fin, elle est autant le moyen que la fin ». La quête n’est pas seulement un moyen pour parvenir à une fin, elle est sa propre fin. Si quelqu’un veut atteindre la vérité, il lui faut parcourir le chemin.
Tsai Ken Tan a dit : « Dans l’eau troppure, il n’y a pas de poissons ».
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. »… « La terre était informe et vide. Les ténèbres
couvraient l’abîme et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. Dieu dit : Que la lumière soit. Et la lumière fut. » C'est le début de l’Ancien Testament, la Genèse. Toute cette partie
du texte a énormément intéressé Einstein, pour une raison particulière. Cet extrait fondamental coïncide, dans ses grandes lignes, avec l’idée du Big Bang. Il faut comprendre qu’en 1951, le
concept d’un univers ayant commencé par une grande explosion n’était pas encore vraiment admis par les scientifiques. Le Big Bang n’était qu’une hypothèse parmi d’autres, au même titre que celle de l’univers éternel. Mais Einstein avait plusieurs raisons de pencher vers l’hypothèse du Big Bang. D’un côté, la découverte de Hubble selon laquelle les galaxies s’éloignaient les unes des autres, indiquait que celles-ci devaient auparavant se trouver unies, comme si elles étaient parties d’un même point. D’un autre côté, il y avait le paradoxe d’Olber, qui n’est résoluble que si l’univers n’est pas éternel. Un troisième indice était la seconde loi de thermodynamique, qui établit que l’univers évolue vers l’entropie, laissant ainsi supposer qu’il y a eu un moment initial d’organisation et d’énergie maximum. Et, pour finir, ses propres théories de la relativité, qui reposent sur l’hypothèse que l’univers est dynamique, étant soit en expansion, soit en rétraction. Or, le Big Bang cadrait avec le scénario de l’expansion.
Il restait, bien sûr, le problème de savoir quel était cet élément qui contrecarrait la rétraction provoquée par la gravité. Pour le résoudre, Einstein a postulé l’existence d’une énergie inconnue, qu’il a nommée « constante cosmologique ». Plus tard, il a lui-même rejeté une telle possibilité, en disant que cette idée avait été la plus grosse erreur de sa vie, mais on suppose aujourd’hui qu’Einstein avait finalement raison et qu’il y a, de fait, une énergie inconnue qui contrarie la gravité et qui provoque l’expansion accélérée de l’univers. Au lieu de l’appeler « constante cosmologique », on la nomme maintenant « énergie obscure ».
Einstein cherchait à déterminer s’il y avait une vérité cachée dans la Bible. Il ne recherchait pas des vérités métaphoriques ni morales, mais des vérités scientifiques.
Une grande difficulté se posait dès la Genèse. Les premiers versets de la Bible établissent, sans l’ombre d’un doute, que l’univers a été créé en six jours. Six jours seulement. Bien sûr, on pouvait dire que tout le texte était métaphorique, que Dieu parlait en vérité de six périodes, que ceci et cela, mais Einstein pensait que ce n’était là qu’une façon d’esquiver la question. Une astuce pour faire en sorte que la Bible ait toujours raison, à n’importe quel prix. Le problème demeurait. La Bible disait que l’univers avait été créé en six jours. Ce qui était une erreur évidente.
Les calculs relatifs au Big Bang affirment que toute la matière a été créée dans les premières fractions de seconde. Avant que la première seconde se soit écoulée, l’univers s’était déjà étendu sur des millions de kilomètres et la super-force s’était fragmentée en force de gravité, en force forte et en force électrofaible. Par le mot « tout », on entend la lumière, les étoiles, la terre, les plantes, les animaux et l’homme. La Bible dit que l’homme fut créé le sixième jour. Il allait de soi que
le noeud de la question résidait dans la définition des six jours. Qu’étaient ces six jours ? Cette
interrogation a mis Einstein sur une piste. Il s’est penché sur le sujet et nous a entraînés dans une
recherche hors du commun. En étudiant les Psaumes, un texte hébraïque de plus de trois mille ans, Einstein est tombé sur un verset, dans le psaume 90, qui disait plus ou moins ceci. « Mille ans, à Tes yeux, sont comme un jour qui passe. » « Mille ans, à Tes yeux » représente le temps dans une perspective, « un jour qui passe » représente la même période de temps sous une autre perspective. Le temps est relatif.
Le paradoxe des jumeaux
/* Tel qu'illustré dans le film Interstellar */
Einstein disait que le temps passait à des vitesses différentes selon la vitesse du mouvement dans l’espace. Pour mieux l’expliquer, il a donné l’exemple de la séparation de deux jumeaux. Le premier s’en va à bord d’une navette spatiale très rapide et l’autre reste sur terre. Celui qui est dans la navette spatiale revient au bout d’un mois sur terre et découvre que son frère est maintenant un vieil homme. Pendant qu’un mois s’écoulait dans la navette spatiale, cinquante ans s’écoulaient sur terre.
Le temps est lié à l’espace comme le yin est lié au yang. En termes techniques, les deux choses se distinguent si peu l’une de l’autre que l’on a même créé le concept d’espace-temps. Le facteur clé est la vitesse, dont la référence est celle de la lumière, qu’Einstein a établie comme étant constante. Ce que les théories de la relativité nous révèlent, c’est que le temps, à cause de la constante de la vitesse de la lumière, n’est pas universel. On pensait autrefois qu’il y avait un temps unique global, une sorte d’horloge invisible commune à tout l’univers et qui mesurait le temps de la même manière en tous lieux, mais Einstein a prouvé qu’il n’en était pas ainsi. Il n’y a pas un temps unique global. Le cours du temps dépend de la position et de la vitesse de l’observateur. Supposons que se produisent deux événements, le A et le B. Pour un observateur qui se trouve à équidistance, ces événements ont lieu simultanément, mais un autre observateur qui se trouve plus près de l’événement A va considérer que celui-ci s’est produit avant l’événement B, tandis que celui qui se trouve plus près de B va considérer le contraire. En fait, les trois observateurs ont raison. Mieux, ils ont raison selon leur point de référence, dès lors que le temps est relatif à la position de l’observateur. Il n’y a pas de temps unique.
Il n’y a pas un présent universel. Ce qui est présent pour un observateur est passé pour un autre et futur pour un troisième. Une chose n’est pas encore arrivée et elle est déjà arrivée. Yin et yang. Tel événement est inévitable parce qu’il s’est déjà produit à un point et qu’il va se reproduire à un autre, même si on ne le voit pas. En outre, cela cadre avec l’affirmation de Laplace selon laquelle le futur, tout comme le passé, se trouve déjà déterminé. Pour en revenir au paradoxe des jumeaux, il est important d’établir que la perception temporelle de l’observateur dépend de la vitesse à laquelle il se déplace. Plus son déplacement se rapproche de la vitesse de la lumière, plus son horloge tourne lentement. Mais pour cet observateur le temps reste normal, une minute continue d’être une minute. Ce n’est que pour celui qui se déplace à une vitesse moindre que l’horloge du premier observateur semble plus lente. De même, l’observateur qui circule à une vitesse proche de celle de la lumière verra la terre tourner autour du soleil à une très grande vitesse. Et il lui semblera que le temps de la terre s’accélère, qu’une année passe en une seconde, mais, sur terre, un an continuera à être un an.
En 1972, on a placé une horloge de haute précision à bord d’un jet très rapide, pour ensuite comparer sa mesure du temps avec celle d’une autre horloge de haute précision restée à terre. Quand l’appareil volait vers l’est, l’horloge qui se trouvait à bord a perdu soixante nanosecondes par rapport à celle qui était au sol. Lorsque l’avion s’est dirigé vers l’ouest, l’horloge volante a gagné plus de deux cent soixante-dix nanosecondes. Cette différence procède, évidemment, de l’association de la vitesse du jet avec celle de la rotation de la terre. Quoi qu’il en soit, tout cela a été confirmé par les astronautes du Space Shuttle.
L’une des choses qu’Einstein a découvertes est que l’espace-temps était courbe. Quand une chose s’approche d’un objet très grand, comme le soleil, elle est attirée par cette énorme masse, comme si, soudain, elle arrivait au bord d’un gouffre. C’est ce qui explique la gravité. L’espace se courbe et, comme l’espace et le temps sont liés, le temps se courbe également. Ce que la théorie de la relativité générale a révélé, c’est que le passage du temps est plus lent en des lieux de forte gravité et plus rapide en des lieux de faible gravité. Ceci entraîne diverses conséquences, toutes liées entre elles. La première est que chaque objet existant dans le cosmos possède sa propre gravité, résultant de ses caractéristiques, ce qui signifie que le temps passe d’une manière différente en chaque point de l’univers. La deuxième conséquence est que le temps sur la lune est plus rapide que le temps sur la terre et le temps sur terre est plus rapide que le temps sur le soleil. Plus un objet a de masse, plus le temps est lent à sa surface. Les objets connus les plus chargés en gravité sont les trous noirs, ce qui signifie que si une navette s’approchait d’un trou noir, l’équipage verrait défiler sous ses yeux l’histoire de l’univers en accéléré, jusqu’à sa fin.
Les six jours de la Création, tels qu’ils sont décrits par la Bible, devaient être regardés à la lumière de la relation entre le temps sur la terre et l’espace-temps dans l’univers. Quand il parle d’un jour, l’Ancien Testament fait évidemment référence à un jour terrestre. Mais, selon les théories de la relativité, plus un objet a de masse, plus le passage du temps est lent à sa surface. Et la question qu’Einstein s’est posée est la suivante : combien de temps, à l’échelle temporelle de l’univers, correspond à un jour sur terre ? La question resta un instant en suspens. Einstein cherchait à mesurer le passage du temps à l’échelle de l’univers. La Bible elle-même établit que la terre n’a été créée que le troisième jour. Donc, bien que la mesure soit donnée en jours terrestres, l’Ancien Testament se réfère à l’évidence au troisième jour à l’échelle de l’univers, puisque, les deux premiers jours, la terre n’existait pas. Einstein s’est fondé sur une prévision faite en 1948 concernant la théorie du Big Bang : l’existence de la lumière rémanente du grand acte de la Création de l’univers. Chaque onde de lumière fonctionnerait comme un « tic » d’un grand « tictac » universel. Les ondes qui atteignent la terre se prolongent de 2,12 fractions d’un million, comparées aux ondes gérées par la lumière sur terre. Cela signifie, par exemple, qu’à chaque million de secondes, le soleil perd 2,12 secondes. La question est la suivante : si le soleil perd plus de deux secondes par rapport à la terre, combien de temps perd tout l’univers, dont la masse est bien plus élevée ? La gravité de l’univers varie au fil du temps. Au début, quand toute la matière était concentrée, la gravité était plus élevée que par la suite. Lorsque l’univers commença, toute la matière était concentrée. Ce qui signifie que la force de gravité
initiale était énorme et, par conséquent, le passage du temps très lent. Ses mains s’écartèrent lentement. À mesure que la matière se dilatait, le passage du temps s’accélérait, car la gravité diminuait.
Le premier jour biblique dura 8 000 millions d’années.Le deuxième jour dura 4 000 millions, le troisième dura 2 000 millions, la quatrième dura 1 000 millions, le cinquième dura 500 millions d’années et le sixième jour dura 250 millions d’années. Ce qui donne 15 000 millions d’années.
La Bible dit que l’univers a commencé il y a 15 000 millions d’années.
Les données scientifiques établissent l’âge de l’univers entre 10 et 20 000 millions d’années. Or,
15 000 millions d’années est exactement le point intermédiaire. Les derniers calculs les plus précis, du reste, approchent les 15 000 millions d’années. Par exemple, une vérification récente de la NASA estimé l’âge de l’univers autour de 14 000 millions d’années.
Coïncidence. Si curieuse, qu’elle l’a encouragé à poursuivre ses calculs. Il décida alors de comparer chaque jour biblique avec les événements qui se sont produits simultanément dans l’univers.
Le premier jour biblique a duré 8 000 millions d’années. Il a commencé voilà 15 700 millions d’années et s’est terminé il y a 7 700 millions d’années. La Bible dit que c’est à cette époque que se fit la lumière et que furent créés le ciel et la terre. Or, durant cette période, nous savons que s’est produit le Big Bang et que la matière s’est créée. Puis les étoiles et les galaxies se sont formées.
Le deuxième jour biblique dura 4 000 millions d’années et s’acheva voilà 3 700 millions d’années.
La Bible dit que Dieu créa le firmament au cours de ce deuxième jour. Nous savons aujourd’hui que c’est durant cette période que s’est formée notre galaxie, la voie lactée et le soleil. Autrement dit, tout ce qui se trouve aux environs de la terre a été créé à cette époque. Le troisième jour biblique, correspondant à 2 000 millions d’années qui prirent fin voilà 1 700 millions d’années, parle de la formation de la terre et de la mer et de l’apparition des plantes. Les données scientifiques indiquent que la terre s’est refroidie au cours de cette période et que l’eau est apparue à l’état liquide, aussitôt suivie par l’apparition de bactéries et de végétations marines, à savoir des algues. Le quatrième jour biblique dura 1 000 millions d’années et se termina voilà 750 millions d’années. La Bible dit que sont apparues pendant ce quatrième jour les lumières du firmament, à savoir le soleil, la lune et les étoiles.
Le soleil et les étoiles de la voie lactée sont apparus durant le deuxième jour biblique, il y a environ 7 000 millions d’années, mais elles n’étaient pas visibles depuis la terre. La Bible dit qu’ils ne
sont devenus visibles que le quatrième jour. Hors, le quatrième jour correspond justement à la période où l’atmosphère de la terre est devenue transparente laissant voir le ciel. Il correspond aussi à la période où la photosynthèse a commencé à émettre de l’oxygène dans l’atmosphère.
Le cinquième jour biblique dura 500 millions d’années et s’acheva il y a 150 millions d’années. Il est ici écrit que le cinquième jour, Dieu dit : « Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants et que des oiseaux volent au-dessus de la terre contre le firmament du ciel. » Il regarda les deux visiteurs. Comme on peut le voir, les études géologiques et biologiques indiquent pour cette période l’apparition des animaux multi-cellulaires et de toute la vie marine, ainsi que les premiers animaux volants.
Au sixième jour biblique, qui commença voilà 250 millions d’années. Selon la Bible, Dieu dit : « Que la Terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur Les animaux existent depuis plus de 250 millions d’années Il y a 250 millions d’années, s’est produit la plus grande extinction d’espèce connue. Pour une raison qui reste indéterminée, mais que certains supposent liée à un impact d’un grand corps céleste dans L’Antarctique, environ quatre-vingt-cinq pour cent des espèces existantes se sont éteintes du, jour au lendemain. Même un tiers des insectes a disparu, la seule extinction massive d’insectes connue. Cette extinction a failli éradiquer toute vie sur terre. Ce grand cataclysme s’est produit précisément il y a 250 millions d’années. Curieusement, au moment où commence le sixième jour biblique. Après cette monumentale extinction massive, la terre a été repeuplée. Cette référence explicite de la Bible aux reptiles
selon leur espèce, les dinosaures. Cela coïncide avec la période. Et, remarquez également que
l’homme surgit à la fin. C’est-à-dire à la fin de la chaîne de l’évolution.
Il y a eu évolution. Mais ce qui est intéressant dans le travail d’Einstein, c’est que l’histoire biblique de l’univers, quand le temps est mesuré d’après les fréquences de la lumière prévue par la théorie du Big Bang, cadre avec l’histoire scientifique de l’univers.
La sagesse antique renfermait des vérités profondes et il se prit à croire que l’Ancien Testament cachait un grand secret: La preuve de l’existence de Dieu. La force intelligente qui est derrière tout. Le Brahman, la Darmakâya, le Tao. L’un qui se révèle multiple. Le passé et le futur, l’Alpha et l’Oméga, le yin et le yang. Celui qui se présente sous mille noms qui n’en sont qu’un. Celui qui revêt les habits de Shiva et qui exécute la danse cosmique. Celui qui est immuable et impermanent, grand et petit, éternel et éphémère, la vie et la mort, tout et rien. Dieu.
Le sujet a cessé d’être pour lui matière à créance.
Tout ce travail a été mené entre 1951 et 1955, année de la mort d’Einstein. Le problème, c’est que
ces fameuses fréquences de lumière générées par le Big Bang n’étaient à cette époque qu’une simple
prévision théorique émise peu de temps auparavant, en 1948. Comment l’auteur des théories de la
relativité aurait-il pu affirmer catégoriquement que les six jours de la Création correspondaient
aux 15 000 millions d’années de l’existence de l’univers, dès lors que ses calculs se fondaient sur la
prévision de certaines fréquences dont l’existence se réduisait à une simple hypothèse académique ? En outre, à cette époque, il n’existait pas encore de calculs sur l’âge de l’univers aussi rigoureux que ceux dont on dispose aujourd’hui. N’oubliez pas, d’autre part, que la communauté scientifique de l’époque plaçait la théorie du Big Bang sur le même pied d’égalité que la théorie de l’univers éternel. Dans ces conditions, comment Einstein aurait-il pu risquer sa réputation ?
Le premier pas fut fait dix ans après la mort d’Einstein. En 1965, deux astrophysiciens américains
testaient une antenne de communication dans le New Jersey, lorsqu’ils ont découvert par hasard la
lumière primordiale prévue par la théorie du Big Bang et utilisée par Einstein pour son calcul de l’âge de l’univers. Ce phénomène s’appelle aujourd’hui « radiation cosmique de fond » et correspond aux microondes de la première lumière émise par l’univers et parvenue jusqu’à nous. C’est une sorte d’écho du Big Bang, mais qui peut aussi servir d’horloge cosmique.
Concernant la première précaution, des données supplémentaires étaient apparues. Un satellite
nommé COBE, lancé par la NASA pour mesurer la radiation cosmique de fond hors de l’atmosphère
terrestre, a détecté en 1989 d’infimes variations de température dans cette radiation, correspondant à des fluctuations dans la densité de la matière qui explique la naissance des étoiles et des galaxies. Un autre satellite encore plus sophistiqué, le WMAP, envoie depuis 2003 de nouvelles données concernant la radiation cosmique de fond, avec des révélations encore plus précises sur la naissance de l’univers. Ces récentes informations confirment que l’univers a émergé d’une brutale inflation survenue voilà environ 14 000 millions d’années.
L'intelligence et l'intention
Était-il possible de trouver une seconde voie qui prouverait scientifiquement l’existence de Dieu ? Qu’est-ce que Dieu ? Quand nous parlons de Dieu, de quoi parlons-nous exactement ? Dieu n’est pas un personnage protecteur qui passe sa vie à se soucier de ce que font les hommes. Ce Dieu-là est une création humaine. Einstein était convaincu que le Dieu de la Bible n’existait pas. Mais, en même temps, il a conclu qu’il y avait des vérités profondes mystérieusement cachées dans l’Ancien Testament. Les textes anciens renferment des secrets cachés. Par exemple, on vient de découvrir qu’il existe une étrange corrélation entre les vérités cabalistiques, liées à l’interprétation de l’Ancien Testament, et les théories de physique les plus avancées.
Par exemple, l’une des grandes rivales de la théorie du tout est la théorie des cordes. C’est un peu
compliqué à expliquer, mais ses équations prévoient que la matière élémentaire est formée par des cordes qui vibrent, se déployant dans un espace à vingt-six dimensions pour les microparticules d’énergie, appelées bosons, et à dix dimensions pour les autres microparticules, les fermions. Tout comme la force forte et la force faible restent circonscrites au microcosme après le Big Bang, les physiciens pensent que vingt-et-une dimensions restent également circonscrites au microcosme après la création de l’univers. Pour x raison, seules la gravité et la force électromagnétique ont exercé une influence visible sur le macrocosme, en y introduisant seulement quatre dimensions spatio-temporelles. C’est pour cette raison que l’univers nous semble avoir trois dimensions spatiales et une temporelle. Ce sont elles qui affectent notre monde visible, mais il y en a vingt-deux autres invisibles dans le microcosme, capables d’influencer seulement les microparticules.
Il y a une relation entre l’une des théories de physique les plus avancées, la théorie des cordes, et la Cabale. L’Arbre de Vie est une structure cabalistique qui explique l’acte de naissance de l’univers, l’unité élémentaire de la Création, dont la moindre particule indivisible contient les éléments du tout. Il est constitué par dix sephirot, c’est-à-dire dix émanations manifestées par Dieu lors de la Création. Chacun des dix sephirot correspond à un attribut divin.
La guématria est une technique cabalistique qui interprète les paroles de la Bible à travers un jeu de correspondance numérique entre les lettres de l’alphabet hébreu. Selon les cabalistes, Dieu a créé l’univers avec des nombres et des mots, et chaque nombre et chaque mot contient un mystère et une révélation. Par exemple, le premier mot de la Genèse est berechyt, qui signifie « au commencement». Or, si nous divisons berechyt en deux termes, on obtient bere, ou « créer », et chyt, « six ». La Création dura six jours. C’est une forme de guématria. La première parole de l’Ancien Testament contient en elle les six jours de la Création. Une autre forme de guématria consiste à simplement compter les lettres. Il est dit dans la Genèse qu’Abraham emmena 318 serviteurs lors d’une campagne militaire. Or la valeur numérique du nom de son serviteur Eliezer, selon les cabalistes, est 318, ce qui veut dire qu’Abraham n’a emmené avec lui que ce seul serviteur.
La guématria du plus grand nom de Dieu est Wodhey Vavhey est vingt-six. Combien de lettres renferme l’alphabet hébraïque ? Vingt-deux. Selon les cabalistes, combien de chemins de
sagesse Dieu a-t-Il parcourus pour créer l’univers ? Trente-six. Les chemins parcourus par Dieu pour créer l’univers correspondent à la combinaison des dix sephirot de l’Arbre de Vie avec les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, auxquels s’ajoutent quatre chemins. Dix sephirot cabalistiques pour créer l’univers, dix dimensions dans les cordes des fermions pour créer la matière, dit-il. Vingt-six est la guématria du plus grand nom de Dieu, vingt-six sont les dimensions dans les cordes des bosons pour créer la matière. Vingt-deux lettres dans l’alphabet hébraïque, et vingt-deux dimensions qui restent cachées dans le microcosme. Trente-six chemins parcourus par Dieu pour créer l’univers, et trente-six est la somme des dimensions où vibrent les bosons et les fermions. Il fit un clin d’oeil, comme un enfant qui a découvert la clé du coffre à jouets.
Les textes bouddhistes, les textes taoïstes, tous renferment des vérités éternelles, un type de vérités que la science commence à découvrir seulement aujourd’hui. La question est : comment les sages de l’Antiquité ont pu accéder à ces connaissances ? Personne ne le sait. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence. Après tout, l’être humain est porté à voir des similitudes dans tout. Mais, tout comme les microparticules de l’expérience Aspect ne sont que les rémanences d’un unique réel, il est aussi possible que les vérités scientifiques contenues dans les écritures sacrées constituent des rémanences de ce même et unique réel. C’est comme si les sages anciens avait été inspirés par quelque chose de profond, éternel, omniprésent mais invisible.
Qu’est-ce que signifie prouver l’existence de Dieu ? S’agit-il de concevoir un télescope assez puissant pour nous permettre de voir Dieu, avec sa grande barbe, jouant avec les étoiles ? S’agit-il de développer une équation mathématique contenant l’ADN de Dieu ? Mais que signifie donc prouver l’existence de Dieu ? La réponse repose sur trois points. Premier point, Dieu est subtil. À travers la théorie du chaos, des théorèmes de l’incomplétude et du principe d’incertitude, on s’aperçoit que le Créateur a masqué Sa signature, qu’Il s’est caché sous un voile ingénieusement conçu pour Le rendre invisible. Ce qui, bien entendu, complique sérieusement la tâche pour prouver Son existence. Deuxième point, Dieu n’est pas intelligible à travers l’observation. Autrement dit, on ne peut pas prouver Son existence par le biais d’un télescope ou d’un microscope. Supposons que l’univers soit Dieu, comme le soutenait Einstein. Comment L’observer dans sa totalité ? Les physiciens et les mathématiciens observaient l’univers un peu comme un ingénieur regarde une télévision.
Imaginez que l’on demande à un ingénieur ce qu’est une télévision. L’ingénieur va observer l’appareil, le démonter entièrement et dira qu’une télévision est un ensemble de fils et de circuits électriques structurés d’une certaine manière. Il donnera une réponse d’ingénieur. Car naturellement une télévision est bien davantage que des fils et des circuits électriques. Une télévision diffuse des programmes d’informations et de divertissements, elle produit un impact psychologique sur chaque individu, elle permet de transmettre des messages, elle engendre d’importants effets sociologiques, elle a une dimension politique et culturelle. La perspective réductionniste, centrée sur le hardware, et la perspective sémantique, insérée dans le programme. Les physiciens et les mathématiciens regardent l’univers comme un ingénieur regarde une télévision ou un ordinateur. Ils ne voient que la matière et les atomes, les forces et les lois qui les régissent, mais tout cela, en y regardant bien, n’est que le hardware. Car quel est le message de cette énorme télévision ? L’univers est bien plus que le hardware qui le constitue. C’est un immense programme.
Ce qui nous renvoie au problème de l’infini, s’exclama le physicien. Car si l’univers est le hardware de Dieu, cela soulève de curieuses questions. Par exemple, si nous autres, êtres humains, faisons partie de l’univers, cela signifie que nous faisons partie du hardware. Mais est-ce que nous sommes, nous-mêmes, l’univers ? Est-ce que l’univers est quelqu’un de si immensément grand que nous ne le voyons pas, si grand qu’il en devient invisible ? Quelqu’un d’aussi grand à nos yeux que nous le sommes pour nos cellules ? Sommes-nous pour l’univers ce que nos neurones sont pour nous ? Sommes-nous les neurones d’un être beaucoup plus grand ? L’univers est-il une entité organique dont nous ne sommes que les minuscules cellules ? Sommes-nous le Dieu de nos cellules et nous les cellules de Dieu ?
On recherche les particules fondamentales, mais dès que nous en trouvons une, nous finissons par nous apercevoir que celle-ci est elle-même composée de particules encore plus petites. Au début, on croyait que l’atome était la particule fondamentale. Puis on a découvert que l’atome était constitué de particules plus petites, les protons, les neutrons et les électrons. On a cru alors qu’il s’agissait là des particules fondamentales. Mais on a finalement découvert que les protons et les neutrons sont formés par d’autres particules encore plus petites, les quarks. Et d’aucuns pensent que ces quarks sont eux-mêmes formés par des particules encore plus infimes qui, à leur tour, en contiennent d’autres
encore plus petites. Le microcosme est infiniment petit.
Il se peut également que l’univers soit fini. Le navigateur portugais, Fernand de Magellan, a commencé à naviguer vers l’ouest. Il a navigué, navigué, navigué et, surprise, il est revenu à son point de départ. Autrement dit, il a prouvé que la terre est finie, sans avoir de limite. Il se peut qu’il en soit de même pour l’univers. Fini, mais sans limite. Tout ceci pour vous dire que la réponse au problème de la preuve de l’existence de Dieu repose sur trois points essentiels. Le premier est le constat que Dieu est subtil et le deuxième est le fait qu’on ne puisse pas L’observer à travers un télescope ou un microscope. Mais, malgré toutes ces difficultés, il y a un moyen indirect de parvenir à la preuve de l’existence de Dieu.
En s’appuyant sur deux caractéristiques fondamentales : l’intelligence et l’intention. Pour savoir si
l’univers a été créé par une intelligence consciente. Y a-t-il ou non une intelligence et une intention dans la création de l’univers ? Il ne suffisait pas que la réponse soit affirmative par rapport à l’un de ces points. Il fallait qu’elle soit affirmative par rapport aux deux. Si l’on observe la rotation de la terre autour du soleil, il semble évident qu’il y aune intelligence dans le mouvement. Mais cette intelligence est-elle intentionnelle ou fortuite ? Car, après tout, il pourrait s’agir d’un pur hasard, non ? Si l’univers est infiniment grand, il est inévitable que, parmi un nombre infini de situations différentes, certaines présentent les mêmes caractéristiques que la nôtre. Mais si l’intelligence cosmique est fortuite, il devient impossible d’y voir la main de Dieu. Il faut donc déterminer également s’il y a intention.
Le problème, c’est que le concept d’intention est très difficile à concrétiser. N’importe quel
professeur de droit vous le dira. Lors d’un procès au tribunal, l’une des grandes difficultés est justement de déterminer l’intention de l’inculpé ayant commis un certain acte. L’inculpé a tué une personne, mais l’a-t-il fait parce qu’il l’a voulu ou par accident ? L’inculpé sait bien que tuer volontairement est plus grave et, en général, il prétend l’avoir fait sans intention, tout n’était qu’un concours de circonstances, un terrible hasard. La difficulté revient donc à déterminer l’intention de l’acte. Il écarta les bras. Il en va de même pour l’univers. En regardant tout ce qui nous entoure, on constate qu’il existe une grande intelligence dans la conception des choses. Mais cette intelligence est-elle fortuite ou existe-t-il une intention derrière tout cela ? Et s’il y en a une, quelle est-elle ? Enfin, point crucial, existe-t-il un moyen, s’il y a intention, d’en démontrer l’existence ?
La montre de William Paley est un puissant argument. Si l’on découvre une montre par terre et
qu’on l’examine, on s’aperçoit aussitôt qu’elle a été conçue par un être intelligent ayant une intention. Or, si cela est vrai pour un objet aussi simple qu’une petite montre, pourquoi ne le serait-ce pas pour quelque chose de bien plus intelligent et complexe comme l’est l’univers ?
C’est un puissant indice d’intelligence et d’intention, mais ce n’est pas une preuve.
Tout est déterminé
p.268
Une bibliothèque est une métaphore de la signature divine dans l’univers. Imaginez qu’un enfant entre dans cette bibliothèque et découvre tous ces livres, rédigés en une langue inconnue, la plupart en latin. Bien entendu, l’enfant sait que quelqu’un a écrit ces livres et qu’ils révèlent des choses, même s’il ignore qui les a écrits et ce qu’ils racontent. D’autant que l’enfant ne connaît pas le latin. Il soupçonne que toute cette bibliothèque est régie par un ordre, mais cet ordre lui paraît mystérieux. Il posa la main sur sa poitrine. Nous sommes semblables à cet enfant et l’univers est comme cette bibliothèque. L’univers contient des lois, des forces et des constantes créées par quelqu’un, dans un dessein mystérieux et selon un ordre incompréhensible pour nous. Nous comprenons vaguement les lois, saisissons les grandes lignes de l’ordre qui régit tout, observons superficiellement que les constellations et les atomes se meuvent d’une certaine façon. Tout comme l’enfant, nous ignorons les
détails et n’avons qu’une pâle idée du sens global. Mais il y a une chose dont nous sommes sûrs : toute cette bibliothèque est organisée avec une intention. Même si nous ne pouvons pas lire les livres, même si nous n’en connaîtrons jamais les auteurs, le fait est que ces oeuvres renferment des messages et que cette bibliothèque est agencée selon un principe intelligent. Il en va de même pour l’univers.
« Ce qui m’intéresse réellement, c’est de savoir si Dieu aurait pu faire le monde d’une autre manière, autrement dit, si la nécessité d’une simplicité logique laisse quelque liberté ».
Si les conditions de départ avaient été autres, dans quelle mesure l’univers aurait été
différent ?
Avec l’apparition de la théorie du chaos, celle-ci a fourni des instruments mathématiques très précis pour aborder le problème de l’altération des conditions initiales d’un système.
L’expression « conditions initiales » renvoie à ce qui s’est passé aux premiers instants de la création de l’univers, avec la dispersion de l’énergie et de la matière. Mais il faut aussi considérer les
lois de l’univers, l’organisation des diverses forces, les valeurs des constantes de la nature… Tout,
absolument tout. Prenez, par exemple, le cas des constantes de la nature. Ne pensez-vous pas qu’elles
soient un élément crucial dans ce calcul ? Les constantes de la nature sont des quantités qui jouent un rôle fondamental dans le comportement de la matière et qui, en principe, présentent la même valeur partout dans l’univers, à tous moments de son histoire. Par exemple, un atome d’hydrogène est semblable sur terre ou dans une lointaine galaxie. Mais, plus encore, les constantes de la nature sont une série de valeurs mystérieuses qui se trouvent au coeur de l’univers et qui lui confèrent nombre de ses caractéristiques actuelles, en constituant une sorte de code qui renferme les secrets de l’existence.
/* Pi, e, ...*/
Et pourtant, ces constantes sont une donnée fondamentale, elles constituent une étrange propriété de l’univers et conditionnent tout ce qui nous entoure. On a découvert que la taille et la structure des atomes, des molécules, des corps, des planètes et des étoiles n’étaient ni l’effet du hasard ni d’un processus de sélection, mais résultaient des valeurs de ces constantes. Et si les valeurs des constantes de la nature étaient légèrement différentes ? Si la force de gravité était légèrement plus faible ou plus forte qu’elle ne l’est, si la lumière se déplaçait dans le vide à une vitesse un peu inférieure ou un peu supérieure à celle qui est la sienne, si la constante de Planck qui définit la plus petite unité d’énergie présentait une valeur un peu différente… Bref, ce type de choses. Que se passerait-il si ces valeurs subissaient de légères altérations ?
Il y a deux fins possibles pour l’univers. Ou bien l’univers cessait son expansion pour se mettre à se rétracter, jusqu’à s’écraser sur lui-même: Le Big Crunch…
… ou bien il poursuivait son expansion à l’infini jusqu’à l’épuisement de toute son énergie, pour se
transformer en cimetière glacé: Le Big Freeze. La cause, c’est la gravité. Si la vitesse d’expansion parvient à vaincre la force de gravité, l’univers se dilatera éternellement. S’il n’y parvient pas, il reviendra à son point de départ, un peu comme une pièce de monnaie qu’on lance en l’air et qui finit par retomber. Tant qu’elle monte, la pièce l’emporte sur la gravité. Mais, ensuite, la gravité finit par la vaincre.
Il existe une troisième hypothèse, celle où la force d’expansion est exactement la même que la force de gravité de toute la matière existante. La possibilité que cela se produise est infime, bien entendu, car ce serait une extraordinaire coïncidence que l’expansion de l’univers, étant donné les grandeurs mises en cause, soit exactement contrebalancée par la gravité exercée par toute la matière.
C’est ce que nous dit l’observation. L’univers se dilate à une vitesse singulièrement proche de la ligne critique qui sépare l’univers du Big Freeze de l’univers du Big Crunch. On a déjà découvert que l’expansion était en accélération, ce qui suggère un futur Big Freeze, mais c’est loin d’être
certain. En réalité, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous nous trouvons sur la ligne qui sépare les deux possibilités.
Étant donné la force brute du Big Bang, l’expansion ne peut pas être maîtrisée. Cette expansion devrait ou non vaincre la force de gravité de toute la matière. Il est infiniment improbable que l’expansion et la gravité s’équilibrent. Et pourtant, toutes deux paraissent très proches
d’un point d’équilibre. Car si le Big Bang est un événement accidentel et incontrôlable, la probabilité que l’univers se maintienne pour toujours dans un état chaotique, d’entropie maximale, serait écrasante. Le fait qu’il existe des structures de basse entropie est un grand mystère, si grand que certains physiciens parlent d’un incroyable hasard. Si toute l’énergie libérée par le Big Bang était plus faible d’une infime fraction, la matière retournerait en arrière et s’effondrerait en un gigantesque trou noir. Si elle était légèrement plus forte, la matière se disperserait si rapidement que les galaxies ne pourraient même pas se former. On parle de fractions incroyablement infimes. Pour que l’univers puisse se dilater d’une manière ordonnée, devait être d’une précision de un pour 10120.
1 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 0 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 00 000 0000 0000 0000 000 0000 0000 0000 000 0
L’univers n’aurait pas eu la possibilité d’abriter la vie. Il aurait reculé vers un monumental trou noir ou se serait dispersé sans former de galaxie.
Et pourtant l’énergie du Big Bang avait cette valeur incroyablement précise, concentrée dans cet intervalle extrêmement réduit. Le plus extraordinaire, c’est que seule l’énergie rigoureusement nécessaire à l’organisation de l’univers a été libérée. C’est-à-dire l’énergie strictement indispensable pour qu’il puisse exister. Il feuilleta encore quelques pages. Sur la question de la création de la matière. Lorsque s’est produit la grande expansion créatrice, il n’y avait pas de matière. La température était infiniment élevée, si élevée que même les atomes ne pouvaient se former. L’univers était alors une soupe bouillante de particules et d’antiparticules issues de l’énergie, qui s’anéantissaient sans cesse les unes aux autres. Ces particules, les quarks et les antiquarks, sont identiques, mais de charges opposées, si bien qu’au moindre contact elles explosent et redeviennent
de l’énergie. À mesure que l’univers se dilatait, la température a baissé, permettant aux quarks et aux
antiquarks de former de plus grandes particules, appelées hadrons, mais qui continuaient à s’anéantir
entre elles. Ainsi se sont créées la matière et l’antimatière. Comme les quantités de matière et d’antimatière étaient identiques et qu’elles s’annihilaient mutuellement, l’univers se réduisait à cette énergie et à ces particules éphémères, sans la possibilité que se forme une matière durable. Pour une raison très mystérieuse, la production de matière a commencé à être légèrement supérieure à celle de l’antimatière. Pour dix mille millions d’antiparticules, dix mille millions et une particules étaient produites. Il nota les quantités avec son stylo.
10 000 000 000 antiparticules
10 000 000 001 particules
Une différence minime, presque insignifiante. Pourtant cela a suffi pour produire la matière. Dix mille millions de particules étaient détruites par dix mille millions d’antiparticules, mais il en restait toujours une qui n’était pas détruite. C’est précisément cette particule rescapée, en s’assemblant avec les autres rescapées dans les mêmes circonstances, qui a formé la matière. La création de
l’univers résultait une fois encore d’un extraordinaire hasard. Si le nombre de particules et
d’antiparticules était resté le même, ce qui semble naturel, il n’y aurait pas eu de matière. Il sourit. Et
sans la matière, nous ne serions pas ici. Tout cela grâce à une particule supplémentaire. Un autre domaine où l’univers fait preuve d’une incroyable précision, c’est celui de son homogénéité. Lorsque s’est produit le Big Bang, les différences de densité étaient infimes, puis elles s’amplifièrent au fil du temps sous l’instabilité gravitationnelle de la matière. Le degré d’uniformité est infiniment faible, de l’ordre d’un pour cent mille, exactement la valeur nécessaire pour permettre à l’univers de se structurer. Ni plus ni moins. Si cette valeur avait été légèrement supérieure, les galaxies se seraient vite transformées en denses agglomérats et des trous noirs se seraient formés avant que ne soient réunies les conditions pour créer la vie. D’un autre côté, si le degré de non uniformité avait été un peu moindre, la densité de la matière aurait été trop faible et les étoiles ne se seraient pas formées. Autrement dit, il fallait que l’homogénéité soit exactement ce qu’elle est pour que la vie soit possible. Les possibilités pour qu’il en fût ainsi étaient infimes, mais elles se sont réalisées.
L’existence même des étoiles dotées d’une structure semblable à celle du soleil, permettant la vie, résulte d’un nouveau coup de chance. Regardez, la structure d’une étoile repose sur un délicat équilibre intérieur. Si l’irradiation de chaleur est trop forte, l’astre se transformera en une étoile bleue géante, et si elle trop faible, celui-ci se réduira à une minuscule étoile rouge. L’une sera excessivement chaude et l’autre excessivement froide, et aucune d’elles n’aura probablement de planètes. Mais la majorité des étoiles, y compris le soleil, se situent entre ces deux extrêmes, et le plus extraordinaire, c’est que les valeurs correspondant à ces extrêmes sont hautement probables, mais ne se sont pas concrétisées. Au lieu de ça, la relation des forces et la relation des masses des particules présentent une valeur qui semble calculée pour que la plupart des étoiles se situent dans cet
étroit espace entre les deux extrêmes, permettant ainsi qu’existent et que prédominent des étoiles comme le soleil. Il suffirait que la valeur de la gravité, de la force électromagnétique ou de la relation de masses entre l’électron et le proton soit légèrement modifiée pour que l’univers qui nous entoure devienne impossible.
Au sujet de deux importantes constantes de la nature, en particulier cette fameuse proportion des masses des électrons et des protons, appelée « constante beta », et la force d’interaction électromagnétique, appelée « constante de la structure fine », ou « alpha ». Il a donc modifié leurs valeurs puis a calculé les conséquences de cette modification. S’il se produisait une augmentation imperceptible de beta, les structures moléculaires ordonnées cesseraient aussitôt d’être possibles, étant donné que c’est la valeur actuelle de beta qui détermine les positions bien définies et stables des noyaux des atomes et qui oblige les électrons à se mouvoir selon des trajectoires bien précises autour de ces noyaux. Si la valeur de beta changeait légèrement, les électrons seraient pris d’une telle agitation qu’ils empêcheraient la réalisation de processus très précis, comme la reproduction de l’ADN. D’autre part, c’est l’actuelle valeur de beta qui, en corrélation avec alpha, produit au centre des étoiles suffisamment de chaleur pour générer des réactions nucléaires. Si beta excédait de 0,005 la valeur du carré d’alpha, il n’y aurait pas d’étoiles. Et sans étoiles, pas de soleil. Et sans soleil, pas de terre ni de vie.
Si alpha augmentait d’à peine quatre pour cent, le carbone ne pourrait plus être produit dans les étoiles. S’il n’augmentait que de 0,1 %, il n’y aurait plus de fusions dans les étoiles. Et sans carbone ni fusion stellaire, il n’y aurait plus de vie. Autrement dit, pour que l’univers puisse créer la vie,
il est indispensable que la valeur de la constante de la structure fine soit exactement ce qu’elle est. Ni plus, ni moins. Sur la force nucléaire forte, celle qui provoque les fusions nucléaires dans les étoiles et dans les bombes à hydrogène. Il a fait les calculs et a découvert que si la force forte n’avait augmenté que de quatre pour cent, lors des phases initiales après le Big Bang, l’hydrogène de tout l’univers aurait brûlé trop rapidement, pour se convertir en hélium 2. Cela aurait été un désastre, car les étoiles auraient vite épuisé leur combustible et certaines se seraient transformées en trous noirs avant même que n’existent les conditions pour créer la vie. D’un autre côté, si la force forte se
réduisait de dix pour cent, cela affecterait à tel point les atomes qu’ils empêcheraient la formation d’éléments plus lourds que l’hydrogène. Or, sans ces éléments plus lourds, dont le carbone, il n’y a plus de vie. La valeur de la force forte ne disposait que d’une infime marge pour créer les conditions propres à la vie et, comme par miracle, c’est précisément dans cette infime marge que se situe la force forte. La conversion de l’hydrogène en hélium, cruciale pour la vie, est un processus qui requiert
une extrême précision. La transformation doit obéir à un taux exact de sept millième de sa masse par
rapport à l’énergie. Si celui-ci baissait d’une seule fraction, la transformation ne se produirait plus et
l’univers se réduirait à de l’hydrogène. Si le taux augmentait d’une seule fraction, l’hydrogène
s’épuiserait rapidement dans tout l’univers.
0,006% – seulement de l’hydrogène
0,008% – hydrogène épuisé
Autrement dit, pour que la vie existe, il est nécessaire que le taux de conversion de l’hydrogène en hélium se situe exactement dans cet intervalle. Or, quelle coïncidence : c’est justement là qu’il se situe !
Prenons maintenant le carbone. Pour diverses raisons, le carbone est l’élément sur lequel repose la vie. Sans lui, l’élaboration de la vie spontanée est impossible, étant donné que seul cet élément est suffisamment flexible pour former les longues et complexes chaînes nécessaires aux processus vitaux. Aucun autre élément ne peut le faire. Le problème, c’est que la formation du carbone n’est possible que par un concours de circonstances extraordinaires. Pour former le carbone, il faut que le béryl radioactif absorbe un noyau d’hélium. Cela semble simple. Le problème est que le temps de vie du béryl radioactif se réduit à une insignifiante fraction de seconde.
0,0000000000000001 seconde
Le béryl radioactif ne dure que cet instant.
C’est au cours de cet instant infiniment court que le noyau du béryl radioactif doit localiser, heurter et absorber un noyau d’hélium, créant ainsi le carbone. Mais, pour que cela puisse se faire en un temps aussi bref, il faut que les énergies de ces noyaux soient exactement identiques au moment de leur collision. Or, nouvelle surprise, elles le sont précisément ! S’il y avait eu la moindre différence, même la plus infime, le carbone n’aurait jamais pu se former. Mais, aussi stupéfiant que cela puisse paraître, il n’y a aucune différence. Grâce à un coup du sort inespéré, l’énergie des constituants nucléaires des étoiles se situe au point précis qui permet leur fusion.
Sans compter qu’il y a encore un autre coup de chance, car le temps de collision de l’hélium est encore plus bref que le temps de vie infiniment court du béryl radioactif, et c’est cela qui permet la réaction nucléaire produisant le carbone. D’autre part, il y a le problème du carbone qui subsiste après l’activité nucléaire dans l’étoile, ce qui n’est possible que dans des conditions très particulières. Eh bien ! Grâce à une nouvelle et extraordinaire coïncidence, ces conditions ont été réunies et le carbone ne se transforme pas en oxygène.
L’incroyable précision présente dans les diverses forces, dans la température de l’univers primordial, dans son taux d’expansion, mais aussi les extraordinaires coïncidences nécessaires à notre propre planète. Par exemple, le problème de l’inclinaison de l’axe d’une planète. Du fait des résonances entre la rotation des planètes et l’ensemble des corps du système solaire, la terre devrait suivre une évolution chaotique dans l’inclinaison de son axe de rotation ce qui, évidemment, empêcherait l’existence de la vie. Un hémisphère pourrait passer six mois exposé au soleil, sans aucune nuit, et six autres mois à la lumière des étoiles. Mais notre planète a eu une chance incroyable. L’apparition de la lune. La lune est un objet si grand que ses effets gravitationnels réduisent l’angle d’inclinaison de notre planète, permettant ainsi la vie.
Tous les détails semblent conspirer pour permettre la vie sur terre. Par exemple, le fait que la terre possède du nickel et du fer liquide en quantité suffisante dans son noyau pour générer un champ magnétique indispensable propre à protéger l’atmosphère des particules létales émises par le soleil. C’est une chance. Une autre coïncidence extraordinaire est le fait que le carbone soit l’élément solide le plus abondant dans l’espace thermique où l’eau est liquide. Même l’orbite de la terre est cruciale. Cinq pour cent plus proche du soleil ou quinze pour cent plus éloigné suffirait pour empêcher le développement de forme complexe de vie.
Cela veut dire que ce n’est pas seulement la vie qui s’est adaptée à l’univers. L’univers lui-même s’est préparé à la vie. D’une certaine façon, c’est comme si l’univers avait toujours su que nous apparaîtrions sur terre. Notre chétive existence semble dépendre d’une extraordinaire et mystérieuse chaîne de coïncidences et d’improbabilités. Les propriétés de l’univers, telles qu’elles se trouvent configurées sont des conditions indispensables pour permettre la vie. Ces propriétés pourraient être infiniment différentes. Toutes les autres alternatives conduiraient à un univers sans vie. Pour qu’il y ait vie, un grand nombre de paramètres doivent être réglés sur des valeurs bien spécifiques et très rigoureuses. Et que découvrons-nous ? Ce réglage existe. On appelle cela le principe anthropique. Le principe anthropique signifie que l’univers a été créé pour que l’homme puisse y vivre.
Nous avons décroché le gros lot concernant la précision de l’expansion de l’univers, concernant la
précision de la température primordiale, concernant la précision de l’homogénéité de la matière,
concernant la légère prédominance de la matière sur l’antimatière, concernant la précision de la constante de la structure fine, concernant la précision des valeurs des forces fortes, et électrofaibles et de la gravité, concernant la précision du taux de conversion de l’hydrogène en hélium, concernant le délicat processus de formation du carbone, concernant l’existence dans le noyau de la terre de métaux qui créent le champ magnétique, concernant l’orbite de la planète… Bref concernant tout ; il aurait suffi que les valeurs soient légèrement différentes pour un seul de ces facteurs et… Il n’y aurait pas eu de vie. Mais non, ils coïncident tous.
Plus nous observons et analysons l’univers, plus nous en concluons qu’il révèle les deux caractéristiques fondamentales inhérentes à l’action d’une force intelligente et consciente. La première c’est l’intelligence avec laquelle tout est conçu. L’autre est l’intention de planifier les choses pour créer la vie. Le principe anthropique nous révèle qu’il y a intention dans la conception de la vie. La vie n’est pas un accident, elle n’est pas le fruit du hasard, elle n’est pas le produit fortuit de circonstances anormales. Elle est le résultat inévitable de la plus simple application de la physique et des mystérieuses valeurs de ces constantes.
L’univers est conçu pour créer la vie.
La découverte du principe anthropique constitue la seconde voie qui confirme l’existence de Dieu.
Évidemment, le principe anthropique constitue un indice très important de l’existence de Dieu.
Puisque tout est aussi méticuleusement réglé pour rendre la vie possible, c’est parce que l’univers a été, de fait, conçu pour la créer. Mais un léger doute demeure. Il est infime, mais il existe, comme une écharde plantée dans le pied, un pénible obstacle qui nous empêche d’en avoir la certitude absolue. Et si tout n’était qu’un monumental hasard ? Et si toutes ces circonstances résultaient d’un incroyable concours d’étonnantes coïncidences ? Nous avons gagné à plusieurs loteries cosmiques, c’est certain et incontestable, mais aussi improbable que cela puisse paraître, il reste toujours la minuscule possibilité que tout n’ait été qu’un gigantesque accident.
Kant a écrit un jour qu’il y a trois questions qui ne seront jamais résolues : l’existence de Dieu, l’immortalité et le libre arbitre. Ces questions étaient non seulement résolubles, mais également liées entre elles. Le problème du libre arbitre est celui de savoir jusqu’à quel point nous sommes libre dans nos décisions. Durant longtemps on a pensé que nous l’étions, mais les découvertes scientifiques ont graduellement limité les champs de notre liberté. On a découvert que nos décisions, bien qu’elles nous paraissent libres, sont en réalité conditionnées par d’innombrables facteurs. Par exemple, quand je décide de manger, cette décision est-elle vraiment prise par ma conscience ou par une nécessité biologique de mon corps ? Peu à peu, on s’est aperçu que nos décisions n’étaient pas vraiment les nôtres. Tout ce que nous faisons correspond à ce que nous imposent nos caractéristiques intrinsèques, comme l’ADN, la biologie et la chimie de notre corps, sans compter les autres facteurs en interaction dynamique et complexe avec le monde extérieur, comme la culture, l’idéologie et tous les divers événements qui jalonnent notre vie. Par exemple, on a découvert qu’il y a des gens tristes, non pas parce que leur vie est triste, mais pour la simple raison que leur corps ne produit pas de sérotonine, une substance qui régule l’humeur. Si bien que la plupart des actions de ces gens déprimés sont déterminées par cette insuffisance chimique et non par leur libre arbitre. Cette idée que nous ne disposons d’aucun libre arbitre, que la libre volonté n’est qu’une illusion. On dirait que nous ne sommes que de simples robots…
C’est pourtant ce que la science conclut d’une certaine manière. Les mathématiques, par exemple, sont déterministes. 2 et 2 font toujours 4. La physique est l’application des mathématiques à l’univers, dont la matière et l’énergie obéissent à des lois et à des forces universelles. Quand une planète tourne autour du soleil ou qu’un électron gravite autour du noyau d’un atome, cela ne se produit pas parce qu’ils le veulent, mais parce que ce sont les lois de la physique qui les y obligent. La matière tente de s’organiser spontanément, en obéissant aux lois de l’univers. Cette organisation implique une complexification. Or, à partir d’un certain point où les atomes s’organisent en élément, son étude cesse de relever du domaine de la physique pour rejoindre celui de la chimie. Autrement dit, la chimie est la physique complexifiée. Quand les éléments chimiques se complexifient à
leur tour, naissent les êtres vivants qui se caractérisent par leur capacité à se reproduire et par leur comportement téléologique, à savoir qu’ils agissent en fonction d’un objectif : la survie. La biologie est la chimie complexifiée. Quand la biologie devient elle-même complexe, émerge alors l’intelligence et la conscience dont les comportements, parfois, semblent étranges, n’obéissant apparemment à aucune loi. Mais les psychologues et les psychiatres ont déjà démontré que tous les comportements ont une raison d’être, ils ne se produisent ni spontanément ni par la grâce du
Saint-Esprit. Leurs causes peuvent nous échapper, mais elles existent. Il y a même des expériences
documentées qui montrent que le cerveau prend la décision d’agir avant que la conscience ne s’en
aperçoive. Le cerveau prend la décision et en informe ensuite la conscience, mais cela s’effectue avec
une telle subtilité que la conscience croit que la décision vient d’elle. Cela signifie que la psychologie est la biologie complexifiée. Quand on cherche l’essence la plus simple des choses, que la conscience a pour fondement la biologie qui a pour fondement la chimie, qui a pour fondement la physique, qui a pour fondement les mathématiques. L’électron ne tourne pas vers la gauche ou vers la droite parce qu’il le veut, mais parce que les lois de la physique l’y contraignent. Le comportement de l’électron peut être indéterminable, en raison de son extrême complexité chaotique, mais il reste déterminé. Il posa sa main sur la poitrine. Comme nous sommes tous faits d’atome, organisés d’une façon extraordinairement complexe par les lois de la physique, notre comportement est également déterminé. Mais, tout comme l’électron, notre comportement est aussi indéterminable, puisqu’il résulte d’une complexité chaotique inhérente. Un peu comme l’état du temps. La météorologie est déterminée, mais reste indéterminable, en raison des facteurs et du problème de l’infini, où les plus légères modifications des conditions initiales provoquent des résultats imprévisibles à long terme. C’est la vieille histoire du battement d’ailes d’un papillon qui peut provoquer une tempête à l’autre bout de la planète quelque temps après. De même, les psychiatres disent qu’un événement dans l’enfance peut conditionner le comportement d’un individu à l’âge adulte. Et qu’est-ce
que cela sinon l’effet papillon appliqué à l’échelle humaine ?
Même si nos décisions nous paraissent libres, elles ne le sont pas en réalité. Bien au contraire, elles sont toutes conditionnées par des facteurs dont l’influence, la plupart du temps, nous échappe. D’un point de vue macrocosmique, tout est déterminé. Mais, du point de vue du microcosme de chaque individu, rien ne semble déterminé car personne ne sait ce qui va se passer. Il y a beaucoup de facteurs externes qui nous obligent à prendre des décisions. Par exemple, s’il commence à pleuvoir, nous décidons de prendre un parapluie. Cette décision est la nôtre, bien qu’elle soit « déterminée par » car, sans qu’on le sache, les lois de la physique ont concouru au fait qu’il se mette à pleuvoir à cet instant et le programme incorporé dans notre cerveau a déterminé que le parapluie était la réponse adéquate à cette situation extérieure. Le libre arbitre est un concept du présent. Mais nous ne pouvons pas changer ce que nous avons fait par le passé. Cela signifie donc que le passé se trouve déterminé. Hors, si le passé et le futur existent ensemble, bien que sur des plans différents, le futur est également déterminé.
Il ne faut pas voir les choses ainsi, dit le physicien. Imaginez un match de football. Imaginez que vous ayez enregistré le match France-Italie de la finale du mondial 2006. Au cours du match, les joueurs prennent de libres décisions. Ils prennent le ballon et le lancent d’un côté ou de l’autre.
Seulement, en regardant l’enregistrement, on s’aperçoit que tout est déterminé. Le match se termine sur un score de 1-1 et l’Italie gagnera aux tirs au but. Quoi que les joueurs fassent dans cet enregistrement, le résultat est déterminé, jamais ils ne pourront le changer. À la fin du DVD, l’Italie l’emporte. Plus encore, toutes les actions des joueurs, qui étaient libres à ce moment-là, sont déjà déterminées. Jusqu’au coup de tête de Zidane sur Materazzi. Eh bien, la vie est comme un match enregistré. Nous prenons des décisions libres, mais elles sont déjà déterminées.
Vous souvenez-vous du Démon de Laplace ? Comme vous le savez, la science a découvert que tous les événements avaient des causes et des effets, étant donné que les causes sont déjà les effets d’un événement antérieur et que les effets deviennent les causes d’événements à venir. Poussant jusqu’aux dernières conséquences l’incessant processus des causes et des effets, le marquis de Laplace a déterminé, au XVIIIe siècle, que l’actuel état de l’univers était l’effet de son état antérieur et la cause de celui qui le suivra. Si nous connaissions tous l’état présent de toute la matière, de toute l’énergie et de toutes les lois, jusqu’au plus infime détail, nous pourrions calculer tout le passé et tout le futur. Pour employer l’expression utilisée par Laplace lui-même, le futur et le passé seraient, dans ce cas, présents à nos yeux.
Tout est déterminé.
Tout est déterminé. D’une certaine manière, le passé et le futur existent. Or, de la même manière que nous ne pouvons pas changer le passé, nous ne pouvons pas changer non plus le futur, puisque les deux sont la même chose en des temps différents. Cela veut dire que si le passé est déterminé, alors le futur l’est également. Du reste, cette découverte a été confirmée par les théories de la relativité, dont les équations déterministes établissent implicitement que tout ce qui est arrivé et arrivera se trouve inscrit dans toute l’information initiale de l’univers. L’espace et le temps sont différentes manifestations d’une même unité, un peu comme le yin et le yang ; Einstein appelait ce concept « l’espace-temps ». Ainsi, de même que Lisbonne et New York existent, mais pas dans le même espace, le passé et le futur existent, mais pas dans le même temps. Depuis Lisbonne, je ne peux pas voir New York, tout comme depuis le passé je ne peux pas voir le futur, bien que tous deux existent.
Les théories de la relativité ont montré d’autre part que le temps s’écoulait de manière différente en divers endroits de l’univers, conditionné par la vitesse de la matière et par la force de gravité. Les
événements A et B se produisent simultanément en un point de l’univers et se produisent successivement en d’autres lieux, en un point d’abord A et ensuite B, tandis qu’en un troisième point se produit d’abord B et ensuite A. Cela signifie qu’en un point de l’univers, B ne s’est pas encore produit, mais est en passe de le faire. Quoi qu’il arrive, B va se produire car c’est déterminé. Quand est-ce que tout a été déterminé ?
Tout a été déterminé au commencement, à l’instant où l’univers s’est formé. L’énergie et la matière ont été distribuées d’une manière déterminée et les lois et les valeurs des constantes ont été conçues de manière déterminée, et cela a aussitôt déterminé l’évolution future de toute cette matière et de toute cette énergie.
Le fait que tout soit déterminé signifie que tout ce qui est arrivé, arrive et arrivera est prévu depuis l’aube des temps. C’est comme si nous étions des acteurs sur un immense plateau de tournage, chacun interprétant son rôle, en obéissant à un monumental scénario écrit par un scénariste invisible au commencement de l’univers.
/* Yvon Combe, L'univers vibratoire de l'Esprit
https://www.youtube.com/watch?v=nbFgiUTfg_s
*/
L’univers a été conçu avec une telle ingéniosité, qu’elle dénonce une intelligence et avec une précision telle, qu’elle dénonce une intention. Notre existence n’a pas la moindre chance d’être accidentelle par le simple fait que tout est déterminé depuis le commencement.
p.281
Einstein recherchait l’endgame de l’univers. Elle signifie l’objectif final d’un jeu. Regardez tout ce qui nous entoure, dit-il. Ici, sur cette planète, il y a partout de la vie. Dans les plaines et sur les montagnes, dans les océans et dans les fleuves, et même sous la terre. Où que nous nous
tournions, nous trouvons de la vie. Et pourtant, nous savons que tout cela est éphémère, n’est-ce pas ?
La période où la vie est possible dans l’univers est très limitée. Cette période fertile en vie n’est qu’un court épisode dans l’histoire de l’univers. La vie sur la terre dépend de l’activité du soleil. Or, le soleil ne va pas exister éternellement. S’il était un homme, il aurait déjà plus de quarante ans, ce qui signifie qu’il a probablement déjà dépassé la moitié de son existence. Chaque jour, notre étoile devient plus brillante, réchauffant graduellement notre planète jusqu’au moment où elle détruira toute la biosphère, ce qui devrait se produire dans mille millions d’années. Comme si cela ne suffisait pas, d’ici quatre ou cinq mille millions d’années, tout le combustible qui alimente l’activité solaire sera épuisé. Le noyau, dans un effort désespéré pour maintenir sa production d’énergie, devra se rétracter jusqu’à ce que les effets quantiques finissent par le déstabiliser. À ce moment-là, le soleil gonflera tant qu’il se transformera en une étoile géante rouge, dont la surface croissante engloutira les planètes avoisinantes.
Tout va plutôt mal se terminer. La terre elle-même finira par être engloutie par le soleil, noyée dans cette fournaise infernale. Et, quand tout le combustible solaire sera consumé, la pression interne chutera et le soleil se rétrécira jusqu’à atteindre la taille actuelle de la terre, en se refroidissant comme une naine noire. Le même processus s’opérera dans les étoiles qui se trouvent dans le ciel. Une à une, elles gonfleront et s’éteindront, certaines en se rétractant jusqu’à devenir des naines, d’autres en explosant en supernovas. Le problème, c’est qu’il en naîtra de moins en moins, car les éléments qui les composent sont en voie de disparition, l’hydrogène primordial s’épuise et des gaz commencent à se dissiper. Le pire, c’est que dans quelques milliers de millions d’années, les étoiles cesseront de naître. Il n’y aura plus que des funérailles galactiques. Avec la mort graduelle des étoiles, les galaxies deviendront toujours plus sombres, jusqu’au jour où toutes s’éteindront et où l’univers se transformera en un immense cimetière, plein de trous noirs. Mais même les trous noirs finiront par
disparaître, avec le retour complet de la matière à l’état d’énergie. À un stade très avancé, seuls
subsisteront quelques radiations.
Ce qui remet fortement en cause le principe anthropique. Si l’univers est voué à mourir de cette façon, quel est le but de la vie ? Pour quelle raison Dieu a-t-il réglé la Création de l’univers pour permettre la naissance de la vie s’il projetait de la détruire aussitôt après ? Quel est l’objectif final ?La solution s’appelle le principe anthropique final et repose sur l’idée qu’il serait absurde que
l’univers soit organisé de façon à permettre l’apparition de la vie pour ensuite s’éteindre de cette
manière. Le principe anthropique final postule que l’univers est réglé pour provoquer la naissance de la vie. Mais pas de n’importe quelle vie. Il s’agit de la vie intelligente. Et, une fois apparue, la vie
intelligente ne disparaîtra jamais plus.
/* Modèle considérant l'hypothèse que l'homme est confiné dans le corps physique...Mais si l'homme était en fait suivant le Modèle de Dieu, un pur Esprit, qui doit rechercher sa propre réalité et revenir à elle? Modèle Urantia */
Il nous faudra quitter la terre, c’est évident. Si nous partons vers d’autres étoiles, nous échapperons à l’inévitable destruction de la terre. L’étude de la survie et du comportement de la vie dans un futur lointain est récemment devenue une nouvelle branche de la physique. Les recherches autour de cette question ont commencé avec la publication en 1979 d’un article signé par Freeman Dyson, intitulé Time without end : Physics and Biology in an Open Universe. Dyson esquissa là un premier
système, très incomplet, qui allait être reformulé par d’autres scientifiques s’intéressant à la même
question, notamment Steve Frautschi, lequel publia un autre texte scientifique sur le même sujet dans la revue Science en 1982. Suivirent d’autres nouvelles études autour du problème, toutes reposant sur les lois de la physique et sur la théorie des ordinateurs.
La première phase est déjà amorcée. Il s’agit du développement de l’intelligence artificielle. Il est
vrai que notre civilisation n’en est qu’à ses premiers pas dans le domaine de l’informatique, mais
l’évolution est très rapide et il est possible qu’un jour nous soyons capable de développer une
technologie aussi intelligente que nous, voire plus. D’ailleurs, au rythme actuel de l’évolution, les calculs montrent que les ordinateurs atteindront le niveau humain de gestion et d’intégration des données dans un siècle tout au plus. Le jour où ils atteindront notre niveau, les ordinateurs acquerront une conscience, comme du reste le suggère le test de Turing, dont vous avez peut-être entendu déjà parler. Donc, les ingénieurs prévoient que non seulement nous développerons des ordinateurs aussi
intelligents que nous, mais aussi des robots qui seront des constructeurs universaux. Les constructeurs universaux sont des engins capables de construire tout ce qui peut l’être. Par
exemple, les machines qui fabriquent les voitures à la chaîne dans les usines ne sont pas des constructeurs universaux, car elles ne peuvent fabriquer que des voitures. Mais les êtres humains, eux, sont des constructeurs universaux, puisqu’ils sont capables de tout construire. Or, les scientifiques tiennent pour acquis la possibilité de concevoir une machine qui soit un constructeur universel. Le mathématicien Von Neumann a déjà montré comment ces constructeurs pouvaient être créés et la NASA affirme qu’il suffirait de quelques dizaines d’années pour les fabriquer, dès lors que les financements seraient assurés, bien entendu.
Par conséquent, l’intelligence sur terre n’aura pas d’autre choix : il lui faudra quitter son berceau et partir à la conquête des étoiles. Les instruments de cette conquête seront les ordinateurs et les constructeurs universaux. Il semble inévitable que, dans un lointain avenir, les êtres humains devront envoyer des constructeurs universaux informatisés vers les étoiles les plus proches. Ces constructeurs universaux auront des instructions spécifiques pour coloniser de nouveaux systèmes solaires et pour y fabriquer de nouveaux constructeurs universaux, lesquels, à leur tour, iront explorer les étoiles suivantes, dans un processus en croissance exponentielle. Cela commencera bien sûr par l’exploration des étoiles les plus proches, comme Alpha du Centaure, puis graduellement vers les étoiles suivantes, respectivement Tau Cetu, Epsilon Eridani, Procyon et Syrius dans une seconde étape.Le processus sera très long évidemment. Quelques milliers d’années. Mais, si c’est très long à échelle humaine, cela ne l’est pas à l’échelle universelle. Il suffirait de fabriquer quatre ou cinq de ces constructeurs universaux, guère plus. Car une fois parvenu dans un système solaire, le constructeur universel chercherait des planètes ou des astéroïdes où il pourrait extraire les métaux et toute la matière première dont il aurait besoin. Le robot se mettra à coloniser ce système et à le peupler de vies artificielles préprogrammées par nous ou même de vies humaines puisqu’il sera possible de leur transmettre notre code génétique pour se reproduire dans des conditions bien déterminées. En outre, le robot aura également pour mission de fabriquer de nouveaux constructeurs universaux, qu’ils enverront vers les étoiles suivantes. Peu à peu, le processus de colonisation des étoiles s’accélérera car il y aura toujours plus de constructeurs universaux. Même si la civilisation originelle disparaît, suite à un quelconque cataclysme, cette civilisation continuera à se répandre d’une manière autonome dans la galaxie, grâce aux constructeurs universaux et à leur programme automatique de colonisation.
Le premier objectif sera d’explorer. Nous voulons apprendre des choses sur l’univers, un
peu comme les explorations que nous faisons sur la lune et sur les planètes du système solaire. Ensuite, à mesure que la terre deviendra toujours plus inhabitable, la priorité sera de trouver des planètes vers lesquelles on pourra transférer la vie. Avec la prolifération exponentielle des constructeurs universaux, toute notre galaxie finira par être colonisée. Depuis une petite planète périphérique, l’intelligence se répandra dans toute la voix lactée. Mais le carbone ne prédomine qu’à l’état solide dans une étrange marge thermique. Nous, êtres humains, commençons à développer une autre forme de vie à travers d’autres atomes, comme le silicium, par exemple. Ce que les constructeurs universaux vont répandre dans la galaxie, ce sera l’intelligence artificielle contenue dans les chips de leurs ordinateurs. Il n’est pas sûr que la vie, basée sur les atomes de carbone, soit capable de survivre à des voyages de milliers d’années parmi les étoiles. Ce n’est peut être
pas impossible, mais c’est loin d’être certain. Notre seule certitude c’est que l’intelligence artificielle sera capable de le faire.
La vie basée sur l’atome de carbone est condamnée à s’éteindre, cela ne fait aucun doute. Même si l’on arrivait à bâtir cette arche de Noé galactique et à transporter la vie telle que nous la connaissons vers une planète de la constellation du centaure, par exemple, le fait est qu’un jour toutes les étoiles disparaîtront. Or, sans les étoiles, la vie basée sur l’atome de carbone est impossible. L’intelligence artificielle n’a pas besoin d’étoiles pour fonctionner. Il lui faut des sources d’énergie, c’est évident, mais ces sources ne sont pas nécessairement les étoiles. Ce peut-être la force forte contenue dans le noyau d’un atome, par exemple. Cette intelligence peut se loger dans des espaces infimes, en recourant à la nanotechnologie, si bien qu’il lui faut beaucoup moins d’énergie pour maintenir son fonctionnement. Dans ce sens, et si on définit la vie comme un processus complexe d’agencement de l’information, la vie perdurera. La différence est que le hardware cesse d’être le corps biologique pour devenir les chips. Mais, à bien y regarder, ce qui fait la vie n’est pas le hardware. C’est le software. Je peux continuer à exister non pas dans un corps organique fait de carbone, mais dans un corps métallique, par exemple. Puisqu’il existe déjà des gens qui vivent avec une jambe ou un coeur artificiel, pourquoi ne pourrait-on pas vivre avec un corps entièrement artificiel ? Si on transférait toute ma mémoire et tous mes processus cognitifs dans un ordinateur et qu’on me donnait des caméras pour voir ce qui se passe autour de moi et un micro pour parler, je continuerais à me sentir moi. Dans un corps différent, certes, mais je serais tout de même moi. À bien y regarder, ma conscience est une sorte de programme d’ordinateur et rien n’empêcherait ce programme de continuer à exister si je pouvais créer un hardware adapté où l’insérer.
Ainsi l’exige le postulat du principe anthropique final pour assurer la survie de l’intelligence dans l’univers. Ou bien l’univers se termine en Big Freeze ou bien il finit en Big Crunch. Pour le moment, l’expansion de l’univers semble approcher de son point critique, ce qui nous empêche de déterminer avec certitude quelle sera son évolution. Mais, bien qu’on ait constaté que cette expansion allait en s’accélérant le scénario du Big Crunch. L’accélération de l’expansion de l’univers devra
obligatoirement s’arrêter. Il y a des galaxies qui s’éloignent de nous à une vitesse proche de
quatre-vingt-quinze pour cent de celle de la lumière. Si l’accélération continuait ainsi, il arriverait un
moment où la vitesse de l’expansion serait supérieure à la vitesse de la lumière. Or, c’est impossible.
Donc, l’expansion de l’univers devra ralentir, il n’y a pas d’alternative.
Mais ceci n’implique pas forcément l’inversion de l’expansion vers une rétraction. Mais cela signifie que l’accélération est une étape qui prendra fin. De là à la rétraction, il n’y a qu’un pas, dont la probabilité découle d’un constat simple. S’il y a une chose que nous ne cessons de vérifier à chaque fois que nous examinons un système, c’est que tout a un commencement et une fin. Plus important encore, tout ce qui naît finit par mourir. Les plantes naissent et meurent, les animaux naissent et meurent, les écosystèmes naissent et meurent, les planètes naissent et meurent, les étoiles naissent et meurent, les galaxies naissent et meurent. Or, nous savons que l’espace et le temps sont nés. Ils sont nés du Big Bang. Donc, conformément au principe que tout ce qui naît doit mourir, l’espace et le temps finiront également par mourir. Mais le Big Freeze, au contraire, établit que le temps et l’espace, bien qu’ils soient nés, ne mourront pas, ce qui contredit ce principe universel. En conséquence, le Big Crunch est la destinée la plus probable de l’univers, puisqu’il respecte le principe que tout ce qui naît doit mourir.
Les scientifiques croient que l’univers est sphérique, fini mais sans limites. Si nous pouvions voyager dans l’espace toujours dans la même direction, nous finirions probablement par revenir à notre point de départ. Comme les théories de la relativité montrent que l’espace et le temps sont différentes manifestations d’une même chose d’une certaine façon, était également sphérique. Imaginez que le
temps soit la planète terre et que le Big Bang se situe au pôle Nord. Imaginez qu’il y ait divers navires qui se trouvent tous réunis au pôle Nord, le point du Big Bang. L’un s’appelle voie lactée, l’autre s’appelle andromède, un autre encore s’appelle galaxie M87. Tout à coup, les navires se mettent à voguer vers le sud, selon différentes directions. Comme la terre est sphérique et que les navires s’éloignent du pôle Nord, cela signifie qu’ils s’écartent les uns des autres. Et, à force de s’éloigner, les navires finiront par ne plus se voir les uns les autres. L’écart continuera de grandir jusqu’à ce qu’ils atteignent l’équateur, le point culminant. Mais, passé l’équateur, la terre étant sphérique, l’espace commencera à se réduire et les navires se mettront à se rapprocher les uns des autres. Et, en approchant du pôle Sud, ils se reverront à nouveau.
L’espace-temps est sphérique. En ce moment, en raison du Big Bang et de l’expansion probablement sphérique de l’espace et du temps, la matière s’éloigne. Les galaxies vont s’écarter toujours plus les unes des autres, jusqu’au moment où elles cesseront de se voir. En même temps, elles périssent peu à peu, se transformant en matière inerte. Et le froid se généralisera. Mais viendra un moment où, après l’apogée de l’expansion, le temps et l’espace commenceront à se réduire. Cela fera augmenter la température de la même manière qu’un gaz en rétraction se réchauffe. Le rétrécissement de l’espace-temps s’achèvera en une brutale collision finale au pôle Sud de l’univers, une sorte de Big Bang à l’envers. Le Big Crunch.
Le postulat du principe anthropique final établit que l’intelligence survivra au long de l’histoire de l’univers. En se répandant dans tout l’univers, de sorte qu’elle prendra le contrôle de tout le processus. Beaucoup de physiciens croient cela possible et certains ont même déjà
démontré comment. Vous pensez vraiment que l’intelligence venue d’une chose aussi minuscule que la terre pourrait prendre le contrôle d’une chose aussi immense que l’univers ?
N’oubliez pas ce que dit la théorie du chaos. Si un papillon peut influer sur le climat de la planète,
pourquoi l’intelligence ne pourrait pas influer sur l’univers ?
Lorsque la vie est apparue sur terre, voilà plus de 4 000 millions d’années, qui aurait dit que ces molécules minuscules et insignifiantes allaient évoluer au point de finir par prendre un jour le contrôle de toute la planète ? Personne évidemment. Cela aurait paru aussi absurde que ridicule. Et pourtant, nous voilà ici aujourd’hui en train de discuter des effets de l’activité humaine sur la terre. Dire que la vie a pris le contrôle de notre planète serait, de nos jours, une parfaite banalité. Or si la vie, à partir de quelques chétives molécules, est parvenue, au bout de quatre mille millions d’années, à dominer la terre au point d’influencer son évolution, qu’est-ce qui empêcherait l’intelligence, dans 40 000 millions d’années de dominer toute la galaxie au point d’influer également sur son évolution ? Les mécanismes par lesquels ce contrôle s’exercerait sont expliqués par diverses études
scientifiques, notamment celles menées par Tipler et Barrow, mais je vous épargne les détails concernant l’approche physique et mathématique de cette question. À savoir que l’intelligence, étant apparue dans l’univers, n’en disparaîtra jamais. Si, pour survivre, l’intelligence doit contrôler la matière et les forces de l’univers, elle le fera. J’ignore si c’est le but de l’univers. Je sais seulement que la vie n’est pas l’objectif, mais une étape nécessaire pour permettre l’apparition de l’intelligence.
Comment pourra-t-elle survivre à la fin de l’univers ?
Philosophie
p.291
Il vaut mieux un père qui cherche les secrets de l’univers dans les équations qu’un père qui ne sait pas ce qu’il cherche. La plupart des gens traversent la vie comme des somnambules. Ils veulent posséder, gagner de l’argent, consommer sans cesse. Les gens sont tellement grisés par l’accessoire qu’ils en oublient l’essentiel. Ils veulent une nouvelle voiture, une plus grande maison, des vêtements plus chic. Ils veulent perdre du poids, retrouver leur jeunesse, et rêvent d’impressionner les autres. Ils ont faim d’amour et ne le trouvent pas. C’est pour cela qu’ils se tournent vers l’accessoire. Les voitures, les maisons, les vêtements, les bijoux… toutes ces choses ne sont que des dérivatifs. Ils manquent d’amour et cherchent des substituts. Rien ne remplace l’amour. C’est pourquoi, lorsqu’ils achètent une voiture, une maison, un vêtement, leur satisfaction est éphémère. Et à peine les ont-ils achetés qu’ils cherchent déjà une nouvelle voiture, une nouvelle maison, un nouveau vêtement. Ils cherchent quelque chose qui ne se trouve pas là. Aucune de ces choses ne procure une satisfaction
durable parce qu’aucune d’elles n’est vraiment importante. Ils se démènent tous pour s’approprier
quelque chose qui se dérobe. Quand ils achètent ce qu’ils désirent, ils sentent en eux un vide. C’est parce qu’ils désiraient autre chose que ce qu’ils ont acheté. Ils veulent de l’amour, pas des objets. Ceux-ci ne sont que des ersatz, des accessoires qui masquent l’essentiel.
Le plus important, c’était de nous consacrer aux autres. De nous consacrer à la famille et à la communauté. Il n’y a que ça qui puisse nous combler. Il n’y a que ça qui ait du sens.
L’univers est conçu avec intelligence. Parfois, nous découvrons un détail curieux dans les mathématiques, une broutille qui, à première vue, semble parfaitement insignifiante. Mais plus tard, nous finissons par constater que cette curiosité numérique joue en fait un rôle fondamental dans la structuration d’un mécanisme de la nature. Le plus étrange dans la nature, c’est que tout est lié. Même des choses qui paraissent absolument étrangères… même ces choses sont liées. Quand nous réfléchissons, quelques électrons se déplacent dans notre cerveau. Et ces infimes mouvements finissent par influencer l’histoire de tout l’univers. Je me demande si nous ne sommes pas Dieu.
C’est comme si Dieu était notre corps et que nous étions les neurones de ce corps. Imagine mes neurones. Il est certain que chacun d’eux ignore qu’il fait partie d’une tranche pensante et consciente de mon corps. Chacun d’eux croit être séparé de moi, ne pas faire partie de moi, avoir sa propre individualité. Et pourtant, ma conscience est la somme de toutes ces individualités, lesquelles, du
reste, ne sont nullement des individualités, mais les parties d’un tout. Une cellule de mon bras ne pense pas, elle est comme une pierre dans la nature, elle n’a pas de conscience. Mais les neurones dans le cerveau, eux, pensent. Ils me voient peut-être comme si j’étais Dieu et ne s’aperçoivent pas que je suis la somme d’eux tous réunis. De la même façon, nous, les humains, sommes peut-être les neurones de Dieu et l’ignorons. Nous croyons être individuels, séparés du reste, alors que nous faisons partie du tout.
Il y a une certaine paix dans l’idée de la mort, chuchota-t-il. Mais, pour y arriver, nous devons faire
la paix avec la vie. Tu comprends ? Il nous faut pardonner aux autres. Et pour y parvenir, il nous faut
d’abord nous pardonner à nous-mêmes. Pardonne à toi-même et tu pardonneras aux autres. Nous avons peur de la mort parce que nous pensons ne pas faire partie de la nature, nous croyons que nous sommes une chose et que l’univers en est une autre. Mais tout meurt dans la nature. D’une certaine façon, nous sommes un univers, et c’est pourquoi nous mourons également.
L’univers est cyclique.
Les hindous croyaient que tout dans l’univers était cyclique, jusqu’à l’univers lui-même. L’univers naît, vit, meurt, entre dans la non-existence puis renaît, dans un cycle infini, dans un éternel retour. Tout est cyclique. Ils l’appellent le jour et la nuit de Brahman.
L’humanité a été créée pour développer une intelligence encore plus sophistiquée qu’une intelligence biologique. L’intelligence artificielle. Les ordinateurs. Dans plusieurs centaines d’années, les ordinateurs seront plus intelligents que l’homme et dans quelques millions d’années, ils seront en mesure d’échapper aux changements cosmiques qui provoqueront la fin de la vie biologique. Les êtres vivants basés sur l’atome de carbone ne seront pas viables dans plusieurs millions années, lorsque les conditions cosmiques se modifieront, mais les êtres vivants basés sur d’autres atomes pourront l’être. Ce sont les ordinateurs. Ils vont se répandre aux quatre coins de l’univers et, établis en réseaux dans quelques milliers de millions d’années, ils deviendront une seule identité, omnisciente et omniprésente. Le grand ordinateur universel sera né. Le problème, c’est que sa survie sera menacée par le Big Crunch. Le grand ordinateur universel sera alors placé face à ce problème : comment échapper à la fin de l’univers ? La réponse apparaîtra d’une manière terrible. Il fit une pause. Le grand ordinateur universel devra contrôler en détail la manière dont le Big Crunch se produira. Il devra tout contrôler selon une formule qui lui permettra de recréer le même univers après le Big Crunch, de sorte que tout puisse à nouveau exister. Tout, y compris lui-même.
Le grand ordinateur universel va disparaître avec le Big Crunch, mais, entre-temps, il concevra
une formule qui lui permettra de réapparaître dans le nouvel univers. Cette formule impliquera une
distribution de l’énergie d’une telle précision qu’elle permettra que réapparaissent dans le nouvel univers la matière, puis la vie et finalement l’intelligence, pour appliquer à nouveau le principe anthropique.
« Que la lumière soit ! »
Vous insinuez que Dieu est un ordinateur ? Toute intelligence est informatique, répliqua le cryptologue sur un ton condescendant. C’est une chose que m’ont apprise les physiciens et les mathématiciens. L’intelligence est informatique. Les êtres humains, par exemple, sont des sortes d’ordinateurs biologiques. Une fourmi est un ordinateur biologique simple, nous sommes plus complexes. C’est la seule différence.
Je ne sais pas… intelligence créatrice, grand architecte, entité supérieure, ce que vous voudrez. Peu importe le nom. Ce qui importe, c’est que cette intelligence est le noyau de tout. Einstein a conclu que l’univers existe pour créer l’intelligence qui générera le prochain univers. Tel est le software de l’univers, tel est l’endgame de l’existence. « Que la lumière soit ! » est une métaphore biblique pour la formule de la Création de l’univers, la formule que le grand ordinateur universel devra appliquer quand se produira le Big Crunch, la formule qui provoquera un nouveau Big Bang et qui recréera tout. Tout, y compris Dieu. Le but ultime de l’univers est de recréer Dieu et nous ne sommes que
l’instrument de cet acte: la révélation de l’existence de Dieu, le but de l’univers, le dessein de l’humanité.
Les hindous considèrent que tout est cyclique. L’univers naît, vit, meurt, entre dans la non existence et renaît à nouveau, dans un cycle infini, dans un éternel retour qu’ils appellent la nuit et le jour de Brahman. L’histoire hindoue de la création du monde est celle de l’acte par lequel Dieu devient le monde, lequel devient Dieu.
« À la fin du silence se trouve la réponse.
À la fin de nos jours se trouve la mort.
À la fin de notre vie, un nouveau commencement. »
Un nouveau commencement.
Lorsque l’astrophysicien Brandon Carter proposa, en 1973, le principe anthropique, une partie de la
communauté scientifique entra dans un vif débat concernant la position de l’humanité dans l’univers et le sens ultime de son existence. Puisque l’univers est réglé pour nous créer, avons-nous un rôle à jouer dans cet univers ? Qui a conçu ce rôle ? Et, surtout, quel est ce rôle ? C’est à partir de Copernic que les scientifiques ont commencé à croire que l’existence des êtres humains était insignifiante au sein du cosmos, une idée qui par la suite domina la pensée scientifique. Mais, dans les années trente, Arthur Eddington et Paul Dirac ont relevé de surprenantes coïncidences concernant un nombre incommensurable qui apparaissait dans les contextes les plus divers de la cosmologie et de la physique quantique, l’étrange 1040. Les observations de nouvelles coïncidences s’accumulèrent au fil du temps. On découvrit que les constantes de la nature dépendaient de valeurs extrêmement précises pour que l’univers soit ce qu’il est et l’on s’aperçut que l’expansion de l’univers, jusque dans ses mécanismes les plus infimes, ne pouvait être que rigoureusement contrôlée pour produire le mystérieux équilibre qui permet notre existence. Les découvertes se multiplièrent. On comprit que les structures essentielles à la vie, comme l’apparition d’étoiles ressemblant au soleil ou le processus de production du carbone, dépendaient d’un prodigieux et improbable concours de hasards successifs.
Quelles sont les significations de ces découvertes ? La première constatation est que l’univers a été
conçu avec une précision propre à générer la vie. Mais cette conclusion pose inévitablement un problème philosophique majeur – la question de l’intentionnalité de la création de l’univers.
Pour contrer l’évidente conclusion découlant de ces découvertes, beaucoup de scientifiques défendent
l’idée que notre univers n’en est qu’un parmi des milliers de millions d’autres univers, chacun avec des constantes de valeurs différentes, ce qui signifie qu’ils sont presque tous dépourvus de vie. Dans ces conditions, le fait que notre univers soit programmé pour produire la vie n’est qu’une coïncidence, d’autant que la vie est absente de la plupart des autres univers. Le problème de cet argument, c’est qu’il n’est fondé sur aucune observation ni découverte. Personne n’a jamais détecté les moindres traces de l’existence d’autres univers, ni observé différentes valeurs des constantes de la nature. Autrement dit, l’hypothèse des multi-univers repose précisément sur ce que la science critique le plus dans la pensée non scientifique – la foi.
Peut-on dire la même chose de la thèse qui sous-tend ce roman ? L’idée d’un univers cyclique, pulsant au rythme de Big Bang et de Big Crunch successifs, se trouve inscrite dans diverses cosmogonies mystiques, y compris dans l’hindouisme. Dans le domaine scientifique, elle a été avancée pour la première fois par Alexander Friedmann, puis développée séparément par Thomas Gold et John Wheeler. Cette théorie dépend, bien sûr, d’une prémisse essentielle – selon laquelle l’univers ne finira pas dans un Big Freeze, mais dans un Big Crunch. L’observation de l’accélération de l’expansion de l’univers indiquerait plutôt un Big Freeze, mais il y a de bonnes raisons de croire que cette accélération est temporaire et que le Big Crunch demeure possible.
Ce roman envisage une hypothèse encore plus délicate, qui repose sur la prémisse de l’univers
cyclique, mais qui va bien au-delà. Il s’agit de la possibilité que le cosmos soit organisé pour créer la
vie, sans que celle-ci soit une fin en elle-même, mais seulement un moyen pour permettre le
développement de l’intelligence et de la conscience, lesquelles, à leur tour, deviendraient des instruments pour atteindre l’ultime endgame de l’univers : la Création de Dieu. L’univers serait alors un immense programme cyclique élaboré par l’intelligence d’un univers antérieur afin d’assurer son retour dans l’univers suivant.
Bien que théorique, cette possibilité d’un univers en pulsations cadre avec certaines découvertes
scientifiques faites par l’homme. Certes, il n’existe aucune preuve qu’avant notre univers il y a eu un
autre univers qui a fini dans un Big Crunch. Il est tout à fait possible que d’autres univers aient existé
avant le nôtre, mais le Big Bang en a effacé toutes les preuves. Les traces du dernier Oméga ont été
balayées par notre Alpha. Mais c’est un fait que le Big Bang a été provoqué par quelque chose. Quelque chose que nous ignorons. Il s’agit donc d’une simple possibilité – mais d’une possibilité qui, bien que métaphysique, repose sur une hypothèse admise par la physique.
Bibliographie:
Concernant les questions liées au principe anthropique et à l’expansion de l’intelligence dans le cosmos: The Anthropic Cosmological Principle, de John Barrow et Franck Tipler ; The Physics Of Immortality, de Franck Tipler ; The Constants of Nature, de John Barrow ; et The Accidental Universe, de Paul Davies.
Pour les conclusions: The Science of God, de Gerald Schroeder.
Pour l’information scientifique générale: Theories of the Universe, de Gary Moring ; Universe, de Martin Rees ; The Meaning of Relativity, d’Albert Einstein ; The Evolution of Physics, d’Albert Einstein et Leopold Infeld ; The Physical Principles of the Quantum Theory ; La Nature dans la physique contemporaine, de Werner Heisenberg ; Chaos, de James Gleick ; The Essence of Chaos, de Edward Lorenz ; Introducing Chaos, de Ziauddin Sardar et Iwona Abrams ; Le Chaos et l’Harmonie, de Trinh Xuan Thuan ; Chaos and Nonlinear Dynamics, de Robert Hilborn ; Sync, de Paul Davies ; The Tao of Physics, de Fritjof Capra ; Introducing Time, de Craig Callender et Ralph Edney ; A Short History of Nearly Everything, de Bill Bryson ; Cinq équations qui ont changé le monde, de Michael Guillen ; How We Believe, de Michael Shermer.






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